À quand une mise en quarantaine officielle en France?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Diario Financiero

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La situation du Coronavirus est tellement problématique dans le monde en général, et en France en particulier, où les décisions prises ces derniers jours par les autorités sont vues comme trop tardives et pour le moins peu radicales, avec en outre des élections municipales maintenues. Ce qui crispe davantage les esprits.

Le Coronavirus suit sa marche en avant, pour le moins agressive dans les cinq continents. Selon les données officielles que met à jour l'université John Hopkins (cf lien n°1), on compte 156.400 personnes contaminées dans le monde, dont 80.995 en Chine, et 5.833 morts, dont 3.203 en Chine. Ce qui fait qu'au niveau mondial, le taux de létalité est de 3,7%. Un taux qui continue légèrement d'augmenter, en dépit de fortes disparités selon les régions du monde. Et tout particulièrement en Europe, où la situation est préoccupante, où l'Italie est devenue le deuxième foyer du Covid-19 dans le monde, avec 21.157 cas recensés et 1.441 décès. Signe que pour l'instant, la mesure de mise en quarantaine totale du pays par le gouvernement transalpin n'a pas encore montré son efficacité, même s'il faut laisser du temps pour mesurer ses effets vu qu'elle n'est en place que depuis mardi 10 mars au matin.

Confinement graduel en France

En France, quatrième pays européen le plus touché par la pandémie - après l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne -, l'heure n'est pas à la mise en quarantaine. Sans doute pour ne pas aggraver l'impact économique manifeste du Covid-19. Néanmoins, le pouvoir exécutif s'en rapproche de plus en plus, comme le montrent les propos du Premier ministre Édouard Philippe samedi 14 mars, interdisant depuis minuit, ce dimanche 15 mars, tout lieu public "non indispensable", à savoir les restaurants, les bars, les discothèques, les cinémas, les commerces non-alimentaires, etc. Les exceptions étant les magasins alimentaires, pharmacies, banques, bureaux de tabac ou encore stations-services (cf lien n°2). Ce qui est une prolongation du discours du président Emmanuel Macron, indiquant la fermeture des établissements scolaires à partir du lundi 16 mars, pour une durée de deux semaines. Mais il faut rappeler que Macron appelait à agir de manière inverse à ce que dit Philippe.

Ces mesures sont pour le moins tardives et n'incitent guère, pour nombre de personnes, à faire confiance à un pouvoir manifestement dépassé par les événements et plus à-même de critiquer les comportements individuels des citoyen(ne)s qui ne feraient pas attention aux règles d'hygiène et de distanciation sociale que de se remettre en question sur sa politique générale, notamment sur les coupes budgétaires faites envers les hôpitaux, le monde médical en général. D'ailleurs, ce monde hospitalier, notamment dans le secteur public, est en incapacité de pouvoir tout gérer et que des personnes susceptibles d'être atteintes par le Covid-19 ne peuvent même pas s'en assurer en allant voir un médecin, comme l'affirme le site Le Monde Moderne avec un témoignage édifiant d'un photo-reporter franco-italien voulant se faire dépister par rapport au Coronavirus (cf lien n°3). De quoi penser que le nombre de personnes recensées comme porteuses du Covid-19 est bien en-deçà de la réalité et que les épidémiologistes ont bien raison d'être encore plus alarmistes sur l'évolution de la pandémie en France.

Et si on rajoute le fait que ce dimanche est jour du premier tour des élections municipales et que celles-ci ont été maintenues, les débats deviennent vite houleux sur les réseaux sociaux entre les un(e)s, qui tiennent à aller voter comme si de rien n'était, et les autres, qui appellent au boycott, tant c'est contradictoire avec les mesures annoncées ces derniers temps. Toujours est-il que le pouvoir a pris trop de temps pour trancher, alors qu'il observait depuis un moment ce qui se passe de l'autre côté des Alpes, et qu'il a foutu de fait un bordel monstre, qui fait désormais planer le doute sur la tenue du second tour des élections municipales (cf lien n°4). C'est dire si Macron et ses sbires inspirent le dégoût.

Une leçon pour l'Occident

Dans cette histoire, si le virus ne connaît pas de frontières, celles-ci peuvent encore servir pour limiter les dégâts. La mise en quarantaine de l'Italie fait que cette dernière pousse ses voisins à fermer leurs frontières, même si la France ne semble pas l'avoir fait, tandis que l'Allemagne a annoncé la fermeture de sa frontière avec l'Hexagone à partir de demain, 16 mars. Ce qui montre, une fois encore, que la construction européenne telle qu'elle menée depuis 1957 ne masque pas les disparités entre les pays membres, voire même que ça les aggrave, notamment depuis l'introduction de l'euro, dont on sait bien qu'il est un choc asymétrique positif pour l'Allemagne et que la crise de 2008-2009 a accéléré le processus de divergence au sein de l'Union européenne, où Paris s'est aligné sur Berlin, se couchant à chaque occasion.

Mais ce qui est encore plus dur pour l'orgueil occidental, c'est de subir une pandémie venue d'ailleurs et que le premier réflexe de l'Occident blanc, c'est de réveiller une asiophobie en parlant notamment de "nouveau péril jaune". Un racisme anti-asiatique jusque-là moins observé que d'autres racismes envers d'autres non-blanc(he)s car les minorités asiatiques étaient décrites comme des "minorités modèles" car travailleuses et fermant leur gueule. Or, il s'avère qu'en Chine - même si ça se discute sur les données officielles -, à Taïwan, en Corée du Sud ou encore au Vietnam, donc, les premiers pays concernés par le Coronavirus, la pandémie connaît un net recul dans son expansion et dans son degré de mortalité. Pourquoi? Selon le site Usbek & Rica (cf lien n°5), ces pays-là ont pris très rapidement des mesures drastiques en matière de lutte contre la pandémie telles le confinement instantané, la généralisation du port du masque, des tests de dépistage de grande ampleur, mais aussi des messages adressés à des personnes susceptibles d'avoir un proche atteint. Ce dernier point pose tout de même question sur les libertés individuelles. Toujours est-il que ça a permis de contenir la maladie et d'enregistrer un faible nombre de décès - 72 morts en Corée du Sud pour 8.086 cas recensés, soit un taux de létalité de... 0,9% -. Après, comme ces pays ont connu les effets du SRAS en 2004, ils en ont tiré des leçons, comme le suggère l'article de Usbek & Rica.  Et que c'est depuis peu que les pays occidentaux appliquent des procédés similaires, mais que ce soit "trop tard".

Ce qui illustre quelque part l'équation de gravité, utilisée par les économistes dans le cadre du commerce international et en référence à la loi de la gravitation d'Isaac Newton. Et dans le cas du Coronavirus, ça donne le résumé suivant: ça vient de loin, par des personnes qui n'ont pas la même culture et ça n'affole pas les marchés. Mais dès que ça prend forme massivement dans un pays proche, c'est panique à bord, improvisation frisant l'amateurisme et krach boursier en vue.

Au moins, l'Italie a l'humilité d'appeler à l'aide des médecins chinois qui se sont confrontés les premiers au Coronavirus et ainsi apporter leur expertise, leur savoir-faire pratique (cf lien n°6). Une leçon d'entraide internationale à méditer, tout une leçon d'humilité pour un Occident si donneur de leçons qu'il n'a pas apprises lui-même.

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