Plus de temps à perdre!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Wei-Feng Xue

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L'annonce du renforcement des mesures de confinement par Emmanuel Macron montre combien le pouvoir a été pris de court face au Coronavirus qui poursuit son inquiétante ascension et que certains de ses projets doivent être mis au placard en attendant que ça se calme.

"Beaucoup de certitudes, de convictions, seront remises en cause" a tenu à conclure Emmanuel Macron dans son allocution télévisuelle du lundi 16 mars, quelques jours après celle du 12 mars. Si on se doute bien qu'il ne parle pas de remettre en cause le capitalisme, mode de production pourtant malade et qui rend malade tout ce qui l'entoure, Macron confirme l'orientation prise depuis le 12 mars dans la gestion de la crise du Coronavirus, à savoir une tendance vers le confinement général, à l'instar de ce que fait l'Italie depuis le 9 mars.

Déplacement sous contrôle

Pour aller un peu plus dans le détail, le président annonce que dès le 17 mars, à midi, pour une durée de 15 jours minimum, une restriction drastique des déplacements, n'autorisant uniquement que des déplacements pour faire des courses, se soigner, aller travailler si le télétravail n'est pas possible et/ou faire de l'activité physique individuellement. Donc, pas de regroupement autorisé. En outre, le ministre de l'Intérieur Christophe a ajouté que des contrôles se feraient sur tout le pays, avec 100.000 policiers et gendarmes mobilisés, que toute personne contrôlée devra se munir d'une attestation et en cas de manquement aux règles, une amende de 38 euros, potentiellement majorée à 135 euros serait infligée (cf lien n°1). De même qu'à partir de ce 17 mars, les frontières de l'Union européenne et de l'espace Schengen seront fermées, pour une durée de 30 jours.

Sur le front sanitaire, à proprement parler, Macron a annoncé des livraisons de masques pour les professionnels de santé dans les 25 départements les plus touchés dès le 17 mars, les autres départements étant prévus pour en recevoir à partir du 18 mars. De même que l'armée est mobilisée pour venir au soutien du personnel hospitalier, et tout particulièrement en Alsace, avec le déploiement d'un hôpital de campagne pour soulager les efforts des hôpitaux publics débordés en Alsace, et ainsi freiner l'expansion de la pandémie contre laquelle "nous sommes en guerre" dixit le locataire de l'Élysée.

Soutien aux firmes

Sur le front économique, qui n'est pas anodin tant cette crise sanitaire s'est transformée en crise économique profonde, Macron prolonge ce qu'il avait déjà déclaré le 12 mars dernier, à savoir un soutien financier aux entreprises avec un report de paiement de cotisations sociales - aberrant s'il faut soutenir l'hôpital public - et de "charges fiscales", tout comme un fonds de garantie de l'État de 300 milliards d'euros "pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques". Puis, dans le cas des petites entreprises, suspension des factures de gaz, d'électricité, de loyers. De même que le chômage partiel, déjà évoqué le 12 mars dernier, sera élargi selon des dispositions prochainement indiquées par le gouvernement (cf lien n°2).

En outre, les réformes en cours sont "suspendues", vu les circonstances. Et tout particulièrement la réforme des retraites, dont la partie ordinaire est passée à travers l'utilisation de l'article 49.3 de la Constitution, alors que la situation sanitaire s'aggravait en même temps.

À la recherche du temps perdu

Ces mesures de confinement de plus en plus drastiques s'inspirent, avec une semaine de retard, à ce que fait l'Italie avec sa mise en quarantaine générale. Ce qui laisse divers sentiments s'installer. D'abord, une prise de conscience de la part du pouvoir qui se donne pour endiguer la progression de la pandémie dans l'Hexagone. Ensuite, une certaine amertume quand on songe à ce qu'il y ait ce grand retard alors que la situation dans l'Italie obligeait à une réactivité immédiate. Enfin, un certain sarcasme tant la France, tout comme le reste de l'Occident, s'était peu inquiétée de l'expansion du Covid-19 en Chine et de ses effets économiques avant qu'elle ne se rende compte, trop tardivement du danger que cette épidémie provoque, à tous les niveaux, illustrant ainsi l'équation de gravité.

Que ça serve de leçon, si tant l'Occident devienne humble à l'avenir et apprenne le savoir-faire du reste du monde. Ce qui peut lui reste utile au lieu de fantasmer sur le mythe d'un "grand remplacement" qui le pousse à se croire au-dessus de tout et à jouer les donneurs de leçons partout, sans les avoir apprises. Maintenant, il va falloir, non pas rechercher le temps perdu, mais anticiper le temps à venir.

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