Quand le Coronavirus met à jour le dépeçage de l'hôpital public

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/syed zaheer

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L'allocution du président Emmanuel Macron face à la propagation du Coronavirus en France et ailleurs dans le monde montre combien le pouvoir actuel tient à jeter de la poudre de perlimpinpin pour endormir les esprits.

"Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en-dehors des lois du marché". Cette phrase est signée Emmanuel Macron, durant son allocution télévisuelle à 20h, ce jeudi 12 mars, par rapport au Coronavirus. De quoi laisser entendre un changement de politique économique et sociale après ce moment critique qui semble s'inscrire dans la durée, vu qu'il n'en est qu'à "ses débuts" selon les dires du président? À examiner.

Fermetures, chômage partiel

En allant un peu plus dans le détail de cette séance de verbiage d'une demi-heure, il en ressort quelques mesures. D'abord, les fermetures des crèches, des écoles, des collèges, des lycées et des universités à partir de lundi prochain "jusqu'à nouvel ordre". Ce qui fait que plusieurs millions d'élèves, d'étudiant(e)s resteront chez eux/elles. Ensuite, dans le monde du travail, le mac de l'Élysée tient à ce que les dispositifs de télétravail soient renforcés par les entreprises, assurant au préalable de fournir un soutien financier aux firmes mises en difficulté par les effets économiques du Coronavirus, à travers un rééchelonnement des frais fiscaux envers l'État ou encore une prise en charge publique du dispositif de chômage partiel auprès de salariés "contraints de rester chez eux".

En-dehors de ça, Macron a affirmé que la trêve hivernale, prévue pour se terminer le 31 mars, sera prolongée de deux mois. Ce qui, pour plusieurs familles pauvres, est un certain soulagement. Enfin, et non des moindres, les élections municipales sont maintenues à leurs dates respectives, les 15 et 22 mars prochains (cf lien n°1). Signe que Macron, malgré son message alarmiste sur l'idée d'une présence du Covid-19 dans le temps, ne tient pas à fermer les transports, et encore moins à aller vers la mise en quarantaine du pays, comme l'applique l'Italie voisine depuis lundi. Néanmoins, sur la question des fermetures d'établissements scolaires, d'aucuns feront remarquer que bien des pays européens l'appliquent déjà et qu'attendre jusqu'à lundi pour voir cette mesure menée en France a de quoi rendre circonspect.

Socialiser les pertes

Comme il s'agit, en premier lieu, d'une affaire de santé, Macron en a profité pour saluer le travail du personnel hospitalier public, évoquant même les vertus "d'un État-providence" en temps de crise et qu'après cette épreuve, le pouvoir actuel ferait en sorte de mettre en place "un système de santé plus fort" (sic). De quoi rire jaune pour les personnels soignants, tant ce pouvoir actuel perpétue une politique de restriction budgétaire depuis plusieurs années, avec des suppressions de lits d'hôpitaux, voire de services hospitaliers entiers (hôpitaux, maternités, etc.), et forcément une réduction des médecins et infirmier(e)s. Et comme du côté de l'éducation nationale, ce genre de politiques n'incite pas, d'une part, à ce que des malades se tournent vers l'hôpital public tant il faut attendre pour être soigné et cela peut être mortel, surtout si la question pigmentaire s'en mêle (cf la mort de Naomi Musenga); et d'autre part, ce délabrement organisé du secteur public hospitalier profite au secteur privé, qui se permet de mieux convaincre les jeunes diplômés de médecine voulant un salaire à la hauteur de leur investissement durant leurs longues études. De quoi comprendre un peu pourquoi il y a une crise de l'hôpital public visible par la participation du personnel médical aux mobilisations contre la réforme des retraites ou des piques lancées auprès de Macron, quand celui-ci vint voir des médecins qui se disent débordés et en manque de moyens pour gérer le Covid-19 (cf liens n°2, n°3).

Au fond, Macron fait le coup de la réaction rapide et forte, en comptant d'ailleurs sur les autres pays de l'Union européenne à ce sujet. Ce procédé n'est pas tellement nouveau. Il était pratique durant la crise financière de 2008-2009, à savoir une intervention publique pour transférer les pertes du secteur privé et relancer l'économie. Seulement voilà, l'utilisation de ce que les économistes appellent les "stabilisateurs automatiques" se veut être prolongée par un assainissement des finances publiques en cas de reprise. Or, dans l'UE, de vastes politiques d'austérité budgétaire se sont trop vite installées après l'opération d'urgence à sauver les banques, alors en très mauvaise posture. Et les pertes privées, transformées en pertes publiques, sont plus difficiles à enlever, sauf à les annuler, à jouer sur l'inflation, à ce que la Banque centrale européenne rachète directement ces actifs "toxiques". Ce que les traités européens ne permettent pas, de fait.

Mine de rien, si effectivement le modèle économique qu'est le capitalisme, que nous connaissons sous diverses formes depuis plus de deux siècles, affiche une fois encore ses limites, il est un malade chronique qui rend malade ce qui l'entoure car quand il va bien, il privatise ses profits, mais quand il va mal, il socialise ses pertes auprès d'autrui. Et il y a de quoi se dire que ce malade-là ferait bien d'être sacrifié pour le bien de tous!

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