Endiguer le Coronavirus sans se précipiter? Telle est la question

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/ARnO PLAneR

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Les prises de positions du professeur Didier Raoult en faveur de la chloroquine comme traitement pour des porteurs du Coronavirus, sauf cas graves nécessitant une hospitalisation, suscitent la controverse scientifique et politique, à l'heure où la pandémie continue son expansion.

En ce 25 mars 2020, où Emmanuel Macron a produit un nouveau discours au sujet de la situation du Coronavirus, avec de multiples annonces en faveur des fonctionnaires et du personnel hospitalier, dont un "plan d'investissement et de revalorisation" (cf lien n°1), le virus en question poursuit sa route internationale. La barre des 450.000 cas a été franchie (458.927), ainsi que la barre des 20.000 morts (20.807). Ce qui taux un taux de létalité d'environ 4,5% selon ces données officielles. Et d'ailleurs, c'est dans les pays occidentaux où le nombre de cas et de décès est inquiétant, avec par exemple 7.503 morts en Italie, 3.434 morts en Espagne, 1.331 morts en France, 691 aux États-Unis, 435 au Royaume-Uni, 356 aux Pays-Bas, 206 en Allemagne, 178 en Belgique, 153 en Suisse, ou encore 26 au Canada, ça donne 14.313 morts dans ces pays cités, représentant ainsi environ 68,8% du nombre total de victimes mondiales du Covid-19.

"Nul n'est prophète en son pays"?

Ce qui montre combien ces pays développés prennent un coup en vies humaines et dans leur orgueil en matière d'accumulation de technologie, de connaissances et de puissance économique. Ce qui ne peut que renforcer leur envie d'en finir avec ce virus qui montre les faiblesses de leurs structures en matière de santé après des saignées budgétaires répétées sur l'hôpital public - coucou les libéraux pro-Macron! -, et auparavant un racisme institutionnel anti-asiatique bien manifeste - rappelez-vous #JeNeSuisPasUnVirus -. L'heure est à endiguer la pandémie en attendant de pouvoir trouver un vaccin. Parmi les solutions envisagées, l'une d'entre elles est sujette à controverse et fortement médiatisée, à savoir la chloroquine.

Kézaco? C'est un produit utilisé comme antipaludique, donc contre le paludisme, dont l'un des symptômes est la fièvre. Et c'est utilisé de manière libre de cette manière depuis plusieurs décennies. Et comme il s'avère que le symptôme le plus important du Covid-19 est la fièvre - mais des porteurs du virus peuvent être asymptomatiques dans la moitié des cas -, l'idée que la chloroquine puisse être testée comme traitement contre le Coronavirus fait son chemin. Elle est notamment défendue par le professeur Didier Raoult, infectiologue de l'Institut hospitalo-universitaire Méditerranée-infection (IHU) de Marseille, reconnu mondialement pour ses travaux sur les maladies infectieuses, les virus, les pandémies, qui s'appuie sur des tests in vitro réalisés en Chine ainsi que sur l'expérience qu'il a menée à Marseille il y a quelques semaines pour prouver combien la chloroquine a son efficacité face au Coronavirus, mais qu'elle serait surtout destinée aux patients qui en présenteraient des signes faibles et non ceux qui en auraient des signes graves, comme tient à l'affirmer un de ses confrères de l'IHU, le professeur Éric Chabrière (cf vidéo ci-dessous).

Face à cette proposition pour le moins simple, la communauté scientifique se divise (cf lien n°2). D'un côté, les partisans de la proposition de Raoult estiment que ça a le mérite d'exister et de par l'expertise du docteur dans son domaine, cela résonne comme un argument d'autorité (cf lien n°3). De l'autre, des détracteurs pointent du doigt le degré de toxicité de la chloroquine en cas de mauvais dosage - potentiellement mortel donc, d'où le rangement de la chloroquine comme substance vénéneuse par le ministère de la Santé le 13 janvier 2020 -, mais aussi la méthodologie appliquée par Raoult et son équipe pour son expérience in vivo à Marseille, à travers le faible nombre de patients testés, l'absence de traitement aléatoire, l'exclusion d'un certain nombre de patients traité à la chloroquine au cours de l'étude, donnant ainsi l'impression d'un résultat pour le moins bancal (cf lien n°4). Et vu la médiatisation critique en France, mais favorable à l'international, Raoult redonne un sens au proverbe "nul n'est prophète en son pays".

Vitesse vs précipitation

Comment réagir à cela, quand on n'est pas médecin, qu'on est susceptible d'avoir le virus et qu'on a un parcours universitaire qui a mené à un moment à faire une étude comportant des données? Personnellement, je me dis que l'idée défendue par le Dr Raoult mérite d'être approfondie pour être confirmée ou infirmée, à la condition sine qua non d'avoir un éventail statistique suffisamment important pour donner des résultats clairement significatifs. Mais cela demande forcément du temps pour mobiliser des personnes, porteuses ou non du Covid-19, s'en assurer et ainsi écarter le moindre doute possible - logique dans le pays du philosophe René Descartes -. Or, c'est ce qu'il manque furieusement face à une pandémie dont la progression exponentielle ne ralentit pas.

Et le danger dans cette histoire, en attendant un éventuel vaccin, c'est que ça confonde vitesse et précipitation et qu'à la moindre nouvelle donnée sur la chloroquine ou toute autre molécule capable de jouer contre le Coronavirus, ça s'emballe vite parce que ça tient à endiguer une maladie dont les autorités n'ont pas vu venir, n'ont pas pensé à mener des campagnes de dépistage massives ou de se renforcer en stocks de masques, et se retrouvent à faire des politiques de confinement avec du retard, en dépit de ce que les chercheurs du monde entier ont pu constater au fur et à mesure de l'évolution du Covid-19 depuis janvier (cf lien n°5).

Mais bon, "toute vérité n'est pas bonne à dire".

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