"Toute vérité n'est pas bonne à dire" (Beaumarchais)

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Epjt Tours

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Depuis la publication de l'entretien-confession d'Agnès Buzyn au Monde, indiquant, d'après elle, que le gouvernement savait comme le Coronavirus allait contaminer nombre de français(es) sans oser bouger, une affaire d'État s'est développée pendant que l'épidémie poursuit son bonhomme de chemin en dépit du confinement renforcé depuis le 17 mars.

"La première victime en temps de guerre, c'est la vérité". Et comme le président Emmanuel Macron a martelé à plusieurs reprises que "nous sommes en guerre" contre le Coronavirus, cette phrase du journaliste australien Phillip Knightley prend tout son sens dans le contexte actuel où la France, comme la majorité des pays du monde, doit faire face à la pandémie, en essayant au moins de l'endiguer. Mais s'y est-elle vraiment attelée? Il y a de quoi en douter, si on accorde crédit aux propos d'Agnès Buzyn parus dans Le Monde, mardi 17 mars (cf lien n°1). L'ancienne candidate pour la République en marche (LREM) à la mairie de Paris, arrivée troisième au premier des élections municipales dans la capitale, le 15 mars, indique jeter l'éponge et vide son sac, confessant qu'au moment de son départ du ministère de la Santé pour mener la liste LREM à Paris, à la place de Benjamin Griveaux, ce dernier étant au centre d'une histoire de mœurs, elle savait que "la vague du tsunami était devant nous", étant sûre que "les élections n'auraient lieu", parlant d'ailleurs de "mascarade". Mais surtout, qu'elle avait averti le Premier ministre Édouard Philippe et le président Macron du danger qui se présentait, appelant à des mesures d'urgence sanitaire, qui visiblement ont dû attendre le 17 mars pour en fait être mises en pratique.

Scandale sanitaire

Si cela est bien vrai de sa part, c'est un scandale sanitaire sans nom et un mensonge d'État (supplémentaire)! Pourquoi mensonge d'État? Car fin janvier 2020, Buzyn, encore ministre de la Santé, affirmait avec une telle arrogance que le risque de contamination en France était "quasiment nul" (sic). Puis que le reste du pouvoir exécutif, Macron et Philippe en particulier, était au courant mais a laissé faire, s'enfermant dans une incohérence totale au nom du maintien de l'activité économique et de sa politique de réformes, profitant en outre pour faire passer en force une bonne partie du dépeçage des retraites, fin février. Mais comme la pandémie s'est rapprochée, puis a touché la France, suivant d'ailleurs une trajectoire à l'italienne, la puissante du fait dut obliger un pouvoir exécutif mensonger à virer de bord pour adopter progressivement une stratégie de confinement de la population, au moment où plusieurs hôpitaux, notamment dans le Grand Est, sont débordés, illustrant au passage le dépeçage du monde hospitalier dans l'Hexagone depuis plusieurs années.

Directement incriminé, le Premier ministre a répliqué, mardi soir, au journal télévisé de France 2, précisant que Buzyn laissait entendre une difficulté d'organiser les élections municipales si le pic de l'épidémie était atteint à ce moment-là et au moment de cette discussion, "beaucoup de médecins pensaient que ce n'était pas une épidémie qui aurait cet impact" se justifie-t-il. D'ailleurs, suite à l'onde de choc provoquée par cette confidence auprès du journal Le Monde, Buzyn s'est fendue de deux communiqués de presse pour atténuer ses propos, mais au sein du camp présidentiel, la rancune promet d'être tenace (cf liens n°2, n°3).

Commission d'enquête

Cette sortie médiatique de l'ex-ministre de la Santé ne peut que renforcer la méfiance envers ce pouvoir, constante depuis 2017, agrémentée de déni des violences policières, d'accélération d'une politique de classe pour la bourgeoisie, d'hypocrisie envers le sexisme et le racisme institutionnels et jusqu'à il y a peu, apprenti-sorcier - comme d'autres en Occident - en matière de gestion de la crise sanitaire du Covid-19 (cf lien n°4). Et une fois que cette épidémie sera mise à mal, il faudra au moins une commission d'enquête parlementaire parce qu'il est évident que la gestion opérée par le pouvoir exécutif laisse à désirer - euphémisme! - (cf lien n°5), et qu'il faudrait même songer à un procès devant la Cour de justice de la République envers Buzyn plus Philippe pour avoir mis le peuple en danger. Et enfin, si le courage politique existe, procéder à une destitution de Macron, conformément à l'article 68 de la Constitution, pour qu'il rende des comptes, à son tour.

En attendant que les chercheurs, en Chine, en France, en Allemagne ou ailleurs se plient en quatre pour mettre en place un vaccin disponible pour le plus grand nombre - et pas seulement pour quelques uns comme le souhaitent les États-Unis sauce Donald Trump -, on reste chez soi, en faisant le dos rond et en prenant le moins de risque possible.

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