Face au Coronavirus, "tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres" (George Orwell)

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/thierry chai

Photo: Flickr/thierry chai

L'application du confinement, depuis le 17 mars à midi, semble se faire sur l'ensemble du pays, avec plus ou moins de cohérence, tant ce confinement n'est pas véritablement une mise en quarantaine générale et que le pouvoir peut en profiter pour poursuivre sa politique de classe avec le vice dont il est coutumier.

L'expansion du Coronavirus dans le monde en général, et en France et en particulier, accentue l'atmosphère orwellienne de notre époque. Cependant, je ne vais pas invoquer 1984 de George Orwell, mais son autre écrit phare, La ferme des animaux, avec la citation suivante: "Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres". Et le confinement, décidé par Emmanuel Macron lundi 16 mars et en application depuis le 17 mars, en est une excellente illustration. En premier lieu, le confinement suppose qu'on ait un toit au-dessus de la tête. Or, il y a des sans-abri, dans lesquels figurent des exilé(e)s, des travailleurs/travailleuses sans papiers, qui n'ont justement pas d'endroit où pouvoir se confiner. Mais des solutions semblent être trouvées avec des réquisitions de chambres d'hôtel, ainsi que l'ouverture de gymnases et la disposition de centres de "desserrement", notamment à Paris, principalement destinés à des SDF contaminés par le Coronavirus mais "dont l'état ne nécessite pas une hospitalisation" (cf liens n°1, n°2).

À irresponsable, irresponsable et demi

En-dehors des sans-abri, le confinement semble s'appliquer normalement. Je dis bien semble car nombre d'images, notamment sur Paris - centralisation oblige -, montrent les contrôles effectués par la police milice dans les quartiers populaires de la capitale, en l'occurrence Château rouge ou Barbès par exemple. Et par conséquent les interpellations faites envers ces habitant(e)s-là, parce qu'elles ne respecteraient pas le confinement d'une part et parce qu'elles n'auraient pas la feuille d'attestation, indiquant quelle dérogation elles suivent. Et c'est une bonne façon de pouvoir affirmer que ces personnes, des prolétaires non-blanc(he)s en grande partie mais pas uniquement - pensées aux personnes qui voudraient m'accuser de racialisme, n'est-ce pas? -, sont des irresponsables pour aller notamment faire leurs courses au marché, à ciel ouvert, avec une promiscuité pour le moins problématique - euphémisme -, par rapport à des magasins confinés, où la distanciation sociale peut être mieux appliquée.

Sont-ils les seuls irresponsables? Clairement non. Il y en a au-dessus d'eux, plus irresponsables, mais envers qui la police milice ne s'en prendra pas. D'abord, des personnes issues de la bourgeoisie et/ou de la classe moyenne qui ont quitté massivement Paris et sa banlieue, donnant une atmosphère digne des départs en vacances dans les gares, comme le rapporte le journal Les Échos (cf lien n°3). Ce qui signifie bien que des centaines de milliers de francilien(ne)s se sont barré(e)s pour vivre la période de confinement en province, risquant par conséquent de faire propager de manière exponentielle le Covid-19, d'autant plus que la période de confinement, pour l'instant de 15 jours, va probablement être prolongée. Ensuite, le pouvoir actuel, qui pensait pouvoir maîtriser la situation et qui était, en fait, aux fraises face à la pandémie et les récents propos d'Agnès Buzyn, mardi 17 mars, sont de nature à renforcer une défiance absolue envers Macron, son Premier ministre Édouard Philippe, et l'ensemble du gouvernement.

Gouvernement du vice

D'ailleurs, ce pouvoir va continuer de légiférer, en fonction des circonstances exceptionnelles que nous vivons, tous. Actuellement, un projet de loi d'urgence sanitaire est en discussion au sein d'une Assemblée nationale au fonctionnement réduit, puisque quelques dizaines de député(e)s sont atteint(e)s du Coronavirus. Et dans ce projet de loi, le magazine Frustration (cf lien n°4) a relevé l'article 15, où les employeurs auraient la permission "d’imposer ou modifier unilatéralement les dates d’une partie des congés payés, des jours de réduction du temps de travail et des jours de repos affecté sur le compte épargne temps des salariés en dérogeant aux délais de prévenance". Bref, un patron peut établir une mise en congé forcée d'un salarié, à sa guise, sans délai et dans le contexte actuel, il pourrait le faire dès maintenant et si d'aventure, le confinement se prolonge, est-ce que les droits de congés payés se retrouveraient liquidés en raison de cette période? C'est à craindre. Et ce coup de vice n'est pas nouveau car même si la réforme des retraites est suspendue, il y a quand même une grande partie qui est passée via l'article 49.3 de la Constitution, fin février, au moment même où le nombre de personnes atteintes du Coronavirus commençait sérieusement à grimper.

Puis, ce confinement devrait faire stopper l'activité économique, en-dehors des secteurs de l'alimentaire, de la santé, de la propreté - les éboueurs travaillent en ce moment -, ou du monde du journalisme. Or, ce n'est pas le cas. L'exemple des services en ligne, notamment Amazon, est édifiant. D'ailleurs, la filiale française d'Amazon force ses salariés à travailler et le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, juge ces pressions "inacceptables". Mais en même temps, Macron exhorte les firmes et les salariés à continuer de travailler "dans le respect des règles sanitaires" en dépit des difficultés, confortant la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, "scandalisée" par la demande d'arrêt de chantiers de la part d'une fédération du bâtiment.

Mais il faudrait des garanties sanitaires pour certaines professions. Ce qui est loin d'être le cas, comme par exemple pour... les pompes funèbres. On les oublie mais avec le nombre de morts du Coronavirus, puis ceux qui pourraient s'ajouter dans la liste, on oublie que les croque-morts ne chôment pas en ce moment et selon le journal 20 minutes (cf lien n°5), ils subissent également un manque criant de moyens sanitaires. Or, à l'instar du personnel hospitalier, ils sont en première ligne en tant que derniers accompagnateurs de morts du Covid-19, et fatalement exposés au virus, posant la question de la viralité post-mortem d'un défunt.

Bref, le confinement made in France laisse à désirer.

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