La police ou un "État dans l'État"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/rvjak

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Le confinement n'a pas atténué les tensions entre la police et les banlieues prolos. Le moindre accident où l'institution y a un rôle peut mener à des révoltes comme à Villeneuve-la-Garenne et aux alentours après qu'un motard fut blessé en percutant la portière ouverte d'un véhicule banalisé de la police samedi 18 avril. Illustration d'une inégalité criante.

Face au confinement "tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres". Et ça, les banlieusard(e)s le savent bien plus que d'autres en étant proportionnellement plus confinés dans des espaces serrés en nombre, s'exposant fatalement davantage au Covid-19 que nombre de parisien(ne)s ayant pu fuir la capitale, voire la région Île-de-France et cible de choix pour les contrôles policiers, avec la répression qui va avec. Et l'exemple de Mouldi, un motard de 30 ans grièvement blessé à la jambe après que la portière d'une voiture banalisée de la police ait été ouverte - sciemment?! - pour l'arrêter, samedi 18 avril, à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), a servi d'étincelle pour des jeunes de cité à vouloir défier la police dans les nuits qui ont suivi dans plusieurs villes de banlieue, avec des feux d'artifice (cf lien n°1). Et gare aux journalistes qui seraient dans les parages car les forces de l'ordre (social) les ont dans le collimateur.

Deux poids, deux mesures

Forcément, s'en prendre aux flics, en cette période de confinement, est vite considéré comme crétin et que ça parlera vite d'émeutes visant exclusivement l'institution policière, comme à Strasbourg (Bas-Rhin), où des "émeutiers" ont visé un commissariat dans la nuit du 20 au 21 avril (cf liens n°2, n°3). Et dans ce genre de situation, il faut charger au maximum la personne ayant rencontré la police. Le blessé a le profil parfait pour le faire culpabiliser puisqu'il a été contrôlé à trois reprises pour non respect du confinement et qu'il aurait un passé de délinquant. Un procédé usuel puisqu'il fut appliqué à Adama Traoré après sa mort en juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) à l'issue d'une interpellation par des gendarmes ou encore à Théo Luhaka, du côté d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), quand il fut violé à coup de matraques dans l'anus en février 2017. Et les exemples de banlieusard(e)s victimes de violences policières en cette période de confinement, il y en a en cascade, comme Ramatoulaye, tasée et frappée au sol par des flics à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pour ne pas avoir montrée son attestation; Taha Maghar, arrêté et matraqué devant son appartement à Villeneuve-la-Garenne (cf lien n°4); Houssam, insulté et verbalisé à Aulnay-sous-Bois alors qu'il revenait de son travail, attestation à l'appui; une fillette de cinq ans blessée par un tir de LBD à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) et tant d'autres (cf lien n°5).

Mais en parallèle de tout ça, est-ce que la police affiche la même fermeté, la même répression envers des parisien(ne)s resté(e)s dans leurs quartiers cossus ou ayant fui? Que nenni! Des images de multitudes de personnes marchant en famille ou faisant leur jogging ont été postées sur les réseaux sociaux dans les quartiers bourgeois de Paris, avec aucune présence policière aux alentours et rien ne dit qu'elles avaient leur attestation.

Ce qui donne un écho aux propos d'un contact sur un réseau social:

  • "Quand ça touchait un "gilet jaune" blanc ça n'appelait pas ça " un accident" et ça condamnait immédiatement les brutalités policières. Quand ça touche les quartiers populaires c'est toujours autre chose hein. "Qu'est- ce qu'il fichait là ?" "On est en plein confinement" " il l'a sûrement mérité", " pourquoi s'enfuit-il?"... Jamais un délit ne doit se payer par un crime. Jamais. Et si vous saviez ce que font les flics dans les quartiers populaires, sur nos corps, nos esprits, jamais vous ne demanderiez "pourquoi il fuit?" Tous ceux et celles qui justifient ce qui s'est passé allez en enfer. En vrai vous êtes simplement pour la torture et la peine de mort pour les racisés."

Impunité étatique

Mais ces agissements des flics, différents selon les endroits regroupant des classes sociales opposées, montrent combien la police est un instrument de défense sociale et non de protection citoyenne. Ce qui suppose que le pouvoir politique tient, par contre, à protéger cet "État dans l'État" plus que violent, pour continuer sa politique de classe. Ce que les banlieusard(e)s "non-blanc(he)s" connaissent depuis des décennies, avec la dimension supplémentaire du racisme institutionnel exprimé par les matraques, les gaz et les tirs parfois mortels envoyés par la police ou la gendarmerie, les Gilets jaunes l'ont expérimenté à leurs dépens en 2018-2019, avec des violences policières à ciel ouvert. Et ce qui va avec, dans tous les cas, une impunité étatique, pour ne pas dire une immunité policière devant la justice. Un exemple? Christophe Dettinger vs Didier Andrieux. Le premier, manifestant parmi les gilets jaunes, avait donné des coups de poing à deux gendarmes qui s'en prenaient à une manifestante lors de la manifestation du 5 janvier 2019 à Paris. Résultat? Peine de prison - aménagée en mode travail le jour, prison la nuit -. Didier Andrieux, commandant de police à Toulon, boxa plusieurs manifestants ce même 5 janvier 2019, quatre jours après avoir reçu la Légion d'honneur. Résultat? Seulement une enquête de l'Inspection générale de la police nationale. Et encore, le parquet de Toulon ne voulait pas d'enquête au tout départ. Mais aucune poursuite judiciaire et ce flic a pris sa retraite à l'automne 2019, tranquille.

En guise de conclusion, autant détourner la morale de Jean de La Fontaine: "Selon que vous serez puissant ou misérable, les actions de la police vous rendront blanc ou noir".

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