"On est chez nous"

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La mobilisation contre les violences policières et le racisme, maintenue place de la République, a attiré bien du monde, marquant un temps fort sur la question du racisme institutionnel en France, que les Tartuffes ne veulent pas voir.

"Nous sommes la France", scandèrent régulièrement les dizaines de milliers de manifestants venus à Paris sur la question des violences policières et du racisme, ce samedi 13 juin. Je dis des dizaines de milliers car la Préfecture de police estime qu'il y avait 15.000 personnes (cf lien n°1), quand les organisateurs annoncent 150.000. Et vu les vidéos montrant une place de la République pleine à craquer, avec une concentration de personnes similaire à une situation dans le métro aux heures de pointe, il y a de quoi penser qu'il y a eu entre 100.000 et 150.000 personnes ce samedi, si on doit estimer à partir de la densité de population présente sur la place de la République et les dimensions de cette dite place.

Nasse à ciel ouvert

Toujours est-il que l'essai lancé le 2 juin dernier, devant le Tribunal de grande instance de Paris, a été transformé, avec des familles de victimes (Adama Traoré, Lamine Dieng, Gaye Camara, etc.). Et non sans difficultés. D'abord, une campagne médiatico-politique pour dénigrer la famille Traoré, dont la mort d'Adama, le 19 juillet 2016, continue de défrayer la chronique et de fournir des marquages politiques presque analogues à ceux de l'affaire Dreyfus. Au passage, bien des délinquants ont fait carrière sans être violemment interpellés par la police (Jérôme Cahuzac, Patrick Balkany, feu Jacques Chirac). Ensuite, la présence sur un toit d'immeuble de la place de la République, de membres du groupuscule d'extrême-droite Génération identitaire affichant une banderole pour les "victimes du racisme anti-blanc". De la part de personnes se disant virilistes, on peut dire que ce sont des couilles-molles qui n'ont pas osé venir avec leur banderole les yeux dans les yeux des manifestants antiracistes et des riverains ont déchiré cette banderole.

Enfin, cette manifestation devait partir à destination de la place de l'Opéra. Mais la Préfecture de police a interdit le déplacement de la manif, la maintenant de fait sur la place de la République et transformant l'endroit en nasse à ciel ouvert, ne pouvant que provoquer de la tension, provoquer des malaises, et pousser à de l'excitation mutuelle avec certains manifestants (autonomes) pour mieux réprimer l'ensemble de la manifestation à coups d'envois de gaz lacrymogène puis de charges de CRS ou de membres de la BAC. Alors que la veille, des flics avaient manifesté sans problème le long de l'avenue des Champs-Élysées (cf lien n°2). À voir si la décision du Conseil d'État, en fin d'après-midi, autorisant de nouveau des manifestations sur la voie publique, en appelant au respect des gestes barrières - le Coronavirus n'a pas pris de vacances -, change la donne (cf lien n°3).

Bataille matérielle, intellectuelle

L'ampleur de la mobilisation doit interroger certains, notamment à gauche. Cette partie de l'échiquier politique est tiraillée car une partie estime que parler de racisme, notamment de racisme institutionnel, est une lubie de l'esprit, une importation du communautarisme anglo-saxon, une division envers la question sociale, une sécession envers la France universaliste, etc. Ce faisant, ces fraternalistes, comme le décrivait en son temps Aimé Césaire, illustrent leur vision euro-centrée de l'histoire, affichent sans vouloir l'avouer un communautarisme blanc qu'ils partagent avec la droite, qu'ils expriment un universalisme abstrait, et démontrent leur paresse intellectuelle à ne pas analyser le racisme institutionnel comme construction sociale en lien avec le capitalisme, et donc à ne pas suivre une politique de lutte intersectionnelle, appelant notamment à de la justice, réclamée à corps et à cris par les manifestants. Ce faisant, ces Tartuffes du racisme institutionnel made in France s'affichent comme les meilleurs serviteurs de la droite et de l'extrême-droite, dont ils ne s'opposent pas si frontalement qu'ils le disent dans leurs fanfaronnades.

Et l'autre partie, tend à renouveler son internationalisme prolétarien en imbriquant la question de l'intersectionnalité des luttes (classe, féminisme, racisme, etc.) et à jouer le rôle d'un soutien, afin de combattre le capitalisme dans son ensemble, et pas seulement au niveau économique, illustrant pourtant bien des dimensions du racisme institutionnel (accès aux études supérieures, accès à un travail, accès à un logement, etc.). Bref, c'est une bataille matérielle et intellectuelle qui est à mener. En essayant à ce que les masses s'emparent de la théorie, de la pensée intellectuelle, pour transformer cette dernière en force matérielle. Et dans ce cas, une issue positive, à savoir la justice, peut se dessiner.

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