Pas question de couvrir ce racisme que certains ne sauraient voir

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Maxime FORT

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Le dernier rapport du défenseur des droits, ce lundi 22 juin, appuie ce que plusieurs français ayant des racines extra-européennes dénoncent depuis des années face à une hypocrisie générale d'une classe politique refusant de relier racisme et capitalisme par exemple.

Qui aurait pu croire que Jacques Toubon finirait par être regretté? Au moment de sa nomination en tant que Défenseur des droits, en juillet 2014, l'ancien ministre de la Culture (1993-1995) puis de la Justice (1995-1997) ne suscitait pas d'enthousiasme. Et près de six ans plus tard, avant de quitter ce poste, Toubon aura réussi à se faire estimer, tant le travail mené dans cette institution a marqué les esprits ces dernières années, notamment au sujet des discriminations, du racisme. Et le dernier rapport publié sur la question des discriminations liée aux origines (sociales, ethniques, géographiques, etc.), ce 22 juin (cf lien), fait un écho aux manifestations contre les violences policières et le racisme, en France comme ailleurs dans le monde occidental, observées ces dernières semaines.

Un racisme insidieux

Dans ce rapport intitulé "Discrimination et origines: l'urgence d'agir", le Défenseur des droits souligne l'ampleur et la profondeur du phénomène en France et de l'absence de réponse convaincante depuis le début du 21e siècle à ce sujet. En premier lieu, l'observation se fait au niveau économique, avec des témoignages de Français(es) non-blanc(he)s affirmant avoir été discriminé(e)s en raison de leur origine sociale, ethnique, géographique, de leur orientation sexuelle, appuyant des études comme celle de France Stratégie en 2016, indiquant qu'une personne originaire du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne ou des outre-mer, avait un salaire bien inférieur - de l'ordre de -7% pour un homme originaire du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne; de l'ordre de -23% pour un homme originaire des outre-mer; de l'ordre de -49% pour une femme originaire d'Afrique du nord ou subsaharienne; de l'ordre de -38% pour une femme originaire des outre-mer -, ou un risque de chômage plus élevé qu'une personne "sans ascendance migratoire", en l'occurrence un homme blanc; sachant qu'une femme blanche a un salaire moins élevé et un risque de chômage plus élevé, mais est moins exposée que les Français(es) ayant des origines extra-européennes. Et ce, indépendamment du niveau d'études, qui peine à produire des effets positifs en matière d'égalité. Ensuite, cela produit des effets sur l'accès au logement, où des Français(es) ayant des origines extra-européennes se retrouvent plus en difficulté d'avoir accès à un logement. Enfin, il y a une exposition accrue à des contrôles policiers, le Défenseur des droits indiquant qu'un homme originaire d'Afrique en général risque 20 fois plus d'être contrôlé qu'un autre groupe.

De quoi susciter une critique profondes des institutions d'une république bourgeoise de la part de citoyen(ne)s non-blanc(he)s constatant un racisme institutionnel à leur égard et une double peine car s'ils/elles l'expriment, la classe politique, de manière unanime, les accusera de faire dans le séparatisme, le communautarisme, la sécession avec la république. C'est d'ailleurs ce qu'a exprimé, en creux, Emmanuel Macron, lors de son allocution du 14 juin, en accusant finalement l'antiracisme "dévoyé" de faire dans le séparatisme et appelant à un soutien des forces de l'ordre critiquées, à raison, ces derniers temps. Ce qui devrait faire réfléchir les fraternalistes de gauche, s'ils se prétendent défenseurs de l'émancipation et de l'égalité pour tou(te)s. Mais faut croire qu'ils préfèrent jouer les Tartuffes d'un racisme institutionnel hexagonal en accordant leur violon avec les paternalistes de droite. Et ce faisant, trahissant une fois encore leur hypocrisie en matière de défense du prolétariat vu qu'ils participent à cette division, auprès d'un pouvoir menant une politique pour la bourgeoisie, faisant de facto du séparatisme, du communautarisme. Et si le terme de "privilège blanc" est sujet à controverse, le terme de capital symbolique pigmentaire pourrait pousser à une réflexion plus productive, peut-être.

La statistique comme outil de lutte

Face à un tel constat, quelles solutions seraient crédibles? Pour le Défenseur des droits, un des outils les plus efficaces serait de recourir à des données statistiques, à travers la statistique publique sur les discriminations, un observatoire des discriminations, des campagnes de testing sur l'accès à l'emploi, au logement, un renforcement de la législation sur la publication d'indicateurs non-financiers de la part des entreprises, reliant cela avec la RSE (responsabilité sociale des entreprises), une traçabilité des contrôles d'identité, etc. De même que ce rapport recommande un renforcement des procédures judiciaires, via des actions de groupe, puis des sanctions judiciaires "proportionnées et réellement dissuasives contre les auteurs de discriminations fondées sur l'origine".

L'appel à une utilisation élargie de la statistique pourrait être sujet à débat, du fait qu'en France, il est considéré comme inconstitutionnel de faire des statistiques ethniques, stricto sensu, car la France ne connaît que des citoyens à part entière. Quitte à s'aveugler sur plusieurs millions de citoyen(ne)s mis entièrement à part, pourtant bien plus patriotes que d'autres dont le capital (financier, social, culturel, symbolique) leur permet de se servir au lieu de rendre service.

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