La France, ennemie des musulman(e)s? Telle est la question!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/naijabang tv

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Dans le prolongement de l'émoi face à l'assassinat du professeur d'histoire-géographique Samuel Paty par un intégriste musulman et des déclarations d'Emmanuel Macron soutenant les caricatures (re)publiées dans Charlie Hebdo, des campagnes de boycott sont lancées envers certains produits hexagonaux dans plusieurs pays où l'islam est religion d'État, ou du moins la religion majoritaire, et tout particulièrement la Turquie.

La fin d'année 2020 promet de ne pas être triste pour la France. Avant l'annonce de la saison 2 du confinement par Emmanuel Macron, mercredi 28 octobre, il y eut l'assassinat du professeur d'histoire-géographie Samuel Paty, le 16 octobre dernier, en lien avec un cours d'éducation civique et morale qu'il donnait sur la liberté d'expression en prenant comme exemple les caricatures de Mahomet, (re)publiées par le journal satirique Charlie Hebdo dans le cadre du procès des attentats de janvier 2015. Cet assassinat par un terroriste islamiste, déchirant les esprits en France, relança une fois encore la question de la liberté d'expression et de la laïcité, obligeant Macron à davantage affirmer le droit au blasphème, à la satire religieuse. Ce qui, en retour, poussa bien des citoyen(ne)s de pays du monde arabo-musulman à manifester leur colère contre la France et à mener une politique de boycott de certains produits hexagonaux ces derniers jours (cf liens n°1, n°2).

France-Turquie: relations tendues

Un de ces pays affiche de plus en plus son hostilité à l'égard de la France sur sa politique religieuse, c'est la Turquie. Ces derniers mois, les relations diplomatiques entre Paris et Ankara se sont tendues, au point que ces derniers jours, l'ambassadeur de France en Turquie dût être rappelé à Paris, tant ça sent le souffre entre les deux pays. Il faut dire que Recep Tayyip Erdogan et Macron ne s'entendent pas du tout et ce n'est pas demain la veille que ça va changer, tant Ankara entend accroitre son influence sur le Moyen-Orient, via la Syrie, et sur l'arc méditerranéen, avec des frictions accrues face à la Grèce. Ce qui poussa d'ailleurs Paris à se positionner aux côtés d'Athènes et à inciter les partenaires européens, notamment l'Allemagne et son importante communauté turque, à être au soutien des grecs. Mais c'est également une manière pour le pouvoir turc de jouer dans la nostalgie de l'Empire ottoman, qui disparut quelques années après la fin de la Première guerre mondiale, et d'effacer les questions qui fâchent au niveau de la politique intérieure car la réélection d'Erdogan, en 2018, deux après une tentative de coup d'État militaire, masque mal la répression d'un régime qui sape de plus en plus les fondations de la république turque, fondée par Mustafa Kemal Atatürk. De même que le positionnement d'Erdogan en mode champion de l'islam est hypocrite par rapport à la situation de la communauté ouïghour en Chine, Ankara ne tenant pas à froisser ses relations avec Beijing (cf lien n°3).

Et si on regarde l'histoire, les relations entre la France et la Turquie ont tendance à être plutôt bonnes. Du temps de la monarchie, la France entretenait une alliance avec l'Empire ottoman en raison de leur hostilité commune envers l'Autriche, permettant à Paris d'opérer une "alliance de revers" face à Vienne. Une alliance partiellement brisée sur la fin de la Révolution française, avec l'expédition d'Égypte de Napoleone Buonaparte - pardon, Napoléon Bonaparte -, mais renouvelée après cette campagne par Napoléon, au début du premier Empire et confirmée par la suite, comme l'atteste la participation de la France aux côtés des Ottomans contre les Russes lors de la guerre de Crimée (1854-1856). De même que l'influence française était importante dans la fondation de la république turque vu que Kemal formula une laïcisation du pays, inspirée par la loi de séparation des églises et de l'État de 1905 en France. Une laïcité à la turque remise en cause ces dernières années avec Erdogan, avec pour symbole l'ancienne église Sainte-Sophie d'Istanbul, qui fut tour à tour une mosquée puis un musée, redevint une mosquée.

Équilibre extérieur

Mais pour que plusieurs pays du monde arabo-musulman se mettent à s'opposer à la France et à lui reprocher sa politique intérieure, c'est que la politique extérieure hexagonale a tendu le bâton pour se faire battre. Après tout, la question de l'islamophobie était latente depuis longtemps au niveau de la politique intérieure, notamment sous l'angle des violences policières et de l'héritage post-colonial, mais au niveau extérieur, ce n'était pas aussi critique que maintenant. Pourquoi? C'est sur l'alignement atlantiste de la France qui peut une fournir une explication. Souvenons-nous qu'en 2003, la France, sous Jacques Chirac, refusa de participer à la guerre en Irak, générant des tensions avec les États-Unis, sous George W. Bush. En parallèle, cette position diplomatique permit à Paris d'être grandement estimé dans le monde arabo-musulman, en témoignent les tournées triomphales de Chirac, cette même année 2003, en Palestine et surtout en Algérie.

Or, depuis 2007 et l'élection de Nicolas Sarkozy, une orientation atlantiste a pris le pas sur un équilibre extérieur, sans compter le soupçon de vengeance personnelle pour Sarkozy à l'égard de Mouammar Khadafi en intervenant en Libye en 2011. Et le bordel dans le Moyen-Orient, constant depuis 2003, permettant au terrorisme islamiste de s'implanter, et à des courants intégristes de gagner en influence politique, pour mieux diaboliser les pays occidentaux, dont la France, qui aurait la particularité de compter la plus grande communauté musulmane d'Europe. Et ainsi, les terroristes, par leurs actes, poussent à un déchirement rendant les français(es) de confession musulmane, réelle ou supposée, des suspects aux yeux de plusieurs de leurs concitoyen(ne)s non-musulman(e)s.

Difficile de garder la tête froide dans ce monde qui ne tourne pas rond.

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