Les débuts de la Commune

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/hier aujourd'hui

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Le 18 mars 1871 marqua les débuts d'un mouvement révolutionnaire qui devint par la suite la Commune de Paris, jusqu'à fin mai 1871, dans un contexte de guerre perdue contre la Prusse et d'une bourgeoisie française capitularde et méfiante envers un prolétariat de plus en plus organisé et soucieux de faire du passé "table rase".

Même 150 ans après, évoquer la Commune est toujours aussi vif. L'idée d'organiser des moments consacrées à cet événement historique place vite dans quel côté vous penchez. Si c'est à droite, c'est "pas question" car ce serait montrer que la bourgeoisie a écrasé dans le sang une force émancipatrice. Si c'est à gauche, c'est vouloir exalter le prolétariat parisien, qui montrait une capacité à gérer la vie de la cité démocratiquement (cf lien n°1). Mais avant d'aboutir au soulèvement du 18 mars, qui marque l'origine de la Commune, un peu de contexte s'impose.

Crainte insurrectionnelle

Le contexte est celui de la guerre entre la France et la Prusse, à l'été 1870. Une série de défaites, aboutissant in fine à une catastrophe militaire que fut la bataille de Sedan, le 2 septembre 1870. Et ce, d'autant plus que l'empereur Napoléon III, aux côtés du maréchal Patrice de Mac-Mahon, fut fait prisonnier par les prussiens. Une occasion en or d'en finir avec le Second empire, en place depuis 1852, saisie par plusieurs opposants politiques, notamment Jules Favre, Jules Simon et Jules Ferry, proclamant la république le 4 septembre 1870 à l'hôtel de ville de Paris. Mais la guerre continua avec les prussiens faisant le siège de Paris durant la fin de l'année 1870 et le début de l'année 1871, où la population parisienne fut mobilisée autour de la garde nationale, recrutant divers hommes, y compris au sein du prolétariat.

De quoi inquiéter certains politiciens bourgeois, notamment Adolphe Thiers, méfiants à l'idée de laisser des ouvriers en armes et considérant qu'une capitulation serait bien plus profitable socialement qu'une continuité de la guerre, où des possibilités de radicalisation révolutionnaire pourraient s'exprimer, en raison du militantisme des membres français de l'Association internationale des travailleurs, mais aussi des peuples colonisés comme en Algérie, où le décret Crémieux du mois d'octobre peine à calmer les aspirations insurrectionnelles, aboutissant du reste à la révolte de Mokrani le 16 mars 1871, obligeant le gouvernement à mobiliser des troupes notamment en Kabylie, pour réprimer violemment les insurgés algériens entrés en résistance contre les colons français, dont certains rejoindront des communards en déportation en Nouvelle-Calédonie (nom colonial de la Kanaky).

Toujours est-il qu'en-dehors de quelques exceptions, notamment Léon Gambetta, la capitulation a guidé la majorité de la classe politique. Et ce, d'autant plus que l'Assemblée constituante élue le 8 février 1871 était majoritairement composée de royalistes ayant pour seul argument "la paix" mais divisés entre légitimistes et orléanistes, tandis que les députés de Paris étaient exclusivement républicains, dont Louis Blanc, Victor Hugo, Giuseppe Garibaldi, Georges Clemenceau, et soutenaient la résistance face à l'occupant prussien, proclamant d'ailleurs l'empire d'Allemagne à Versailles. Tout un symbole.

Les canons de Montmartre

Thiers, nommé chef du pouvoir exécutif par l'Assemblée constituante, à majorité royaliste, dut faire avaler la couleuvre de la capitulation aux parisiens, donnant à l'Allemagne l'Alsace et la Moselle et permettant aux troupes allemandes de défiler dans Paris le 1er mars 1871. Une humiliation répondue par un silence de mort au moment du passage des troupes dans la capitale, montrant ainsi le patriotisme général adopté durant le siège. Mais pour la majorité en place, ce n'était pas suffisant. Toute une série de mesures fut adoptée pour humilier Paris et ses habitants, qui tenaient à se battre, notamment le refus de paiement de solde de la garde nationale, plongeant les troupes dans la misère, de même que le moratoire pour les commerces au moment du siège fut supprimé, et l'idée de ne plus faire de Paris la capitale de la France mais à la place, ce serait Versailles. Versailles, le symbole du royalisme, où l'Assemblée constituante s'y réfugie, peu de temps après que les allemands y aient proclamé leur existence en tant qu'État.

Néanmoins, il restait un écueil à cette répression envers Paris, c'est que des canons étaient restés sur la butte Montmartre, à l'emplacement de l'actuelle basilique du Sacré-Cœur d'ailleurs. Et le 17 mars, Thiers demandent aux généraux Clément-Thomas et Lecomte de s'emparer des canons. En même temps, Thiers ordonna l'arrestation d'Auguste Blanqui, alors soigné par un ami à lui dans le Lot pour empêcher ce dernier de rejoindre Paris, où il comptait nombre de partisans. Le lendemain, 18 mars, les troupes chargées de reprendre les canons de Montmartre, pourtant peu dignes d'intérêt stratégique, renoncent à leur mission à la vue des gardes nationaux et des parisiens venant s'opposer au transfert de ces canons et opèrent une fraternisation, renversant le plan de Thiers, qui prit la fuite avec plusieurs milliers de parisiens - bourgeois, fonctionnaires, banquiers, commerçants, etc. -. Enfin, les généraux Clément-Thomas et Lecomte furent capturés par leurs propres soldats et emmenés sur la butte Montmartre pour se faire fusiller, en dépit des demandes du Comité central de la garde nationale et de Clemenceau, maire du 18e arrondissement, de les garder en vie et de les considérer comme des otages.

Et ainsi commença l'histoire de la Commune de Paris, jusqu'au 28 mai.

P.S: La série de vidéos sur la Commune par l'historien Henri Guillemin vaut le coup d'être regardée, ou du moins écoutée.

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