Le perpétuel chantier olympien

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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À l'issue d'une saison fort inconstante, l'Olympique de Marseille termine cinquième, prenant une place pour la Ligue Europa la saison prochaine. Reste à savoir avec quel effectif, tant les annonces de départs sont nombreuses et que l'actionnaire Frank McCourt devra vite clarifier les choses, notamment auprès de l'entraîneur Jorge Sampaoli.

La saison 2020-2021 de Ligue 1, marquée par le Coronavirus imposant le huis clos dans les matchs quasi tout le long et le fiasco Mediapro pour les droits télé, a rendu son verdict, dimanche 23 mai. Et finalement, c'est le Lille olympique sporting club (LOSC) qui est devenu champion de France, en allant s'imposer à Angers, avec un point d'avance sur le Paris Saint-Germain (PSG). Finalement les joueurs lillois, entraînés par Christophe Galtier, ont su tenir mentalement sur les derniers matchs de championnat et rapporter le quatrième titre de champion de l'histoire du LOSC, 10 ans après le dernier en date (2011). Quant au PSG, qui semblait parti pour triompher - comme d'habitude - au niveau national, il a démontré que le talent individuel ne suffit pas et que si des joueurs comme Neymar, Marco Verratti ou Kylian Mbappé se retrouvent à péter les plombs quand leurs adversaires leur répondent dans les duels, l'édifice s'écroule vite tant les joueurs parisiens ont un manque criant de force mentale. Pour compléter le podium de cette Ligue 1 2020-2021, l'Association sportive Monaco a pu garder cette marche, aux détriments de l'Olympique lyonnais, qui pourra tout de même se dire qu'il n'aura plus Rudi Garcia sur le banc de touche.

L'OM en dents de scie

Et l'Olympique de Marseille (OM) dans tout ça? Il termine cinquième, à l'arrache, et loin derrière les quatre clubs qui le précèdent. Un classement indigne de l'histoire de ce club et de ses supporters, mais logique tant le club pratique une constante inconstance ces dernières années, en étant peu proches des objectifs que l'actionnaire états-unien Frank McCourt se fixa en 2016, à savoir une participation régulière en Ligue des Champions et une lutte pour le titre de champion de France. Et quelque part, le parfait symbole de cette régulière irrégularité marseillaise est Dimitri Payet. Désormais "marseillais à vie", le milieu offensif fait les montagnes russes. Un temps, il peut être excellent et tire l'OM vers les sommets. Un autre temps, il peut être complètement à la rue et enfonce le club vers les abysses. Ce qui a le don de mettre les supporters sur les nerfs et ce n'est pas un hasard s'il fut ciblé dans les critiques adressées envers le club lors de la manifestation du 30 janvier dernier devant le centre d'entrainement Robert Louis-Dreyfus.

Et comme les emmerdes, ça arrive en escadrille, face à une telle tension et une politique sportive dissonante, André Villas-Boas, marqué par le parcours calamiteux en Ligue des champions (5 défaites, 1 victoire), a quitté son poste d'entraîneur et qu'après l'intérim de Nasser Larguet, directeur du centre de formation du club, c'est Jorge Sampaoli qui tient le banc de touche olympien, permettant de sauver quelque peu les meubles avec la cinquième place. Si l'état d'esprit soufflé par le coach argentin fait plaisir à voir, le schéma de jeu généralement proposé, avec trois défenseurs centraux et deux latéraux jouant le rôle de pistons, n'est guère efficace pour appliquer une philosophie offensive prônée par Sampaoli, dans la lignée de son aîné et compatriote Marcelo Bielsa. Sauf quand il s'agit d'un schéma avec quatre défenseurs (deux centraux et deux latéraux), permettant de densifier le milieu de terrain, comme contre Angers, où le jeu olympien était mieux huilé. En espérant qu'il saura garder cela en tête pour préparer la saison prochaine.

Un grand chantier austéritaire

Toujours est-il que la saison 2021-2022, c'est déjà maintenant qu'elle se prépare. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'une impression de retour vers le futur frappe pour les supporters olympiens, notamment au temps de Bielsa, à l'issue de la saison 2014-2015, où l'OM termina quatrième, échouant de peu à être sur le podium. Mais là, c'est bien pire. Au moins 10 à 12 joueurs de l'effectif vont partir ou sont probablement sur le départ. Et pour plusieurs d'entre eux, il s'agit juste de fin de contrat. C'est le cas de Valère Germain ou de Florian Thauvin. Ce dernier quitte le club par la petite porte, au bout d'une saison moyenne - huit buts, huit passes décisives - par rapport à ce qu'il put montrer lors des saisons 2016-2017, 2017-2018 et 2018-2019. La saison 2019-2020 ne comptant pas tellement car le milieu offensif fut blessé durant la quasi-totalité de cette saison-là. C'est un peu triste qu'il parte ainsi, mais remercions-le des services rendus pour le club et bonne chance au Mexique. Un départ qui attriste les supporters, c'est celui d'Hiroki Sakai. Le défenseur japonais, arrivé libre en 2016, inspirait la méfiance. Mais en dépit de ses limites techniques, Sakai a démontré un professionnalisme et un respect du maillot ciel et blanc qui lui ont permis d'être respecté en retour par les supporters. Si d'autres joueurs, bien plus talentueux, avaient un état d'esprit équivalent à celui de Sakai, l'OM se porterait bien mieux sportivement et économiquement.

Conséquence de l'irrégularité sportive, le trou budgétaire se fait béant, aggravé avec la crise du Coronavirus et le fair-play financier n'a pas forcément été tendre - cela se comprend - avec l'OM, en soustrayant une partie des revenus issus de la participation du club en Ligue des champions pour payer une amende. Toujours est-il que trois départs sont craints du côté des supporters, actant une austérité à la grecque. Ceux d'Arkadiusz Milik, de Pol Lirola et de Boubacar Kamara. L'attaquant polonais, arrivé en provenance de Naples durant l'hiver pour se relancer, ses six mois passés à l'OM montrent combien il fait office de véritable renard des surfaces tant recherché dans le club depuis quelques années. Mais comme il aspire à vouloir jouer la Ligue des champions et qu'il peut être transféré à un faible coût par rapport à son talent qui est important (neuf buts - dont trois penalties - en 15 matchs seulement, meilleur buteur de l'OM en championnat), des clubs qualifiés en Ligue des champions comme la Juventus Turin ne voudront pas laisser échapper un tel talent hors de leur portée. Du côté de Lirola, le latéral espagnol a clairement convaincu, avec sa capacité à déborder, à distiller des centres, voire même à marquer. Reste à bien négocier pour lever l'option d'achat fixée à 12 millions d'euros par la Fiorentina. Quant à Kamara, le symbole est tout autre car le défenseur/milieu défensif semble avoir la meilleure valeur marchande dans l'effectif et qu'il est un minot, le meilleur joueur issu du centre de formation de l'OM depuis Samir Nasri et André Ayew. Et il est rare qu'un minot s'impose dans l'effectif, tant l'OM néglige historiquement son centre de formation. Donc, le voir partir serait un mauvais signal envoyé auprès des minots du centre de formation, aspirant à rejoindre l'équipe première.

Et pourtant, je ne cesse de l'écrire depuis quelques années, faire en sorte que le centre de formation soit le fournisseur principal de l'effectif de l'équipe première est la condition sine qua non pour que l'OM retrouve les sommets nationaux et européens. Déjà pour ne plus être dépendant du marché des transferts, et ensuite parce que ça permet une double économie d'échelle - joueur formé au club moins onéreux en matière de salaire qu'un joueur recruté ailleurs; bonne probabilité de vente à un prix élevé, en dépit du contexte actuel qui restreint tout de même la marge financière -. Et vu le chantier à prévoir, ce serait l'occasion de faire une promotion de minots au sein de l'effectif, tels les défenseurs Joakim Kada, Hugo Dupont ou les milieux Paolo Sciortino et Ugo Bertelli. Mais Sampaoli ne semble pas être du genre à donner une chance à des joueurs formés au club, contrairement à un Bielsa qui en faisait un dogme dans son management sportif. D'ailleurs, Sampaoli, avec l'appui du président Pablo Longoria, veut orienter vers l'Amérique du Sud, où des possibilités de recruter le milieu brésilien Gerson, ainsi que le milieu argentin Thiago Almada semblent être bien avancées. Reste à savoir s'il y aurait véritablement une enveloppe de la part de McCourt - 60 millions d'euros? - permettant une restructuration d'ensemble de l'effectif et répondant aux desiderata de Sampaoli. Et charge à ce dernier de ne pas se tromper dans ses choix, tant le souvenir des transferts obtenus par Garcia quand il entraînait l'OM ont plombé les finances du club.

En tout cas, vivement la saison prochaine!

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