L'OM ou le perpétuel chantier austéritaire

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Yannick Parienti

Photo: Yannick Parienti

En terminant quatrième du championnat hier soir, l'Olympique de Marseille laisse une impression de regret, amplifiée d'un chantier important au niveau de l'effectif vu les départs de cadres qui seront difficiles à remplacer à moins de changer de politique.

"Cette quatrième place est frustrante car on était capables de faire mieux [...] Cette équipe avait les ressources pour finir sur le podium et peut-être espérer plus." Ces propos de l'entraîneur argentin Marcelo Bielsa illustrent l'amertume qui règne sur le club phocéen, malgré la victoire hier au stade Vélodrome contre Bastia (3-0) car dans le même temps, l'AS Monaco garde la troisième place, ayant gagné à Lorient (1-0). Ce qui constitue la fin du dernier suspense présent dans la Ligue 1 version 2014-2015. Et contrairement à ceux qui disent que les erreurs d'arbitrage s'équilibrent, c'est loin d'être une évidence absolue dans les esprits marseillais. Une chose est sûre, on ne s'est pas (beaucoup) ennuyé avec l'OM, cette saison.

Scène des adieux

Une rencontre marquée aussi par les adieux des joueurs André-Pierre Gignac, André Ayew et Rod Fanni. Le premier termine son aventure tourmentée avec l'OM en beauté en livrant sa meilleure saison sur le maillot phocéen (21 buts en championnat), symbole d'une attaque olympienne de feu (76 buts en 38 matchs, une première depuis la saison 1971-1972 portée par 30 buts de Josip Skoblar, "l'Aigle Dalmate"). Le second, qui a été formé au club, le joueur le plus constant de l'OM ces dernières années, clôt un peu une histoire familiale avec le club marseillais puisque son père Abedi Pelé était un membre important des années de gloire de l'OM, avec pour symbole la passe décisive pour Basile Boli lors de la victoire en Ligue des champions le 26 mai 1993. Le dernier, qui avait été injustement mis au placard durant l'été dernier, a montré qu'il pouvait rendre des services en défense, mais cela n'a pas suffi car c'est derrière que l'OM a failli dans la course sur le podium de la Ligue 1.

Avenir de Bielsa en suspens

Cette non-qualification pour la Ligue des champions et la direction vers la Ligue Europa pourraient bien refroidir les motivations de Marcelo Bielsa dans la continuité de son aventure avec l'OM, d'autant qu'il a failli personnellement, avec les joueurs, sur la deuxième partie de la saison et une gestion parfois illogique, avec les cas du défenseur Doria ou du milieu offensif Florian Thauvin par exemple. Néanmoins, son aura auprès des supporters est intacte car malgré les défaites, il a apporté un style offensif qui correspond parfaitement à la devise du club "Droit au but", il a fait passer des paliers à de nombreux joueurs, notamment Gignac, Benjamin Mendy, Brice Dja Djédjé, Gianelli Imbula, mais surtout il a repositionné avec succès un Dimitri Payet en numéro 10 passeur (meilleur passeur du championnat avec 16 passes décisives) ou un Jérémy Morel en défenseur central, même si ça été moins efficace sur la deuxième partie de la saison.

Puis ses déclarations tonitruantes envers la direction du club, en particulier le président Vincent Labrune, incitent à ce que si "el loco" reste à l'OM, il devra avoir les pleins pouvoirs sur le cadre sportif, en particulier sur le recrutement. Et le récent souhait émis par Margarita Louis-Dreyfus (MLD) pour garder Bielsa n'a pas l'air de suffire pour l'Argentin. Il a besoin de garanties, et on le comprend. Ça devrait se décider sous peu. Dans le cas d'un départ de Bielsa, de nombreux candidats seraient au portillon (Claudio Ranieri, Quique Sánchez Flores, etc.), ce qui pourrait être rassurant dans cette situation pénible.

Le chantier de l'effectif

Si Bielsa reste, il est clair qu'il compte maitriser le recrutement estival et il aurait déjà des idées derrière la tête. Comme la Copa América aura lieu cet été au Chili, le sud-américain la suivra forcément de près, avec des joueurs susceptibles de rejoindre les rangs phocéens. Et ce sera nécessaire. L'OM a besoin d'un défenseur polyvalent (central et latéral), d'un milieu défensif, d'un milieu offensif et d'un attaquant, au moins. Pour ce dernier cas, il s'agira d'une doublure car même si Gignac part, c'est Michy Batshuayi (21 ans) qui fait office de successeur désigné. D'ailleurs, pour sa première saison à l'OM, en tant que remplaçant la plupart du temps, le joueur belge a inscrit 9 buts. Ce qui est honorable. Mais l'an prochain, il sera le titulaire à la pointe. L'enjeu sera bien différent. Qui acceptera de jouer la doublure? Et quid de Lucas Ocampos? Le milieu offensif argentin, prêté par Monaco, devrait retourner dans le club de la Principauté sauf si l'option d'achat de 11 millions d'euros serait levée par MLD et Labrune pour un joueur désiré par Bielsa, même si "el loco" ne l'a pas beaucoup titularisé (tout un paradoxe).

En-dehors de ça, il s'agit de recruter des cadres, des joueurs d'expérience pour épauler le gardien et capitaine Steve Mandanda, qui risque de se sentir bien isolé vu qu'il est avec Payet un des derniers cadres du club. Puis, comme ce n'est pas la Ligue des champions et les recettes qui vont avec pour l'an prochain, la politique austéritaire du club consiste à vendre avant d'acheter. Deux joueurs sont potentiellement sur le départ, Thauvin et Imbula, mais d'autres pourraient allonger la liste (Mandanda, Nicolas Nkoulou, Payet), ce qui correspondrait à une paupérisation massive de l'OM.

Pour un projet OM

Dans le cas de départs massifs, cela montrera combien l'austérité à la grecque (en référence aux origines grecques de Marseille) est une erreur économique, qui devrait faire réfléchir les économistes mainstream (mais ce serait leur demander d'être ouverts d'esprit). Cette austérité, menée par l'hydre de Lerne (veuve Louis-Dreyfus, Labrune) fait que depuis 2011, l'OM ne s'est qualifié qu'une fois en Ligue des champions et que durant la saison qui vient de se terminer, le club n'a pas participé à une compétition européenne. Une première depuis 10 ans! Le "projet Dortmund", raconté par Labrune à tout bout de champ, ne marche pas malgré des transferts onéreux (pas à un paradoxe près!) et dans ce cas, lui et MLD doivent sauter pour laisser la place à d'autres, et notamment aux socios. Je pense que ce projet "OM socios" est plus crédible que ce qui se passe actuellement, et l'initiative menée par un supporter, Grégory Durieux, mérite d'être soutenue par les autres supporters olympiens (j'espère que c'est votre cas, vous, qui me lisez).

Et la première mesure à faire, c'est le renforcement de la formation. L'exemple lyonnais montre que le centre de formation aide à équilibrer les finances de ce club. À l'OM, cet accent n'a guère été mis et pourtant, quelques talents peuvent en sortir. Les frères Ayew ou encore Samir Nasri l'ont prouvé ces dernières années. Et Bielsa n'a pas hésité à envoyer sur le terrain des joueurs issus du centre de formation comme les défenseurs Baptiste Aloé, Stéphane Sparagna, ou le milieu offensif Bilal Boutobba, par ailleurs champion d'Europe avec les moins de 17 ans depuis le vendredi 22 mai, cette saison. Mais cela reste insuffisant et si l'OM veut retrouver les sommets nationaux et européens, il devra s'appuyer sur un centre de formation qui inculque l'ouverture d'esprit et la culture de la gagne, ce qui lui permettra de réaliser des économies d'échelle car plus de joueurs formés en club capables de bien jouer dans l'équipe première, c'est moins d'argent dépensé pour des transferts.

Quand on veut agrandir la maison, il faut ainsi s'assurer que les fondations sont solides. Je vous laisse méditer là-dessus, camarades supporters.

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