Guerre en Ukraine: le temps en faveur de Kiev face à Moscou?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Dong Dong

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La poursuite de la guerre menée par la Russie, avec le siège de Kiev et de Kharkov, les deux villes les plus peuplées du pays, que Moscou compte vite faire plier, histoire de retourner en position de force dans les pourparlers de paix. Mais plus le temps passe, plus l'opposition se généralise et peut toucher le peuple russe pendant que le tri racial, raciste des réfugiés continue.

Depuis le lancement de l'intervention russe en Ukraine, jeudi 24 février, une course contre-la-montre a été lancée entre Moscou et Kiev, avec des objectifs toutefois différents. Pour Vladimir Poutine, il s'agit de prendre de court son voisin et l'Occident en menant une blitzkrieg (guerre-éclair), avec une occupation totale ou majoritaire du territoire ukrainien, afin de négocier au mieux un accord de paix avec l'Ukraine et les pays occidentaux, avec au moins la condition d'une neutralisation de l'Ukraine par rapport à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Pour Volodymyr Zelensky, il s'agit au contraire de faire tourner la montre, sous un angle cynique car les civils ukrainiens sont exposés, d'allonger la durée de la guerre pour se donner une image intérieure et extérieure d'un héros, avec l'appui de l'Occident, notamment dans l'idée d'une intégration dans l'Union européenne (cf lien n°1), formulée une fois de plus ce mardi 1er mars avec l'intervention en visioconférence du président ukrainien devant le parlement européen.

Guerre d'usure totale

Au fond, plus le temps passe, plus le scénario d'une guerre d'usure tend à se développer, sauf si les pourparlers de paix, qui ont commencé lundi 28 février, finissent par aboutir à un accord ou un cessez-le-feu entre les belligérants. Ce qui pourrait rendre caduque l'idée de faire tourner le chronomètre, comme je l'ai mentionnée ci-haut. Néanmoins, pendant ce temps, les combats continuent avec le siège de la capitale Kiev par les troupes russes, sommant les habitants de la ville à quitter les lieux pour éviter de se faire bombarder, surtout au niveau de certains bâtiments stratégiques (cf lien n°2). D'autres villes comme Kharkov ou Marioupol sont également assiégées par l'armée russe, qui bombarde régulièrement ces derniers jours et dont l'arsenal de dissuasion nucléaire est mobilisé depuis dimanche, suite à une allocution de Poutine sur ce sujet.

En réponse, les pays de l'Union européenne multiplient les manifestations massives contre cette guerre ces derniers jours, accusant Poutine (à juste titre) d'être un agresseur de la souveraineté ukrainienne. Certains manifestants n'hésitant pas à comparer Poutine à Adolf Hitler. Ce qui est saugrenu quand on connaît le rôle décisif de la Russie soviétique contre l'Allemagne nazie durant la deuxième guerre mondiale. Mais surtout, les dirigeants des pays de l'UE, pour beaucoup membres de l'OTAN, multiplient les initiatives. D'un côté, de l'aide humanitaire mais aussi militaire à l'Ukraine avec des livraisons d'armes par exemple. De l'autre côté, un ensemble de sanctions économiques, comme l'exclusion des banques russes du réseau Swift, qui est l'interface des relations interbancaires à l'échelle mondiale (cf lien n°3). Ce qui induit une volonté affichée de vouloir "l'effondrement de l'économie russe", comme l'a avoué le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, ce 1er mars, donnant une réplique cinglante de Dmitry Medvedev, ancien président (fantoche) de la Russie et partisan de Poutine sur le fait que mener une guerre économique conduit souvent à "une guerre réelle" (cf lien n°4).

Toujours est-il que cette volonté d'asphyxier l'économie russe n'est pas sans fondement car lundi 28 février, le rouble a perdu 40% de sa valeur par rapport à la fin de la semaine dernière. Signe que les sanctions appliquées durant le weekend ont vite été interprétées dans la sphère financière. Sans oublier que le monde du sport russe voit une généralisation de son bannissement, avec en dernier exemple l'exclusion de l'équipe de football de Russie aux matchs de barrage qualificatifs pour la Coupe du monde au Qatar, prévue en décembre prochain (cf lien n°5). Enfin, à jouer sur les sanctions économiques, c'est provoquer un effet d'opposition croissant au sein du peuple russe et les manifestations contre la guerre sont de plus en plus réprimées par le Kremlin, signe d'une tension croissante pour un pouvoir bien moins serein que par le passé (cf lien n°6).

Le bon et le mauvais réfugié

Vu l'étendue des zones de combats, bien des civils ont dû fuir pour rejoindre les frontières occidentales de l'Ukraine pour sauver leur peau. Ces derniers jours, des milliers de messages sur les réseaux sociaux soulignent qu'au niveau de la frontière avec la Pologne, des afro-descendants, des latino-américains, généralement des étudiants, sont repoussés manu militari pour que seuls les Ukrainiens soient autorisés à passer la frontière parce que ces derniers sont blancs (cf lien n°7).

Ce qui m'amène à affirmer qu'il y a un bon et un mauvais réfugié et davantage qu'en temps de paix, la différenciation pigmentaire, pour ne pas dire raciste, s'opère sur les personnes voulant trouver refuge en-dehors de la guerre. Et bien des discours médiatiques dominants appuient cette vision des choses - capitalisme et racisme s'imbriquent l'un avec l'autre, n'en déplaise aux fraternalistes et autres Tartuffes du racisme institutionnel -, comme quoi les scènes qui s'observent du côté de Kiev, de Kharkov, de Marioupol, avec des gens "de culture européenne" ayant un style de vie comparable (voiture), correspondent habituellement, pour les chiens de garde, à ce qui se passe du côté de Bagdad, de Damas, de Kaboul, de Bamako, etc. Bref, de lieux où les extra-européens vivent. Ce qui rend encore plus raciste le propos du président du parlement ukrainien Rouslan Stefantchouk, déclarant auprès du parlement européen que "L'Ukraine est en train de défendre les frontières du monde civilisé". Donc, en-dehors de l'Ukraine et de l'Occident, le monde serait forcément barbare. Ce qui nous obligerait, personnes ayant des origines extra-européennes, de rappeler que l'Occident n'a pas cessé de pratiquer la barbarie au-delà de sa zone de peuplement depuis plusieurs siècles et que le retour de bâton barbare (mais industriel) fut appliqué par l'un des siens, en l'occurrence Hitler. Bref, que l'Occident ne joue plus le donneur de leçons qu'il n'a pas apprises de toute façon!

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