Un contrôle russe de l'Ukraine en marche?!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/SÜD BOCHUM

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Une semaine après le lancement de l'intervention russe en Ukraine, le dernier échange entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, rapporté par l'Élysée, donne le ton d'une marche à la guerre vu l'ambition du Kremlin à avoir l'Ukraine dans sa poche. De quoi motiver les bellicistes et leurs relais médiatiques.

"Le pire est à venir" selon Emmanuel Macron, ce jeudi 3 mars, suite à la discussion entre Macron et Vladimir Poutine, à la demande de ce dernier, une semaine après le début de l'intervention agressive de la Russie envers son voisin ukrainien. Et surtout, selon l'Élysée, le Kremlin vise bel et bien le contrôle total de l'Ukraine et qu'il entend aller jusqu'au bout (cf lien n°1). Après tout, quand on a franchi le Rubicon comme l'a fait Poutine, il n'y a plus tellement de choix. Surtout, s'il y a bien une expression d'une nostalgie de la "grande Russie", que ce soit celle de la période tsariste ou de la période soviétique, et tout particulièrement stalinienne.

Échec diplomatique du "en même temps"

Ce rapport fuité - exprès - auprès de la presse permet de penser à Macron de prouver qu'il reste dans l'optique d'une solution diplomatique, sous l'angle d'un cessez-le-feu, conformément à son allocution du mercredi 2 mars (cf lien n°2), même s'il suit la politique européenne, dont il gère la présidence tournante du Conseil de l'UE sur le premier semestre 2022, qui fournit de l'aide humanitaire mais aussi militaire (armement) auprès de l'Ukraine, à laquelle il faut ajouter les sanctions économiques, qu'on peut considérer comme un nouveau blocus continental et bien plus important que ce qui fut mis en place en 2014, après l'annexion de la Crimée par la Russie. Ce que Poutine lui a reproché dans l'échange téléphonique entre les deux hommes ce 3 mars.

Autant le dire, cette guerre russo-ukrainienne est un aveu d'échec diplomatique pour Macron, qui fanfaronnait début février, après sa rencontre avec Poutine à Moscou, dont l'image restera désormais celle de la table mettant une grande distance entre le locataire du Kremlin et celui de l'Élysée et la série de démentis de Moscou par rapport à des prises de position de Paris, affirmant notamment le lundi 21 février un sommet entre Poutine, Macron et le président états-unien Joe Biden, alors que dans la nuit qui suivit, la Russie reconnut l'indépendance de la région du Donbass, zone en guerre depuis 2014.

Enfin, s'il est vrai que l'Ukraine n'est pas aux mains de néonazis comme l'affirme Poutine, il est vrai que des bataillons néonazis combattent dans les rangs ukrainiens. Ce que Macron ne veut pas admettre, alors que ces bataillons-là, comme ceux des séparatistes pro-russes du Donbass, attirent des militants d'extrême-droite en Europe, y compris en France, qui partent à la guerre pour l'un ou l'autre camp. Par conséquent, la livraison d'armement de défense peut tout à fait arriver chez des néonazis ukrainiens et c'est pour le moins risqué, comme du temps où les États-Unis aidaient de futurs terroristes islamistes tels Oussama Ben Laden en Afghanistan dans les années 1980 face à l'armée soviétique. Le principe "les ennemis de mes ennemis sont mes amis" ne marche pas toujours.

Informer, un exercice de funambule

Dans ce contexte, comment informer sans risquer de tomber dans un angle de propagande? Le travail journalistique y trouve sa plus grande raison d'être car la loyauté envers soi-même, la (ou les) rédaction(s) avec qui un(e) journaliste travaille, et envers le lectorat peuvent être en opposition. Avec ce qu'indique l'Élysée, en attendant la version du Kremlin de cet échange, cela donne des arguments à des personnalités telles Bernard Henri-Lévy, Raphaël Enthoven, Raphaël Glucksmann, des candidats comme Anne Hidalgo, Yannick Jadot qui ont droit à une pleine expression ces derniers jours tenant à aller franchement en guerre ouverte contre la Russie et à bourrer le crâne des citoyens à cette idée, pour dénigrer des positions comme celles de Jean-Luc Mélenchon ou de Fabien Roussel, plus pacifistes et surtout "non-alignées" à l'égard de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord et de la Russie, mais désignées comme complices à l'égard du Kremlin, voire poutinolâtres (cf lien n°3).

Une propagande occidentale, belliciste, qui ferme une expression pro-russe, afin que les esprits soient plus que jamais tournés vers l'Est avec un esprit un tant soit peu russophobe, au nom de la défense de la civilisation et des (bons) réfugiés ukrainiens. Bref, une censure qui se vérifie avec la fermeture de diffusion des médias Russia Today et Sputnik, médias publics russes - financement par l'État -, dans l'espace communautaire européen mercredi 2 mars, avec des inquiétudes à venir pour la liberté de la presse (cf lien n°4). En parallèle, des images, des informations mensongères peuvent pleinement circuler dans des médias ou sur des réseaux sociaux occidentaux comme la reprise de photos de l'activiste palestinienne Ahed Tamimi face à un soldat israélien en 2017 transformée en photo d'un enfant ukrainien face à un soldat russe sur Twitter ou l'histoire des soldats ukrainiens de l'île des Serpents, sur la mer Noire, qui auraient été tués par les Russes alors qu'en vérité, ils s'étaient rendus (cf lien n°5).

Bref, une liberté de la presse à géométrie variable car il faut rappeler combien celle-ci est fonction du capital, notamment en France, où neuf milliardaires, tels Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Xavier Niel, Arnaud Lagardère, etc. détiennent 90% des médias hexagonaux et que toute critique envers un de ces affairistes ne peut pas passer dans leurs médias et qu'ils font la promotion politique de tel ou tel personnage. Ce dont Macron en a d'ailleurs bien profité en 2017.

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