Une majorité au cas par cas

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/JiPiR

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La bataille pour les postes clés de l'Assemblée nationale anime la semaine d'organisation de la nouvelle législature, actant la majorité relative du camp d'Emmanuel Macron et la nécessité pour ce dernier de fournir des compromis ou d'obtenir des arrangements, y compris avec le Rassemblement national, pour faire passer des lois dans les prochains mois.

Les (rares) électeurs partis voter durant les législatives des 12 et 19 juin derniers ont réussi à rendre quasi proportionnelle une Assemblée nationale dont le scrutin se fait à la majorité. Ce qui donne trois gros blocs avec en premier lieu le bloc macroniste, regroupant 245 sièges sur 577, donc pas la majorité absolue, une première depuis 1988 pour le camp du locataire de l'Élysée; ensuite le bloc de gauche, coalisé au sein de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) et ses 131 députés; enfin le Rassemblent national avec 89 élus, un record pour le parti d'extrême-droite, qui ressort vainqueur des législatives vu la multiplication par 11 de ses élus en cinq ans.

Majorité grâce à l'abstention du RN

L'ouverture de la XVIe législature de la Ve République, mardi 28 juin, a de quoi donner le tempo des cinq années qui vont suivre, sauf si Macron décide de dissoudre l'Assemblée nationale, bien entendu. Au-delà du discours du doyen de l'Assemblée, i.e le député RN des Bouches-du-Rhône José Gonzalez, empreint de nostalgie au sujet de "l'Algérie française", le temps fort fut la désignation du président de l'Assemblée nationale. Ou en fait de la présidente de l'Assemblée nationale car pour la première fois, une femme accède au perchoir. En l'occurrence, Yaël Braun-Pivet, députée des Yvelines pour Renaissance, nouveau nom de la République en marche, le parti de Macron. Une élection au second tour vu qu'au premier tour, elle n'eut pas la majorité des voix. À voir si elle sera ouverte au dialogue, à un travail élargi. Pas comme en 2018 où, à la tête de la commission des Lois de l'Assemblée nationale, elle empêcha toute tentative de commission d'enquête parlementaire au sujet de l'affaire Benalla et que ce fut le Sénat qui prit le problème à bras le corps. Navrant!

En tout cas, Braun-Pivet peut dire merci... au RN car les 89 députés du parti d'extrême-droite se sont abstenus au second tour de l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale, abaissant ainsi le seuil de la majorité requise. Mais à part ça, le RN serait un opposant farouche à Macron et ses sbires et un renvoi d'ascenseur, avec notamment plusieurs postes de vice-président, ne serait pas de trop pour le parti de Marine Le Pen, légitimé au sein des institutions (cf lien).

Lutte de places?

En tout cas, les postes au sein de l'Assemblée sont disputés entre l'opposition d'extrême-droite et l'opposition de gauche. Tout particulièrement au sujet de la commission des Finances, qui doit être présidée par un membre d'un groupe d'opposition depuis 2007. Et là, deux légitimités s'opposent. Celle du RN, qui a le groupe parlementaire le plus important dans l'opposition, avec 89 sièges, et envoyant Jean-Philippe Tanguy comme candidat pour le poste. En face, la coalition Nupes, avec notamment la France insoumise, forte de 75 députés, a posé une candidature commune qui est celle du député FI de Seine-Saint-Denis Éric Cocquerel. Un choix qui irrite certains, estimant que la députée socialiste du Tarn-et-Garonne Valérie Rabault, qui a déjà officié dans la commission en question lors des deux dernières législatures, a les compétences pour présider cette commission.

Une sorte de lutte des places s'opère, par conséquent. Elle peut paraître bien sidérantes aux enjeux du moment, avec l'inflation qui n'est pas compensée par des hausses de salaire, une nouvelle vague de Coronavirus tombant au moment des grandes vacances, la précarisation des conditions de travail que la crise sanitaire a amplifié, avec au bout des inégalités, intrinsèques au mode de production capitaliste, qui ont pris une bonne envolée. Néanmoins, cela permet de voir qui sera dans un rôle d'opposition et de contre-proposition active face à la majorité (relative) ou qui sera dans un rôle d'opposition factice. D'ailleurs, le RN ne peut plus désormais se cacher derrière la question du manque de représentativité aujourd'hui. Sera-t-il toujours partisan d'une dose de proportionnelle, voire la proportionnelle intégrale aux élections législatives à l'avenir? Tiendra-t-il son rôle d'opposant pour ne pas décevoir ses électeurs ou via l'abstention, voire même des votes pour, soutiendra-t-il des lois proposées par le gouvernement ou les parlementaires du bloc macroniste?

En voilà des questions qui ne tarderont pas à livrer certains éléments de réponse. Il sera bon de suivre les débats à l'Assemblée avec cette législature.

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