Reconduit au poste de secrétaire national du Parti communiste, à l'issue du congrès du PC à Marseille, ce lundi 10 avril, le député du Nord veut marquer sa singularité et celle de son parti à l'égard de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. De quoi attirer les faveurs des mass media et de la droite, mais de quoi également faire fuir l'électorat de gauche.
Est-ce qu'avec Fabien Roussel, le Parti communiste (PC) sonne son retour? C'est la question qui se pose depuis 2018, année où il est devenu secrétaire national du parti, avec pour objectif de réaffirmer l'identité communiste, diluée par l'expérience du Front de gauche, vue comme une mauvaise idée. Réélu à la tête du PC, ce lundi 10 avril (cf lien n°1), en conclusion du 39e congrès du parti à Marseille, commencé le 7 avril, Roussel semble être ainsi confirmé dans sa stratégie qui se résume à une chose: taper sur la France insoumise.
Nupes: acte 2 ou acte de décès?
Durant ce congrès, le questionnement autour de la coalition Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), dont le PC est membre, a été important dans les débats. Il faut dire que Roussel a régulièrement eu des sorties qui mettent à mal cette coalition de gauche qui est structurellement fragile. Et pour cause, l'accord commun au mois de mai 2022, peu après l'élection présidentielle, pouvait laisser une certaine liberté aux partis membres de la coalition sur certains sujets où des désaccords existent en profondeur - nucléaire, Union européenne, etc. -, ou encore l'irritation des députés communistes face à l'attitude des députés insoumis lors du passage en première lecture du dépeçage des retraites, mi-février, et les amendements empêchant d'aller au moins jusqu'à l'article 7 sur les 20 articles du projet gouvernemental. Ce qui avait mené à poser la question d'un acte 2 de la Nupes, comme le formulèrent les députés écologistes.
Mais avec Roussel, l'acte 2 pourrait vite être un acte de décès de la coalition. Peu avant le congrès, Roussel formula l'idée d'un rassemblement élargi de la gauche, tendant la main notamment à l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. Ce dernier, qui a refusé la mise en place de la Nupes et l'accord signé par le Parti socialiste (PS) dans cette coalition, symbolise, avec d'autres, l'ère François Hollande et la droitisation accrue du PS durant le quinquennat Hollande, faisant ainsi office de repoussoir pour toute personne se revendiquant du socialisme, du communisme, de l'anarchisme, de l'écologie politique (cf décès de Rémi Fraisse à Sivens en 2014 ou répression envers les opposants à la loi travail en 2016).
Et il a eu beau préciser que ce rassemblement se ferait sur un axe de rupture (théorique) avec le capitalisme, Roussel sait pertinemment qu'il ne faut pas compter sur Cazeneuve là-dessus. C'est juste une déclaration à l'emporte-pièce, histoire de semer la zizanie au sein de la Nupes, et tout particulièrement auprès de la France insoumise (FI), oubliant ainsi les possibilités d'un nouvel axe programmatique à proposer au reste de l'alliance, en faisant écho aux syndicats dans le contexte de lutte contre la réforme des retraites (retraite à 60 ans avec 37,5 annuités ou bien 40 annuités; élévation et progressivité du taux de cotisations sociales en supprimant la contribution sociale généralisée au passage; indexation des salaires sur l'inflation; semaine de 4 jours; 32h de la durée hebdomadaire de travail; etc.). Pis, cela transforme le PC en parti tenant à une lutte de places au lieu de la lutte des classes, qui est une réalité pour la grande majorité des Français(es) selon un sondage paru dans l'Humanité, le 7 avril (cf lien n°2).
Bisbilles communistes/insoumis
En fait, il y a de quoi se demander si on n'assiste pas à un nouvel épisode des bisbilles entre les communistes et les insoumis, suivant une longue série datant du temps du Front de gauche, alliance de la gauche radicale à la fin des années 2000, quand Jean-Luc Mélenchon quitta le PS pour fonder le Parti de gauche (PG) et s'allier avec le PC dirigé à l'époque par Marie-George Buffet, qui sortait d'un échec cuisant à l'élection présidentielle de 2007 (1,93% des voix, soit 1,59% des électeurs inscrits). Mais la dynamique favorable a été brisée par le quinquennat de Hollande, où l'intransigeance extrême de Mélenchon à l'égard de ses anciens camarades socialistes contrastait avec l'inféodalisation du PC auprès du PS, puis par les revirements du parti Syriza en Grèce durant l'été 2015, où le PC se montra conciliant tandis que le PG considérait qu'il y eut trahison de la part d'Alexis Tsípras envers ses compatriotes face au plan d'austérité imposé par la Troika. Mais cela ne les avait pas empêché de faire front commun avec la candidature de Mélenchon en 2012 et en 2017.
Mais leurs bisbilles, notamment sur les réseaux sociaux, où leurs militants s'écharpent régulièrement, font les choux gras de la grande presse, détenue en grande majorité par des capitalistes, qui en ajoute une couche en considérant qu'avec Roussel à sa tête, le PC est devenu "respectable". Entendez par là qu'il suit la pente droitisante, voire fascisante de la sphère politico-médiatique, hautement toxique car soucieuse de pérenniser l'hégémonie culturelle de la bourgeoisie pour mieux aliéner les esprits. Or, comme le déclarait en son temps le dictateur de la Guinée Sekou Touré, à l'égard des colons, des dominants: "Le jour où ils diront que je suis bon, c'est que je vous ai trahi". Et vu le parcours de ce dernier, il y a de quoi s'en persuader et c'est ce qui pend au nez des communistes en maintenant Roussel à sa tête.
Fuite des militants!
En 2022, les communistes tenaient à réapparaitre en leur nom dans une élection présidentielle, avec Roussel comme candidat. En termes de voix ou en termes d'électeurs inscrits, il est à peine mieux que Buffet en 2007, avec 2,28% des voix ou 1,65% des électeurs inscrits. Ce qui montre combien la stratégie de réapparition du PC, dans une logique identitaire au sein de la gauche, a du plomb dans l'aile. Le tout sous un angle en principe de souverainisme, mais qui s'apparente en réalité à du social-chauvinisme qui ne fonctionne plus comme au temps du PC de l'après-guerre, de Maurice Thorez jusqu'à Georges Marchais. La meilleure preuve de l'échec de cette stratégie est la fuite des militants. Depuis que Roussel est à la tête du parti, le nombre de militants communistes est passé de 49.000 à 42.000. Soit 7.000 militants de moins en cinq ans! Et ce sont les plus jeunes qui se barrent et les plus vieux qui restent actifs au sein du parti (cf liens n°3, n°4, n°5). Or, il est commun de considérer les plus vieux comme les plus conservateurs. Ce qui n'est pas forcément rassurant pour un parti comme le Parti communiste.
Pour conclure, si le PC veut redevenir le parti dominant de la gauche française et formuler de manière convaincante une rupture avec le capitalisme, il va falloir qu'il se mette à jour encore plus profondément sur l'intersectionnalité, le féminisme, le racisme institutionnel, l'écosocialisme, tout en les articulant avec ses fondamentaux (lutte des classes, internationalisme) et en évitant son côté fraternaliste, critiqué par Aimé Césaire en son temps. Mais en entendant certains propos de militant(e)s communistes, plus ceux de Roussel, c'est pas demain la veille que la chose semble rendue possible!
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http://www.robertinjey.com/2023/01/quelques-enseignements-sur-le-vote-des-communistes.html
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