Le mouvement social contre la réforme des retraites et la répression gouvernementale en guise de réponse attirent l'attention de plus en plus de personnes à travers le monde, soit pour soutenir les grévistes et/ou manifestant(e)s, soit pour défendre le pouvoir. Et ce, à l'approche de la décision du Conseil constitutionnel, attendue le 14 avril prochain.
Quelque part, l'esprit "gaulois réfractaire" peut susciter la fierté d'être français et attirer une certaine considération internationale. Plus de deux mois après le début du mouvement social contre la réforme des retraites, l'unité syndicale tient dans la durée, ce qui est quand même louable, notamment avec l'arrivée de Sophie Binet à la tête de la Confédération générale du travail à la place de Philippe Martinez. Et cela attire une attention croissante du reste du monde sur ce qui se passe en France.
Solidarité avec les travailleurs
L'une des expressions les plus marquantes de cette attention sur l'actualité économique et sociale française est l'organisation de rassemblements, voire de manifestations de soutien auprès des travailleurs français en grève. Dans un précédent billet de blog, j'avais évoqué des rassemblements devant l'ambassade de France à Athènes, à Madrid, à Berlin, à Buenos Aires. Une étape supplémentaire a été franchie ces derniers jours avec par exemple un rassemblement d'ouvriers du bâtiment à Brisbane en solidarité avec les grévistes français. Ou encore un blocage par les ouvriers belges de la raffinerie de Total d'Anvers, afin que les hydrocarbures ne servent pas à casser la grève de leurs camarades français (cf vidéo).
Et en cas d'issue victorieuse en France, il y aurait de la motivation à ne plus faire reculer l'âge de départ à la retraite, et plus généralement casser les mesures du capitalisme néolibéral de ces dernières décennies ailleurs qu'en France, notamment dans un contexte de spirale inflationniste rognant sur les salaires des exploité(e)s. La journée de grève des transports en Allemagne, fin mars, abonde en ce sens. Et voir un phénomène de tâche d'huile un peu partout ailleurs aurait de quoi inquiéter des capitalistes qui, à l'instar d'Elon Musk, soutiennent mordicus la réforme des retraites proposée par le gouvernement français. C'est une lutte des classes au potentiel internationaliste limité mais existant qui se joue.
Critique du pouvoir
Autre sujet d'attention sur l'actualité française, ce sont les violences policières. Celles-ci s'expriment tous azimuts et gare à faire face à des charges de forces de l'ordre (social et racial) car personne n'est à l'abri. Y compris des journalistes. Ce qui m'oblige à rappeler qu'un journaliste espagnol a reçu un coup de matraque au niveau des parties génitales le 19 janvier, date de la première journée de grève et de manifestation, et a été émasculé pour avoir été frappé par la police. Mais les mass media appartenant aux affairistes n'ont pas pipé mot. D'ailleurs, chez certains d'entre eux, leurs journalistes ont interdiction de parler de violences policières (cf lien n°1).
Mais des médias et instances internationales s'alertent des violences policières et du déni opéré par le pouvoir, personnifié par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui pourrait bien prendre la place d'Élisabeth Borne au poste de Premier ministre, tant la locataire de Matignon a échoué à faire voter la réforme des retraites, devant utiliser l'article 49.3 de la Constitution (a-démocratique) de la Ve République. Le Conseil de l'Europe évoque un "usage excessif de la force par les agents de l'État" (cf lien n°2). Même son de cloche du côté de l'Organisation des nations unies, par la voix de son rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et d'association, ainsi que de la part d'ONG telles Amnesty international ou la Ligue des droits de l'homme (cf liens n°3, n°4). Cette dernière est d'ailleurs dans le collimateur de Darmanin, en menaçant indirectement de dissoudre l'association en la coupant de financements publics (cf lien n°5). Et ce, depuis ses observations de la répression étatique de la manifestation devant les méga-bassines de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), le 25 mars dernier, avec plusieurs dizaines de blessés parmi les manifestants, dont deux dans le coma.
Lutter pour être heureux
Cette semaine est particulière car s'il y a une douzième journée de manifestation jeudi 13 avril, qui aura pour objectif d'être au moins aussi mobilisatrice que la manifestation du 6 avril (2 millions selon les syndicats), beaucoup d'observateurs se penchent sur le 14 avril car le Conseil constitutionnel rendra son avis sur la réforme des retraites, pour savoir si celle-ci est conforme à la Constitution. Certains estiment qu'elle pourrait être partiellement ou totalement retoquée car dès le départ, le président du Conseil constitutionnel, l'ancien Premier ministre Laurent Fabius, avait alerté sur le fait que certains articles, notamment l'article 2 avec l'index seniors sur le taux d'emploi des plus de 55 ans dans les entreprises, n'était pas de nature budgétaire, contrevenant ainsi au projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale (PLFRSS). De même que la procédure parlementaire, accélérée par l'article 47.1 de la Constitution, l'absence de vote en première lecture à l'Assemblée nationale, le vote bloqué au Sénat, empêchant une série d'amendements d'être présentés et discutés, puis un 49.3 dégainé en seconde lecture à l'Assemblée nationale, rend insincère le débat parlementaire sur les retraites. Des motifs sérieux de censure du PLFRSS existent donc. Sans oublier la demande faite par la coalition de gauche Nupes de lancer une procédure de référendum d'initiative partagée (RIP), où si au moins 10% des électeurs inscrits (environ 4,9 millions) signent pour une telle démarche avant une date limite (9 mois après le lancement de la procédure), un référendum serait officiellement lancé.
Néanmoins, dans le cas de la censure du texte ou dans celui d'un RIP, peut-on réellement sur le Conseil constitutionnel? Plutôt non car les membres, au nombre de 9, sont choisis par le président de la République, le président du Sénat et le/la président(e) de l'Assemblée nationale. Sans oublier le fait que les anciens présidents de la République, en l'occurrence Nicolas Sarkozy et François Hollande, sont membres automatiques du Conseil constitutionnel. En vérité, les syndicats ont tout intérêt à continuer la lutte, indépendamment de la décision des "Sages", en se référant par exemple au Contrat première embauche, qui fut passé à coup de 49.3 en 2006, validé par le Conseil constitutionnel de l'époque, promulgué par Jacques Chirac, alors président de la République, avant de finalement se rétracter devant le maintien d'une opposition dans le monde étudiant à cette époque.
Et in fine, la lutte est quelque part une idée du bonheur, comme l'affirmait Karl Marx quand la question lui fut posée.
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Extrait de Chez Pol, notre newsletter politique réservée à nos abonnés : d écouvrez-la gratuitement. Depuis jeudi et le déclenchement du 49.3, des manifestations spontanées s'organisent part...
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