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L'héritage détruit de Jaurès

Publié le par JoSeseSeko

L'héritage détruit de Jaurès

En ce 31 juillet 2014, cela fait 1 siècle que Jean Jaurès fut assassiné, pour son pacifisme, son internationalisme, son socialisme. Et la première conséquence fut l'appel des socialistes et des syndicalistes à l'Union sacrée, voulant participer à la guerre de 14-18. Ce premier assassinat sera suivi d'un deuxième puisqu'en 1919, Raoul Villain, l'assassin de Jaurès, fut acquitté lors de son procès sur cette affaire, et la veuve de Jean Jaurès dut payer les dépens.

Néanmoins, il demeure un troisième assassinat de Jaurès, à travers le plongeon dans le coma du socialisme. Sur l'ensemble de sa vie politique, Jaurès sut unifier un mouvement socialiste qui avait des convictions profondes (luttes des classes, collectivisme, socialisation des moyens de production, émancipation des travailleurs, internationalisme, etc.), mais divisé en plusieurs chapelles qui s'étripaient quand à la forme à appliquer (révolution sanglante, réformisme parlementaire). C'est en cela qu'il fallait lire son "réformisme révolutionnaire", conciliant l'attention vers le parlementarisme qu'il partageait avec Paul Brousse par exemple, et une approche révolutionnaire, favorable à la classe ouvrière, telle que l'entendait Jules Guesde. Donc, ce n'est en aucun cas du "consensus mou", qui est la marque de fabrique du président François Hollande, qui cache mal un social-libéralisme qui fait des dégâts, d'autant plus qu'il est appliqué avec fureur par le fossoyeur Manuel Valls. Aujourd'hui, la logique unitaire est brisée par cette droitisation du Parti socialiste, désormais un lointain descendant de la Section française de l'internationale ouvrière (remarque: cette dernière s'était également droitisée dans les années 50, avec Guy Mollet, suite à la mauvaise gestion de la guerre d'Algérie, et fut portée disparue en 1969), jetant un trouble auprès des citoyens sur les idées de gauche, et les partis qui seraient en mesure de les porter.

En outre, après des décennies d'insultes à son égard, la droite et l'extrême-droite tentent de récupérer l'image de Jaurès, à des fins électoralistes, sans aucun scrupules. L'ex-président Nicolas Sarkozy a usé et abusé de l'image de Jaurès en 2007 pour s'assurer le vote ouvrier, et le faire passer pour un homme de consensus de manière générale, ce qui est un mensonge volontaire de la part de Sarko puisqu'il sait pertinemment que Jaurès n'était pas homme à consensus avec le Capital et qu'il était homme à taxer la classe bourgeoise (au contraire de l'ancien président). Plus récemment, les nouveaux cadres du Front national assènent que Jaurès aurait voté "FN". Sur quels arguments? Jaurès, l'athée laïc, n'aurait jamais poussé à la discrimination d'une partie de la population par sa religion puis ne serait pas un protectionniste à outrance si ce protectionnisme ne sert que la classe possédante. Donc, le parti passéiste, de manière logique, n'a pas de point communs avec Jaurès mais utilise son nom pour duper les prolétaires, tactique classique des défenseurs de la bourgeoisie.

Mais du coup, une question fondamentale se pose. Qui peut revendiquer légitimement l'héritage de Jaurès? Le Parti communiste, et donc de manière élargie, le Font de gauche? Au jour d'aujourd'hui, cela semble être un fardeau pour la coalition de gauche radicale qu'est le FG, avec un PC jugé plus prompt à être la cinquième roue du carrosse PS qui se transforme en citrouille social-libérale indigeste que de renforcer l'unité de conviction (lutte des classes, écosocialisme, internationalisme) et d'action (promotion de l'autogestion, soutien humain et financier auprès de grévistes, etc.) et un Parti de gauche, l'autre grande composante du FG, qui semble s'isoler.

Finalement, à mes yeux, l'héritier de Jaurès est le journal qu'il a fondé en 1904 et dirigé jusqu'à sa mort, l'Humanité. En effet, plusieurs sensibilités de la gauche se retrouvent dans ce journal, qui pendant longtemps l'organe officiel du PC. Mais même si ce parti gravite autour du journal, il n'est plus aussi central dans le journal que par le passé. Néanmoins, l'Huma subit, comme d'autres journaux, la crise de la presse écrite, une chute du lectorat (comme de l'électorat de gauche radicale, ou presque), et pour nombre de ses détracteurs, ne survit que grâce aux aides publiques organisées pour le pluralisme de la presse (mais le montant de ces aides est tout de même moins élevé, en valeur absolue, que pour d'autres journaux, plus centristes voire de droite, tels Le Monde, Le Figaro, Libération, La Croix, L'Express ou encore le Nouvel Observateur). Ces aides confirment une dépendance pour ce journal, comme pour d'autres, envers l'État alors que ce journal se doit de défendre une alternative, un autre modèle de production (l'autogestion par exemple, ça existe et devrait être encouragée) sans passer par l'État. C'est là tout le problème! Une crédibilité peut être ainsi remise en question, avec le soupçon de conflits d'intérêts qui pourrait surgir au devant de la scène. En tout cas, dur de reprendre le flambeau qu'avait allumé Jaurès.

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amzer4 21/08/2014 11:15

Merci pour vosinformations,vos convictions,pour JAURES etL'HUMA... on en a besoin