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La Grèce devra avoir les nerfs solides

Publié le par JoSeseSeko

Photo: EPA/BGNES

Photo: EPA/BGNES

En constituant un gouvernement avec les Grecs indépendants (droite souverainiste), Syriza, vainqueur des élections législatives grecques, montre son envie de vouloir tenir face aux différentes pressions qui pourraient venir de l'Union européenne.

Le plus dur a commencé depuis lundi pour le nouveau gouvernement grec. Le parti de gauche radicale Syriza a gagné les élections législatives du dimanche 25 janvier, frôlant de peu la majorité absolue, avec 149 députés sur les 300 que compte le parlement grec. Par conséquent, pour s'assurer une majorité parlementaire, le nouveau Premier ministre, Alexis Tsipras, a cherché un allié qu'il a trouvé en la personne de Pános Kamménos, leader du parti des Grecs indépendants, un parti de droite souverainiste issu d'une scission des conservateurs de la Nouvelle démocratie. Ce Kamménos est devenu le ministre de la Défense du gouvernement Tsipras.

Alliance "contre-nature"?

Cette alliance entre la gauche radicale et la droite souverainiste semble troubler, émouvoir certains esprits, notamment en France. Il faut dire que si on calquait dans le cas français, cela donnerait une alliance entre le Front de gauche et Debout la France (ou pour résumer à des personnalités: Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignant). Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste, une des composantes du Front de gauche, estime que les Grecs indépendants ne sont pas "l'allié naturel de Syriza", dans une interview accordée au journal Marianne.

Néanmoins, il reconnait, dans ce même entretien, que cette alliance se fait par le "tronc commun" du refus de l'austérité, appliquée en Grèce depuis 2010. Puis il faut ajouter plusieurs facteurs: d'une part, le Parti communiste grec avait annoncé depuis un bon moment qu'il n'avait pas l'intention de s'allier avec Syriza. D'autre part, si Syriza s'alliait avec des partis de gauche ou centre-gauche tels To Potami ou encore le Parti socialiste panhellénique (Pasok), il n'enverrait pas de message clair puisque ces partis défendent le respect des engagements tenus envers la Troïka (Fonds monétaire international, Commission européenne, Banque centrale européenne), voire même dans le cas du Pasok, ce serait s'allier avec un parti qui a mené la politique d'austérité quand il était dominant ou quand il formait une coalition avec la Nouvelle démocratie. Finalement, Syriza n'a pas eu beaucoup de choix à faire et a cherché à être cohérent sur les questions économiques.

Tenir la distance

Dès que les premières mesures du gouvernement Tsipras ont été mises en place (relèvement du salaire minimum, des pensions de retraite, stop aux privatisations, etc.), des mouvements spéculatifs se sont faits sentir sur les marchés financiers puisque la Bourse d'Athènes est dans le rouge (très vif: près de 10% de baisse mercredi 28 janvier) et que le taux d'intérêt à 10 ans de la dette publique grecque a repassé les 10%. Ça sent la profonde méfiance, pour ne pas dire la grande hostilité des affairistes envers un gouvernement, dont le souci est de remettre sur pied une économie que les plans d'austérité n'ont pas stoppé la fragilisation. Or, comme cette élection ne fait pas plaisir à beaucoup de partenaires européens, en particulier l'Allemagne et malgré l'intention de Tsipras de garder la Grèce dans la zone euro, certains économistes - orthodoxes surtout - pensent qu'une nouvelle crise de la monnaie unique européenne pourrait être ravivée. D'autant plus que l'euro est de plus en plus impopulaire et malgré les récentes déclarations du président de la BCE, Mario Draghi, sur le rachat des titres de dette publique.

Un "effet domino" attendu

Peu après l'annonce des premiers résultats, l'eurodéputé et ancien candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon souhaitait voir en cette élection grecque le début d'une série d'effets dominos favorables à la gauche radicale européenne. Notamment dans les autres pays frappés par de multiples plans d'austérité (Espagne, Irlande, Portugal) comme la Grèce, que les bien-pensants anglo-saxons surnommaient les "PIGS" (Portugal, Ireland, Greece, Spain). D'ailleurs, selon plusieurs sondages, les partis de gauche radicale dans ces pays pourraient être en mesure de gagner les futures élections législatives. En Espagne, le parti Podemos, dirigé par Pablo Iglesias, pourrait devancer le Parti socialiste ouvrier espagnol (centre-gauche, gauche) et le Parti populaire (droite) lors des élections législatives prévues pour décembre 2015, ou en Irlande, le parti Sinn Féin de Gerry Adams se positionne en favori pour les élections générales prévues en avril 2016.

Il est clair que ces pays vont être surveillés de près, tout comme la Grande-Bretagne puisqu'elle a des élections générales en mai prochain, où même si la victoire semble promise au Parti travailliste d'Ed Miliband, il se pourrait que la droite ultraconservatrice, représentée par le parti Ukip de Nigel Farage, fasse un bond dans la chambre des Communes.

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