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Marche "républicaine" ou coup fourré...

Publié le par JoSeseSeko

Marche "républicaine" ou coup fourré...

Pour montrer la solidarité envers les survivants de la rédaction de Charlie Hebdo et des familles des victimes, une marche républicaine est prévue à Paris, dimanche 11 janvier. Mais elle pose déjà la pierre d'une récupération politique nauséabonde.

Au départ, c'était une manifestation organisée par des partis de gauche non-gouvernementale (Nouveau parti anticapitaliste, Front de gauche, Europe écologie-les verts, Nouvelle donne, Mouvement républicain et citoyen, etc.) pour soutenir Charlie Hebdo. Mais le gouvernement (Parti socialiste, Parti radical de gauche) et l'opposition de centre-droit et de droite (Modem, Union des démocrates indépendants, Union pour un mouvement populaire, Debout la France, etc.) s'y adjoignent, pour en faire une marche républicaine. Le Front national, espéré au départ, n'y sera pas, n'oubliant pas (à juste titre) qu'il a de mauvaises relations avec l'hebdomadaire.

Des têtes de pont étrangères

En dépit du FN, la marche "républicaine" compte se faire, avec des invités européens tels la Chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, le Premier ministre italien Matteo Renzi, le Premier ministre britannique David Cameron, le président polonais du Conseil européen Donald Tusk, ou encore le président allemand du Parlement européen Martin Schultz. Ces personnalités comptent se montrer "solidaires" avec le peuple français meurtri, et la liberté d'expression (à degrés variables), bafouée dans un des pays qui s'y attache depuis la Révolution de 1789.

Mauvaise harmonie

Ce soutien international, en temps normal, serait bienvenu et touchant. Mais dans un contexte de crise économique au niveau continental, et d'une remise en cause latente du processus européen, notamment dans sa direction libérale-conservatrice, il est très paradoxal de voir défiler gauche et droite ensemble, Angela Merkel et Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier devine bien le danger de se retrouver avec des adversaires idéologiques pour un moment dit d'unité. Cette supercherie ne pourrait que profiter au Front national, qui n'en attend pas moins que ça se déroule ainsi.

L'appel à l'union, depuis plusieurs jours, est un piège. Et pourtant, "l'enfer est pavé de bonnes intentions", puisqu'il s'agit de mettre une grosse sourdine sur les divergences entre politiciens qui récupèrent la marche à leur compte. Puis c'est assassiner une deuxième fois Charlie Hebdo, dont les membres tués avaient une pensée politique ancrée à gauche (socialisme, communisme, anarchisme, écosocialisme, écologie), et n'auraient jamais accepté que la droite participe à quelconque manifestation concernant le journal. Bref, baisser son froc pour ne pas paraître sectaire, c'est le meilleur moyen d'être ridicule à terme, notamment pour la gauche française.

Un précédent historique?

Cet attentat contre Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, est (si on peut dire), le plus important attentat en France depuis l'explosion de bombes à la station RER B de Saint-Michel durant l'été 1995. À cette époque, il n'y a pas eu d'appels à l'union de la part du pouvoir en place (Jacques Chirac et le RPR, la droite) et de l'opposition, d'après les souvenirs de mes proches, à qui j'ai posé la question. Et pourtant, ça a fait des morts (8) et plusieurs dizaines de blessés (117). Pas de conséquences politiques en fait.

Par contre, il y a plus d'un siècle, le socialiste Jean Jaurès, fermement opposé à la guerre qui pointait le bout de son nez, fut assassiné par le nationaliste Raoul Villain le 31 juillet 1914. Et dans les jours qui suivirent, les socialistes et les syndicalistes suivirent l'appel à l'Union sacrée, formulé par le centre-gauche et la droite, pensant que la guerre serait courte et que les voix socialistes, croissantes à cette époque, ne seraient pas stoppées. Erreur. Non seulement, la guerre dura plus de 4 ans, une guerre faite par des jeunes paysans, ouvriers, colonisés (arabes, africains), pour le compte de vieux propriétaires terriens, bourgeois, colons (européens); mais en plus, les élections législatives de 1919 ont porté la chambre "bleu horizon", la législature la plus à droite de la IIIe République. Cela semble tiré par les cheveux mais comme disait le philosophe et économiste Karl Marx: "celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre."

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