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Napoléon ou le Monck involontaire

Publié le par JoSeseSeko

Napoléon ou le Monck involontaire

Jusqu'à fin juin 2015, on est dans l'atmosphère du bicentenaire des Cent-jours, à savoir le retour de Napoléon Bonaparte au pouvoir en France, pour son plus grand malheur, à double titre (dictature plus brève que les 15 ans précédents et de nouveau retour de la monarchie, avec les Bourbons).

Durant le mois de mars 2015, on nous a servi le rappel du retour de Napoleone Buonaparte (n'oubliez jamais l'orthographe originelle de Napoléon Bonaparte, chers lecteurs) dans les médias, la grande presse incitant les citoyens à être au garde à vous face à un tel personnage historique, le plus connu au monde après Jésus, paraît-il. Il y a deux siècles, l'ex-Empereur se casse de l'île d'Elbe, où il était installé depuis mai 1814, suite à la défaite de la campagne de France, qui eut pour symbole l'arrivée des cosaques russes dans Paris le 31 mars 1814.

Le destructeur de la Révolution

Dans beaucoup de livres d'histoire en France, on lit souvent que Napoléon est un continuateur de la Révolution, notamment à travers le Code civil, ou la politique militaire. Dans un certain sens, oui, puisque Napoléon, installé au pouvoir grâce aux financiers au moment du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), leur rendit service, ainsi qu'aux autres capitalistes, avec ce Code civil qui sacralise la propriété, la création de la Banque de France en février 1800, qui était alors une entreprise privée appartenant aux "200 familles" (elle ne sera nationalisée que sous le Front populaire en 1936), ou une fiscalité qui touchait davantage la classe pauvre avec les impôts indirects tandis que les prélèvements fonciers furent réduits durant la dictature de Buonaparte. Puis, il continue la Révolution au niveau militaire, du moins en principe, car comme les Girondins, il faisait en sorte d'exporter les idées et industries françaises manu militari. Or, un Maximilien Robespierre avait prévenu en 1792 de la manière suivante: "La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique, est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger, pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis." Et ça s'est vu à Saint-Domingue (actuelle Haïti), en Espagne ou en Russie.

C'est en fait un destructeur de la Révolution car il ne pouvait supporter certains principes de 1789, et encore moins le tournant républicain, démocratique et social de 1792-1794. D'abord, la liberté de la presse. Les journaux foisonnaient sous la Révolution; avec Napoléon au pouvoir, c'est la censure immédiate, aidée en cela par un réseau policier fort efficace, commandé par Joseph Fouché, ancien Jacobin, et rempli de mouchards dont le plus célèbre est Eugène-François Vidocq. Ensuite, en-dehors des plébiscites, la classe prolétarienne (et paysanne) ne peut plus s'intéresser à la vie politique générale, vu que le suffrage censitaire restait en norme, et devait surtout servir en tant que matière première dans la Grande armée, notamment pour que le fils de notable, de bourgeois, ne se fasse pas tuer sur le front, en raison du remplacement militaire. Enfin, la politique militaire (et extérieure) allait au-delà des "frontières naturelles" (Rhin, Alpes, Pyrénées, Océan), qui étaient l'objectif des révolutionnaires à partir de 1792. Et en cela, Napoléon ne fit que renforcer les coalitions européennes contre la France, mais aussi une opposition interne qui éclata au moment de la débâcle de 1814. Sans parler du rétablissement de l'esclavage en 1802, que ses anciens protecteurs jacobins avaient aboli en 1794, pensant avec un mépris négrophobe que les ex-esclaves des Antilles ne réagiraient pas. Mais Saint-Domingue lui répondit avec son indépendance, suite à l'écrasement de l'expédition esclavagiste à Vertières, le 18 novembre 1803.

L'idiot utile des Bourbons

Pour être en accord avec le titre de l'article, je me dois de rappeler qui est Monck. Je parle de George Monck, un général de l'armée anglaise au moment de la Révolution de 1649, qui a envoyé Charles Ier se faire couper la tête, et installé une dictature républicaine avec Oliver Cromwell. Monck fut son bras droit, si je puis dire, et à la mort de Cromwell, en 1658, il était le chef de l'État (officieusement), vu qu'il était le général en chef de l'armée anglaise. Tenant une correspondance avec le roi Charles II et redonnant de l'importance aux royalistes face aux républicains, il établit Charles II sur le trône en 1660, restaurant ainsi la monarchie chez Albion.

Napoléon avait établi au début de sa dictature des dispositions semblables à celles de Monck auprès des Émigrés (royalistes), mais avec une différence de taille, c'est qu'il voulait garder le pouvoir. Le futur Louis XVIII, alors comte de Provence, lui écrivit début 1800 en lui demandant de rétablir la monarchie, et beaucoup pensaient que le 1er consul d'alors agirait comme le Monck de jadis. Sa réponse fut sans appel: "Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France; il vous faudrait marcher sur 100 000 cadavres." Néanmoins, il permit, à son insu, le retour des Bourbons en 1814 et 1815 en leur laissant une France plus petite qu'il ne l'avait trouvée en 1799, de plusieurs façons.

  1. Il a tué l'opposition républicaine (les néo-jacobins, fidèles à l'esprit de Robespierre ou de Gracchus Babeuf) en l'accusant de crimes dont elle était innocente, notamment avec l'affaire de la rue Saint-Nicaise, dans la nuit de Noël 1800. Alors que l'attentat était organisé par les royalistes (Fouché le démontra très vite), Bonaparte en fit un complot républicain. Deux fusillés, quatre guillotinés, plus d'une centaine de déportés aux Seychelles ou en Guyane sur une liste de 133 noms de républicains connus à Paris. De même qu'il épura l'armée, qui était à l'époque extrêmement attachée à la république et à la Révolution, de ses officiers trop "rouges" ou non-blancs (de couleur), comme le général Thomas-Alexandre Dumas, père de l'écrivain Alexandre Dumas, par exemple.
  2. Sa politique guerrière croissante poussa au fil des ans à développer un réseau de réfractaires, à tel point que plusieurs historiens estiment qu'il y a des dizaines de milliers de réfractaires à la conscription dans les dernières années de l'Empire, obligeant à mobiliser des troupes pour les retrouver. Bref, une lassitude de la guerre palpable au sein de la population française, sacrifiée pour rien au final.

Avec ce genre d'éléments, et d'autres encore qui allaient dans leur sens, les royalistes pouvaient se poser en personnes apportant "la paix", devenant la seule alternative face à Napoléon. Quelque part, ils devraient lui dire "merci" car le caïd d'Ajaccio leur a déroulé le tapis rouge, couleur du sang des républicains et des soldats sacrifiés. En tout cas, contrairement à des bien-pensants tels Jean-Marie Rouart ou Jean Tulard qui estiment que Napoléon doit être vu comme un sauveur de la République, je vous dirais, chers lecteurs, avec loyauté, que Napoleone Buonaparte plongea la République dans un coma profond et qu'elle ne doit, EN AUCUN CAS, lui rendre hommage!

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