Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mieux vaut "étaler" l'impôt sur le revenu, selon Mélenchon

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/Thomas Sanson

Photo: AFP/Thomas Sanson

Alors que le président François Hollande s'est engagé à une baisse de 2 milliards d'euros d'impôts sur le revenu en 2016, l'eurodéputé Jean-Luc Mélenchon plaide pour un élargissement de cet impôt, pour le rendre progressif et le faire consentir à l'ensemble de la population.

La fête de l'Humanité approche et Jean-Luc Mélenchon se sent pousser des ailes pour faire des propositions. Le fondateur du Parti de gauche, une des composantes du Front de gauche (FG), coalition de gauche radicale en recherche d'un second souffle, a déclaré mardi 8 septembre sur France Info:

  • "On annonce une baisse d'impôts pour faire sortir un certain nombre de gens de l'impôt sur le revenu. Moi, je suis pour que tout le monde paie,(...) évidemment à proportion. Tout le monde, parce qu'il y a une dignité civique à contribuer à l'effort collectif, ne fût-ce que 10 euros."

Une déclaration à rebrousse-poil envers le gouvernement et surtout envers le président de la République qui avait déclaré dans sa conférence de presse, lundi 7 septembre, qu'une baisse d'impôts sur le revenu à hauteur de 2 milliards d'euros sur 8 millions de foyers fiscaux, dans le cadre du projet de loi de finances 2016, rendant certains d'entre eux non imposables. Et cela irrite l'ancien candidat FG à la présidentielle de 2012, qui soupçonne que le financement de cette baisse d'impôts passera fatalement par des coupes dans les dépenses publiques, sans savoir dans quelle(s) partie(s) du secteur public ces dites restrictions budgétaires se feraient.

14 tranches d'impôt sur le revenu

Sur la radio publique, il a même précisé ce qu'il ferait à la place de Hollande à propos de l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP):

  • "Pour rendre l'impôt plus léger, il faut l'étaler. Au lieu de cinq tranches, il en faut 14, de manière à ce que la classe moyenne ne paie pas pour tout le monde et que ceux qui ont les revenus les plus élevés paient davantage."

Mélenchon, comme d'autres politiciens, de droite comme de gauche, se rend bien compte que l'impôt sur le revenu concerne environ 1 foyer fiscal sur 2, que l'effort fiscal est surtout supporté par la classe moyenne, et que celle-ci en a marre car d'un côté, les ménages les plus pauvres sont exemptés de l'IRPP, de l'autre, les plus riches arrivent à avoir un niveau d'imposition plus faible compte tenu des facilités d'optimisation fiscale pour ces derniers. Et par conséquent, cet impôt ne se montre plus en mesure d'être progressif, ce qui est pourtant sa nature même, et en demeure fragilisé bien que ça fasse plus de 100 ans qu'il existe.

La proposition de l'eurodéputé a le mérite de vouloir faire concerner tous les citoyens, les faire consentir à cet impôt, puis indirectement, à le renforcer par rapport à d'autres recettes publiques comme les cotisations sociales ou la Taxe sur la valeur ajoutée, dont les administrations publiques en sont de plus en plus dépendantes. Attention, s'il est vrai que la droite soutient l'idée d'un IRPP payé par tous les citoyens (un consensus rare sur un domaine important et qui mérite d'être souligné), les finalités en seront bien différentes. Du côté de l'ex-UMP (appelée les Républicains), cela s'inscrirait dans une philosophie fiscale où les dernières tranches d'impôt n'auraient pas un taux d'imposition marginal supérieur à 50%. Tandis que pour la gauche radicale, l'élargissement de l'IRPP conduirait à ce que les taux marginaux des dernières tranches oscilleraient entre 50 et 70%. Ce qui n'est pas mortifère pour les plus riches et permettrait une certaine progressivité.

L'ombre de Piketty

Peut-être que les propos de Mélenchon ont surpris plus d'un et que cela ressemblerait à de l'opportunisme vu que les élections régionales approchent, mais pour les personnes qui ont de la mémoire, ce que dit Mélenchon n'est pas éloigné de sa proposition de fusion de l'IRPP avec la Contribution sociale généralisée (CSG), payée sur tous les revenus du travail, qui ferait un véritable impôt sur le revenu, à la source. En cela, il s'inscrit sur les travaux de l'économiste français Thomas Piketty, mondialement reconnu depuis son dernier ouvrage, Le Capital au XXIe siècle, et qui s'est spécialisé dans la fiscalité depuis plusieurs années, défendant l'idée d'une "révolution fiscale", où la fusion IRPP-CSG est centrale afin de créer un impôt véritablement progressif et à la source. Le gouvernement de Manuel Valls l'a un peu entendu puisqu'un projet d'impôt prélevé à la source pourrait voir le jour à l'horizon 2018.

Néanmoins, Mélenchon et l'ensemble du Front de gauche voudront-ils de l'économiste parmi leurs experts économiques, comme l'a fait leur allié espagnol, Podemos, lundi 7 septembre? Rien n'en est sûr car Piketty est connu pour défendre une ligne pro-euro, alors qu'au sein du FG, sous l'impulsion du Parti de gauche, l'idée d'une sortie de l'euro prend son chemin, pour une question de survie politique et de ne pas laisser un monopole à l'extrême-droite sur la question. Il aurait été intéressant, sans doute, de voir Piketty à la fête de l'Huma, ce weekend, débattre avec Mélenchon, Yanis Varoufakis (ancien ministre des Finances grec) et Oskar Lafontaine (ancien ministre des Finances allemand) sur l'euro. Une autre fois, peut-être.

Commenter cet article