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Un second souffle pour la gauche radicale

Publié le par JoSeseSeko

Un second souffle pour la gauche radicale

L'été a été rude pour la gauche radicale, en raison notamment de l'actualité en Grèce et de l'austérité appliquée par le gouvernement Syriza-Anel de Tsípras. Néanmoins, des raisons d'espérer demeurent avec des débats salutaires (euro) qui deviennent centraux et peut-être de futurs leaders pouvant exprimer un virage (éco)socialiste.

Finalement, la grande leçon qu'a fournie la Grèce et le gouvernement d'Alexis Tsípras pourrait être un mal pour un bien. Même si les liens entre Syriza et l'ensemble des partis de gauche radicale en Europe sont toujours présents (et défendus de le rester), ces derniers accélèrent les contacts avec les dissidents de Syriza (l'ex-aile gauche de la coalition), réunis sous le nom d'Unité populaire (LAE), qui compte désormais dans ses rangs selon certains journaux, Zoé Konstantopoulou, actuelle présidente du Parlement grec, suite à la démission de Tsípras le 20 août dernier, et les multiples renoncements depuis le "Non" par référendum aux exigences des créanciers d'Athènes, en juillet dernier.

Partenariats croissants et divergents

Comme je l'évoque tantôt, ces échanges entre LAE et d'autres partis de gauche radicale en Europe se font. Par exemple, un des courants du parti espagnol Podemos (Gauche anticapitaliste, Izquierda anticapitalista) désire désormais défendre ce nouveau parti grec, même si le reste de Podemos, et notamment son leader, Pablo Iglesias, maintient son soutien à Syriza. Pareil en France. Une des composantes du Front de gauche (FG), à savoir le Parti de gauche fondé par Jean-Luc Mélenchon en 2008, a annoncé ce weekend avoir développé un partenariat avec Unité populaire, alors que la principale composante du FG qu'est le Parti communiste (PC) continue de donner sa confiance à Syriza.

 

Il n'empêche, avec ces annonces, cela va accroître les tensions au sein de ces coalitions ou partis de part et d'autre des Pyrénées, car soutenir ces dissidents de Syriza, c'est vouloir remettre en question l'euro et finalement, chercher à en sortir. Que ce soit pour la plupart des cadres de Podemos ou dans l'appareil du PC, il est hors de question de débattre sur l'euro, préférant la "réforme de l'intérieur", bien que cette idée ait fait long feu en raison de la Grèce. Et pourtant, c'est un débat nécessaire si la gauche radicale veut sauver sa peau d'une part, et d'autre part, éviter que cette question soit monopolisée par l'extrême-droite, qui a pris une longueur d'avance.

Nouvelles têtes

Avec ces évolutions, le grand public découvre de nouvelles têtes, comme Konstantopoulou ou Panayótis Lafazánis - ancien ministre de l'Industrie, de l'Environnement et de l'Énergie du gouvernement Tsípras - en Grèce, tout comme celle de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni. Ce député de l'aile gauche du Parti travailliste entend bien diriger le parti et opérer ainsi un virage à gauche, en le recentrant sur ses principes socialistes qui l'ont fondé, au début du XXe siècle. Et cela inquiète terriblement l'aile droite du parti, appelé New labour depuis 1994 et la prise de pouvoir de Tony Blair. D'ailleurs, l'ancien Premier ministre britannique (1997-2007) est monté au créneau pour inciter les militants travaillistes à éviter d'élire Corbyn, sous peine de créer une ère de "chaos" au sein du parti, comme durant les années 1980.

Il faut dire que la montée en puissance de Corbyn face à ses adversaires du New labour (Andy Burnham; Yvette Cooper; Liz Kendall) illustre d'une part le faible niveau des adversaires cités et d'autre part, une mauvaise analyse des résultats des élections générales du 7 mai dernier. La victoire des conservateurs de David Cameron serait due, aux yeux de l'appareil du Parti travailliste, à une ligne trop à gauche de sa part, avec l'ancien leader Ed Miliband. Quelle erreur! Car cette direction veut masquer sa droitisation qui la fait confondre avec les Tories pour attirer les classes moyennes, tout en étant une pâle copie, et les électeurs de la classe moyenne et de la City, qui ne sont pas dupes, préfèrent l'original. Puis surtout, cette droitisation c'est fait sentir en Écosse, où le Parti national écossais, plus à gauche que les travaillistes, a raflé quasiment tous les sièges réservés à cette partie du Royaume-Uni dans la Chambre des Communes, faisant payer ainsi l'éloignement du Labour envers l'électorat ouvrier et le soutien de ce même parti au "Non" lors du référendum sur l'indépendance de l'Écosse en septembre 2014.

Regrouper les forces

La fin de l'année promet d'être intense électoralement en Europe. D'abord, de nouvelles élections en Grèce, le 20 septembre, où Syriza cherchera à obtenir la majorité absolue, bien que LAE mais aussi le Parti communiste de Grèce fournissent une concurrence féroce à sa gauche et que cette majorité absolue au Parlement sera bien plus complexe à atteindre qu'en janvier dernier, où cela a failli se faire, à deux sièges près. Ensuite, cap sur le Portugal, où la gauche radicale, avec le Bloc de gauche (Bloco de esquerda en portugais, BE) et la Coalition démocratique unitaire (CDU) - alliance entre les Verts et le Parti communiste -, qui entendent bien faire plus que les 24 députés (16 pour la CDU, 8 pour le BE) élus en 2011, vu la politique d'austérité menée par le gouvernement de centre-droit de Pedro Passos Coelho. Remontée vers le nord avec l'Espagne et des élections législatives pour novembre-décembre qui promettent d'être serrées et historiques, vu que le bipartisme du Parti populaire et du Parti socialiste ouvrier espagnol est menacé par les centristes de Ciudadanos et par la gauche radicale menée par Podemos. Ce parti socialiste, que j'ai mentionné à plusieurs reprises ici, est celui qui est fortement scruté par les observateurs car sa dynamique est fortement reliée à celle de Syriza en Grèce, et la volte-face de Tsípras pourrait signer un coup d'arrêt pour Iglesias et ses camarades, parfois considérés comme ceux qui siphonnent la gauche radicale au lieu de la renforcer, notamment par rapport à la Gauche unie (Izquierda unida en espagnol), dont l'électorat semble s'effriter au fur et à mesure que Podemos monte en puissance. Enfin, les élections régionales en France marqueront la fin de l'année électorale 2015 en Europe (sauf rebondissement ailleurs), et le Front de gauche aura beaucoup à faire face à une droite revancharde (ex-UMP devenue les républicains), un Front national gourmand et un Parti socialiste (PS) discrédité.

Dans le cas français, le problème est que le FG n'a pas l'air de partir en ordre serré. Et pour cause, il se pourrait que le PC ou le PG fassent cavalier seul dans une ou plusieurs régions, ou mette du temps avant de lancer une marche unitaire, comme en Provence-Alpes Côte d'Azur, où le PC n'a pas encore indiqué son positionnement dans la campagne électorale. Or, avec les départs du côté de l'aile droite d'Europe écologie-les verts ces dernies jours, il serait fort bon de rassembler les forces à la gauche du PS, ce qui est déjà le cas dans plusieurs régions (Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon; Auvergne-Rhône-Alpes; etc.). Après, il existe encore des divergences entre alliés (de circonstance) mais là, des accords FG-EELV sur les 13 régions serait un signe qui pourrait être convaincant aux yeux des électeurs, de plus en plus déçus du niveau politique dans l'Hexagone.

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