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Retrait envisagé de l'Afrique de la CPI

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/Peter Dejong/Pool

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Alors que le procès de l'ancien président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, s'est ouvert depuis près d'une semaine, bon nombre de pays africains envisagent de ne plus accepter l'autorité de la Cour pénale internationale, considérant que cette juridiction frappe systématiquement le continent. Ce qui n'est pas sans arrière-pensée.

L'heure au refus d'obtempérer à la justice, "cette femme pleine de vices", semble avoir été sonnée en Afrique. Sur une proposition du président du Kenya, Uhuru Kenyatta, les pays membres de l'Union africaine (UA) ont adopté, dimanche 31 janvier, un plan de sortie du Statut de Rome, lors du sommet de l'UA, à Addis-Abeba (Éthiopie) (cf lien n°1). Ce statut ayant permis la création de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye (Pays-Bas). Cette annonce tombe au moment du procès de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d'Ivoire, accusé de crime contre l'humanité par rapport aux violences qui eurent lieu lors des élections de 2010 et la victoire polémique d'Alassane Ouattara.

Une justice biaisée

La position prise par les pays de l'UA, sous la présidence d'Idriss Déby, actuel président du Tchad, est digne d'un lancement de rapport de forces avec cette juridiction internationale, en place depuis 2002. Et ce n'est pas tellement nouveau car en 2015, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, alors à la tête de l'UA, avait évoqué cette idée sans que ça soit concrétisé comme orientation politique concrète de la part du continent africain. Maintenant, ça a fait du chemin et des pays phares comme le Kenya ou l'Afrique du Sud (cf lien n°2) s'en font les portes-parole de cette remise en cause de la CPI par le continent berceau de l'humanité.

Pourquoi d'ailleurs une remise en question? Il y a plusieurs raisons, reliées les unes des autres. La première, c'est le ressenti qu'ont les politiciens africains d'être systématiquement visés par la CPI car jusqu'à présent, les enquêtes judiciaires de la juridiction de La Haye visent majoritairement des pays africains. Mieux, les rares procès qui ont été lancés par la CPI concernent exclusivement des africains. Avant Gbagbo, ce fut le congo-zaïrois Thomas Lubanga qui eut un procès à La Haye, où il fut condamné à 14 ans de prison pour enrôlement d'enfants-soldats durant la deuxième guerre du Congo (1998-2003). La seconde est liée à la première car s'il y a eu des enquêtes et des procès envers des africains, il n'y a pas eu d'enquête envers des pays occidentaux pourtant loin d'être pacifistes, comme les États-Unis, sous les mandats de George W. Bush et la Grande-Bretagne du temps où Tony Blair fut Premier ministre. En particulier au sujet de la guerre en Irak, déclarée par Washington sur le motif fallacieux d'armes de destruction massive, doublée de scandales comme les sévices dans la prison d'Abou Ghraib par les troupes états-uniennes. Et là, rien n'est toujours lancé par la CPI. Un argument de poids pour les critiques de cette institution, d'autant plus que Washington a certes signé le Statut de Rome, mais n'a pas ratifié l'adhésion à la CPI. Pratique pour éviter un procès!

Imperfection vs vide juridique

Devant un aveu d'imperfection, de biais juridique, faut-il chercher à s'en retirer? Pour certains observateurs, comme Hamidou Anne, mieux vaut cette imperfection qu'un vide juridique. Dans une tribune publiée dans Le Monde Afrique, une extension africaine du quotidien français Le Monde (cf lien n°3), il se montre critique envers la CPI... mais dans le sens à ne pas insister sur certains politiciens africains comme Kenyatta ou Omar el-Bechir (Soudan) par exemple. Il insiste sur le fait que la CPI sert d'épée "de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de criminels de guerre semant l’horreur" et que son existence "est déjà un mérite de notre époque".

Bien sûr, il ne faut pas laisser impunies toutes les horreurs passées et présentes sur le continent africain, l'exemple du Congo-Zaïre depuis le génocide rwandais de 1994 suffit quasiment en lui-même à justifier cette démarche d'éviter le vide juridique. Mais quand même, l'auteur de cette tribune du Monde Afrique semble faire abstraction d'une justice à l'arrière-goût raciste, mais aussi d'une "justice de classes" car jusqu'à présent, aucun ressortissant d'un pays développé n'a été mis en examen, et encore moins envoyé en procès par la CPI. Enfin, ce "permis de tuer" dont se plaint l'auteur, à qui cela sert finalement? Aux pays développés puisque ces derniers tiennent l'essentiel des structures économiques et sociales, poussant d'ailleurs à une vague d'émigration (effet boomerang), et qu'un pays africain ayant des troubles intérieurs ou extérieurs est encore plus exploitable économiquement.

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