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Une nouvelle affaire de Panama à l'horizon

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

Photo: Capture d'écran

Suite aux révélations du journal Le Monde sur un vaste réseau de fraude fiscale établi par un cabinet panaméen spécialiste dans la création de sociétés-écran, plusieurs dirigeants politiques français et mondiaux craignent de nouvelles publications, bien que l'effet pourrait être limité. Les exemples historiques pleuvent sur le sujet.

"C'est la fuite de données la plus importante de l'histoire du journalisme", relate le quotidien Le Monde, qui avec 106 autres journaux, a participé à cette révélation faite par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) sur un système de fraude à l'échelle mondiale (cf lien n°1). En tout cas, ce n'est pas la première fois que l'ICIJ fournit des révélations de genre, avec l'exemple de SwissLeaks en février 2015. L'enquête surnommée "Panama papers", étalée sur plusieurs mois, montre qu'un cabinet panaméen, Mossack Fonseca, a créé ou administré plus de 214.000 sociétés-écran entre 1977 et 2015, gérant plus de 11,5 millions de documents désormais compromettants pour les personnes ayant utilisé les services de Mossack Fonseca pour placer de l'argent dans les paradis fiscaux, que ce soit des politiciens, des hommes d'affaires, des sportifs ou des artistes.

Des noms ronflants

La liste des noms est assez gratinée dans l'enquête "Panama papers". En particulier dans le monde politique car plusieurs dirigeants sont cités dans l'enquête. Les journalistes ont trouvé des liens entre des compagnies offshore et la famille du Président chinois Xi Jinping; Pareillement pour des proches du Premier ministre britannique David Cameron, du Président syrien Bachar Al-Assad, du Président russe Vladimir Poutine ou du Roi du Maroc Mohammed VI. Les journalistes du Süddeustche Zeitung estiment par ailleurs que liens peuvent se faire entre "Panama papers" et l'opération Lava Jato, un scandale de corruption qui concerne l'ancien président Luiz Lula da Silva et qui écorne celle qui lui a succédé, Dilma Rousseff.

Et encore, il s'agit de proches. Parfois, c'est ad hominem comme pour le président argentin Mauricio Macri par exemple. Avant d'être élu, des documents indiqueraient qu'il aurait été vice-président d'une compagnie bahamienne contrôlée par Mossack Fonseca du temps où il était homme d'affaires et maire de Buenos Aires, capitale de l'Argentine. Pareil pour le Premier ministre islandais, Sigmundur David Gunnlaugsson, qui avait fondé en 2009 une firme avec sa femme et établi les comptes dans les Îles vierges britanniques - un paradis fiscal -, ayant ensuite revendu ses parts à son épouse peu après son entrée au Parlement islandais pour un dollar. Mais ça ne s'arrête pas à la politique, le sport compte aussi! Notamment le football avec l'argentin Lionel Messi. Le quintuple ballon d'or est cité dans l'enquête journaliste car lui et son père seraient propriétaires d'une compagnie panaméenne, ce qui ajoute à l'enquête judiciaire pour fraude fiscale menée en Espagne envers la "pulga". Sans compter, bien évidement, sur les multiples filiales de grandes banques dans différents paradis fiscaux (HSBC, Société Générale, Crédit Suisse, etc.).

Histoire non retenue en France

Du côté de la France, la seule révélation assurée est que Michel Platini fait partie des noms cités dans les documents de Mossack Fonseca. Les journalistes indiquent des documents prouvant que M. Platini serait propriétaire d'une société offshore depuis fin décembre 2007 (cf lien n°2). Une épine de plus dans le pied de l'ancien footballeur et président suspendu de l'Union des associations européennes de football (UEFA), après qu'il ait été emporté par l'histoire de corruption qui empoisonne la Fédération internationale de football association (FIFA) depuis mai 2015. Certains bruits laissent présager que l'homme d'affaires Patrick Drahi, qui investit tous azimuts dans les médias (rachats de Libération, de l'Express, etc.), des hommes politiques (le député Patrick Balkany par exemple), ainsi qu'un des partis membres de la triade dominante en France (Parti socialiste, Les républicains, Front national) pourrait être mouillé dans cette histoire. Mais l'émission Cash investigation entend donner la liste, avec Le Monde, mardi 5 avril, jour de manifestation contre la "loi travail" (cf lien n°3).

Et si des noms de politiciens tombent, ce serait une sacrée ironie de l'histoire, prouvant que la classe politique française actuelle n'a pas de connaissance historique. En effet, la vidéo ci-dessus - notamment à partir de 18:45 jusqu'à 24:13 - rappelle que le nom de Panama résonne de manière tumultueuse dans l'histoire de France, avec l'affaire de Panama. Pour résumer, il s'agit du projet de construction du canal de Panama par Ferdinand de Lesseps - déjà à l'origine du canal de Suez en Égypte -, dès 1880! Mais avec la difficulté des travaux (épidémies notamment), la compagnie organisant la construction du canal souhaite émettre des emprunts pour éviter la faillite, avec des banques qui y trouvent un avantage financier dans l'opération. Du coup, certains politiciens ont été approchés pour vendre les mérites du projet et ainsi autoriser l'emprunt, contre des chèques. Ce qui fera surnommer ces politiciens-là des "chéquards" une fois l'affaire révélée. Mais cette histoire a provoqué deux conséquences:

  1. Une justification de la "République bourgeoise" aux yeux des anarchistes, écœurés par cette manifestation de l'argent achetant des élus (Clémenceau fut mis sur la touche), les poussant à agir de manière "terroriste", avec Auguste Vaillant par exemple. Ce qui provoquera en réaction les "lois scélérates" de 1893-1894, dont le gouvernement actuel semble s'en inspirer.
  2. Une montée de l'antiparlementarisme et de l'antisémitisme. Édouard Drumont, journaliste d'extrême-droite, fut l'un des premiers à révéler l'affaire et essaya de pousser la population à rejeter en masse le parlementarisme, tout en affichant un antisémitisme véhément, en raison du rôle d'hommes d'affaires tels Jacques de Reinach ou Cornélius Herz, connus pour leurs origines juives, dans cette affaire. Cette atmosphère trouvant son paroxysme durant l'Affaire Dreyfus, quelques années plus tard.

Il ne serait pas idiot de revoir un peu ses livres d'histoire, afin d'éviter de se dire que "l'histoire se répète".

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