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Imbroglio sur la manif du 23 juin

Publié le par JoSeseSeko

Imbroglio sur la manif du 23 juin

Un temps interdite, la manifestation intersyndicale contre le projet de loi travail prévue pour le 23 juin, à Paris, se tiendra finalement, sur un parcours réduit et autorisé par la préfecture de police et le ministère de l'Intérieur. Mais les tensions restent vives, avec une expression anti-syndicale féroce.

Le projet de loi travail et les manifestations envers cette restructuration du code du travail de la part du gouvernement suscitent des polémiques en chaîne. Dernièrement, le gouvernement, via le Premier ministre Manuel Valls, avait interdit la manifestation prévue le 23 juin à Paris, par plusieurs syndicats (CGT, FO, FSU, FIDL, UNEF, UNL), sur un parcours allant de la place de la Bastille à la place de la Nation. Face au tollé que cette décision avait provoqué, avec un communiqué de l'intersyndicale assez vif à ce sujet, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, est revenu sur sa décision et autorise de nouveau cette manifestation. Mais sur un parcours le long du quai de l'Arsenal, permettant de revenir à la place de la Bastille, qui reste le point de départ pour le cortège parisien (cf photo).

Une violence mutuelle

Ce qui avait poussé le gouvernement à interdire le cortège parisien de se mettre en place est l'accumulation des violences, qui semblent être systématiques depuis la fin du mois d'avril. Ce qui oblige à rappeler que ce genre de faits était bien plus rare dans les premières manifestations contre le projet de loi travail (9 mars). Donc, la question à se poser est la suivante: comment ça a pu basculer dans une espèce de défouloir en pleine rue?

Deux explications complémentaires (pas forcément contradictoires) se trouvent: d'abord, la présence policière, en raison notamment de l'État d'urgence, en place depuis la nuit du 13 novembre 2015, mettant les forces de l'ordre en mobilisation permanente. Ensuite, la présence de "casseurs", peu ou prou liés aux idées anarchistes (Bakounine, Reclus, Malatesta, Kropotkine, etc.). Et ces deux clans, mutuellement excités, prennent l'ultra-majorité des manifestants entre deux feux, ou plutôt entre plusieurs envois de gaz et grenades lacrymogènes, ainsi que des pavés, des bouteilles en verre transformées en cocktails Molotov. Mais pourtant, ces dernières semaines, les contrôles sont devenus systématiques avant que des citoyens puissent arriver au lieu de manifestation. Pourquoi ces "casseurs" sont-ils alors incorporés dans le cortège et que des policiers et gendarmes bien renseignés savent qui ils sont?

En outre, avec l'envoi massif de lacrymo dans les manifs, notamment celle du 14 juin, beaucoup de manifestants ont du se protéger, avec des lunettes de piscine ou des masques à gaz. Du coup, les forces de l'ordre se retrouvent à frapper de manière in-discriminée sur des manifestants, les prenant pour des "casseurs".

Accentuer les tensions

Ces allers-retours de la part du pouvoir montrent combien il est ennuyé - pour rester poli - sur ce projet de loi, usant même de l'article 49.3 de la Constitution pour le faire passer à l'Assemblée nationale. Mais c'est un signe d'une volonté d'accentuer des tensions déjà vives sur ce sujet. Toujours est-il que la mobilisation contre le projet de loi a bien repris du poil de la bête ces derniers temps, en dépit de l'Euro 2016 et de certaines menaces gouvernementales exprimées - réquisition des cheminots par exemple -. Pourtant, c'est loin d'être aussi évident dans le traitement médiatique. En particulier de la part des médias mainstream, qui semblent être élevés au biberon de l'anti-syndicalisme made in France, pratiquant volontiers le trade unions bashing (dénigrement des syndicats).

Ces tensions se traduisent dans la classe politique. L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, se permet le luxe de reprocher à François Hollande, son successeur, de vouloir remettre en cause le "droit de manifester". Mais attention, il estime que les syndicats sont responsables en cas de violence. Vraiment? Les syndicats doivent faire le boulot de la police, être plus royalistes que le roi? Puis le Front national de Marine Le Pen entend bien jouer sa musique personnelle, indiquant combien le projet de loi travail pousserait au dumping social, imposé par la Commission européenne et que la souveraineté nationale (pas populaire) est encore entachée, etc.

Reste à voir si les gens iront manifester le 23 juin, sachant que ce serait sous un soleil de plomb, avec des risques d'orages ensuite.

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