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Retour à une alliance franco-espagnole avec le traité de San Ildefonso

Publié le par JoSeseSeko

Retour à une alliance franco-espagnole avec le traité de San Ildefonso

La signature de ce premier traité de San Ildefonso, dans la résidence d'été du roi d'Espagne, formatant une alliance entre l'Espagne et la France révolutionnaire, a pu permettre à la République de ne plus se sentir menacée au sud, et d'avoir un soutien de choix dans sa lutte contre l'Angleterre, membre de la 1ere Coalition.

Il y a 220 ans de cela, le 18 août 1796 - 1er Fructidor an IV -, la France et l'Espagne s'engagent dans une alliance défensive et offensive à travers le traité de San Ildefonso, avec d'un côté Manuel Godoy, secrétaire d'État, pour représenter le royaume; de l'autre, Catherine-Dominique de Pérignon, ambassadeur de France à Madrid, pour représenter la république. Un traité qui soulagea le Directoire, régime ayant pris le relais de la Convention depuis près d'un an, pour mobiliser les troupes vers l'Allemagne ou l'Italie et de s'assurer des revenus qui manquent pour une France aux prises avec la 1ère Coalition.

Guerre du Roussillon

Mais pour signer un traité d'alliance, il fallait que les rapports franco-espagnols sussent calamiteux pour retrouver des liens plus positifs en 1796. Trois ans plus tôt, l'Espagne gouvernée par les Bourbons depuis 1700, prit part à la coalition contre la France révolutionnaire. Principalement pour la mémoire de Louis XVI, un parent de Charles IV d'Espagne, exécuté le 21 janvier 1793. Les difficultés intérieures et extérieures de la Convention motivèrent Madrid à attaquer, en revendiquant le Roussillon, appartenant à la France depuis le traité des Pyrénées de 1659. Dans un premier temps, l'armée espagnole, appuyée par un contingent portugais, avec Antonio Ricardos comme général en chef, s'avança dans le territoire français, occupant les villes frontières jusqu'aux abords de Perpignan, où les forces françaises arrivent à tenir bon, de même que la marine espagnole aide la Royal navy anglaise lors de la prise de Toulon, le 28 août 1793. Le tout avec la complicité d'Émigrés français.

Néanmoins, la politique de mobilisation en masse de la Convention renversa la dynamique sur la fin de l'année 1793. Le général Jacques Dugommier, meneur de la reprise de Toulon aux Anglo-espagnols, fut envoyé sur le front du Roussillon pour contre-attaquer. Secondé par de Pérignon et par François Augereau, il refoula les Espagnols et les Portugais vers la frontière, reprenant tous les forts frontaliers perdus (Le Boulou, Collioure, etc.), et se projeta vers l'Espagne, notamment la Catalogne et le Pays Basque. La victoire française lors de la bataille de la Sierra Negra en novembre 1794, où Dugommier trouva la mort, permit l'invasion de la Catalogne par les soldats républicains face à une armée espagnole démoralisée, dépourvue de ravitaillement. Au Pays Basque, l'armée républicaine, sous les ordres de Jeannot de Moncey multiplia les victoires sur les Espagnols et arriva à prendre Bilbao en juillet 1795, forçant ainsi l'Espagne à devoir signer le traité de Bâle, le 22 juillet 1795.

De Bâle à San Ildefonso

Le traité de Bâle entre les deux côtés des Pyrénées consacra la victoire française car il renforça le principe des "frontières naturelles" au sud de la France et au niveau colonial, la partie orientale de l'île de Saint-Domingue devint désormais française. Il faut dire que dans cette région, l'Espagne fut également acculée par les troupes républicaines, qui s'étaient renforcées par le soutien d'anciens esclaves insurgés depuis 1791, autour de Toussaint Louverture, qui avait un temps servi les intérêts de la couronne espagnole avant de se rallier à la République peu après le vote de l'abolition de l'esclavage du 4 février 1794 - 16 Pluviôse An II -. D'ailleurs, en récompense, la Convention éleva Louverture au grade de général de brigade au lendemain du traité de Bâle signé avec l'Espagne.

En vérité, cette perte de l'Est de Saint-Domingue était une compensation envers l'Espagne car la crainte du royaume était sa division. En effet, la Catalogne et le Pays Basque occupées par les troupes françaises, pouvaient en profiter pour se rendre indépendantes de Madrid et former des républiques alliées à la France, anticipant la création des "républiques sœurs", notamment en Italie du Nord, après la campagne d'Italie de Napoleone Buonaparte - pardon, Napoléon Bonaparte -, en 1797. Ce fut en cela d'ailleurs que Godoy, qui avait incité le roi à déclarer la guerre à la France, reçut le titre de "prince de la paix" (Príncipe de la Paz). Enfin, comme l'Angleterre était encore membre de la 1ère Coalition et qu'elle était une rivale pour l'Espagne dans les Amériques, malgré que ces deux puissances s'entendirent pour attaquer la France en Europe et aux Antilles en 1793-1794, le rapprochement s'opérait de nouveau entre Paris et Madrid, sur le principe de "l'ennemi de mon ennemi est mon ami".

Un soutien maritime

Avec ce traité, la France disposait d'un allié maritime face à l'Angleterre. En effet, le grand problème militaire de la France révolutionnaire (puis impériale) fut un manque criant de marins compétents face à une Royal navy redoutable. La semi-victoire du "Glorieux 1er juin" 1794, au large d'Ouessant est une exception qui confirma la règle d'alors. La France était balayée sur mer car les rares officiers de valeur étaient tous (ou presque) des royalistes ayant tourné leurs armes contre la République, sabordant leurs navires en cas de capture par les républicains, tels les amiraux Chausse-Gros et Trogoff offrant la flotte de la Méditerranée aux Anglais, à Toulon, qui pouvaient ainsi la détruire au moment de la reprise de la ville en décembre 1793.

Mais si les cadres de la marine étaient d'un bas niveau, la qualité des navires était largement reconnue. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux furent incorporés dans la marine britannique, servant par conséquent contre leur pays de fabrication. Du coup, le Directoire avait de quoi se sentir soulagé avec le traité de San Ildefonso, lui garantissant une stabilité frontalière et un soutien maritime capable, avec les restes de la marine française, de titiller la domination de l'Angleterre. Mais la suite donna moins de certitudes avec la bataille du Cap Saint-Vincent en 1797 puis le désastre d'Aboukir en 1798.

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