Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Au revoir Convention, bonjour Directoire

Publié le par JoSeseSeko

Au revoir Convention, bonjour Directoire

Le passage de la Convention au Directoire, le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) marqua le début d'une courte période mésestimée de l'histoire de France, discréditée par la dictature de Napoléon Bonaparte, qui lui était pourtant redevable à plus d'un titre.

Sur la vague révolutionnaire qui dura 10 ans (1789-1799), la plupart des historiens et des films sur la Révolution s'attardent sur les 5 premières années, jusqu'à la chute de Maximilien Robespierre (9 Thermidor an II, 27 juillet 1794), et moins jusqu'au Coup d'État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), marquant la prise de pouvoir du général Bonaparte. Du coup, la période correspondant au Directoire est assez vite balayée, pour mieux la mésestimer. Et pourtant cette période est riche d'enseignements.

Fin de la Convention

Mais d'abord, pour que la période du Directoire (4 brumaire an IV-18 brumaire an VIII) se fasse, il fallait terminer un cycle précédent, celui de la Convention. Cette dernière correspondait au cycle entérinant la fin de la Monarchie depuis le 10 août 1792 et l'emprisonnement effectif de Louis XVI entouré de sa famille, avec des élections au suffrage universel masculin, une première dans l'histoire de France. Mais cette assemblée élue qui adopta la République à la suite des nouvelles rapportant la victoire française à Valmy, resta perpétuellement menacée. D'abord à l'extérieur, avec la 1ère Coalition européenne contre la France révolutionnaire et désormais républicaine, puis à l'intérieur avec le soulèvement de la Vendée puis la rébellion des Girondins après avoir été écartés du pouvoir par les Montagnards, en particulier les Jacobins. Et face à cette double menace, la Terreur fut "à l'ordre du jour", appliquée de manière impitoyable, extrême (et aveugle par moments), mais qui au bout du compte sauva la République française d'une destruction certaine. Mais durant cette période sanglante, des évolutions sociales furent votées telles le Maximum, la reconnaissance de droits sociaux, une réforme agraire ou encore l'abolition de l'esclavage, cette dernière incitant des insurgés noirs de Saint-Domingue (actuelle Haïti), autour de Toussaint Louverture notamment, à rejoindre les rangs républicains.

Néanmoins, après la chute de Robespierre, les Thermidoriens (des notables semblables à ce qu'est le Parti socialiste aujourd'hui) ne voulaient plus que le peuple remuasse comme durant la Terreur. D'ailleurs, l'armée vint à la rescousse pour éradiquer les émeutes populaires au début de l'année 1795. Mais, en voulant éliminer l'extrême-gauche, sensible aux idées de l'Incorruptible, les Thermidoriens renforcèrent les royalistes qui entendaient remettre la Monarchie absolue en France avec les frères de Louis XVI ayant émigré en Grande-Bretagne. D'où l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795), réprimée par Paul Barras, futur membre du Directoire, secondé par le chanceux général Napoleone Buonaparte (francisé, Napoléon Bonaparte).

Un Directoire fragile

Dès son fondement, le Directoire, présenté comme un type de gouvernement républicain sans qu'un seul homme agisse en dictateur puisque 5 hommes étaient à la tête de la République (Barras, Lazare Carnot, Jean-François Reubell, Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux, François-Étienne Le Tourneur), afin de colporter une légende noire envers Robespierre rendu responsable de la Terreur, montrait une fragilité dangereuse sur plusieurs points:

  1. La Constitution qui sert de base pour le Directoire est la Constitution de l'an III, sous la Convention thermidorienne. Cette Constitution institua le suffrage censitaire. Donc seuls les riches ont le droit de vote, les pauvres étant réduits au silence - c'est presque encore le cas aujourd'hui vu que le vote a pris un "cens caché" -. Du coup, ce sont les notables, les bourgeois plus quelques nobles qui dominent la scène politique française et dans ces temps où la pensée économique libérale s'affirmait sur fond de 1ère révolution industrielle - l'Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations d'Adam Smith, bible des libéraux, datant de 1776 - les gouvernants devaient agir pour les intérêts de cette classe dominante.
  2. Malgré la répression au moment du 13 vendémiaire, les royalistes avaient le vent en poupe. Aux élections législatives d'octobre 1795, préparant ainsi le parlement du Directoire (Conseil des Anciens + Conseil des Cinq-cents = Ancienne Convention), les royalistes comptaient 160 parlementaires sur 750, mettant à mal les anciens conventionnels puisqu'ils avaient voté le décret des deux tiers, faisant en sorte qu'il y ait 500 conventionnels (thermidoriens) réélus dans le futur parlement. Seuls 394 furent ainsi élus et il fallut tripatouiller pour nommer 106 députés restants. Bien sûr, la Montagne, regroupant les Jacobins, fut perdante avec 64 députés quand elle en comptait 200 en 1792. Mais vu le péril monarchiste, les Jacobins persécutés depuis le 9 Thermidor, avec la fermeture du club à Paris en novembre 1794, étaient un moindre mal pour les thermidoriens, signant une loi d'amnistie dès le début du Directoire. Mais ça changea vite après la montée en puissance de Gracchus Babeuf et de ses partisans, en réprimant la Conjuration des Égaux (mai 1796), quitte à devoir refrapper plus tard les monarchistes qui se renforçaient (Coup d'État du 18 Fructidor an V).
  3. En plus de cette situation de balancier au niveau intérieur, la guerre continue aux frontières. D'où un sentiment de puissance politique de l'armée auprès du Directoire qui en est très dépendant. D'ailleurs, les victoires de Bonaparte en Italie et l'appui du général Pierre Augereau au moment de Fructidor montrèrent à quel point le militaire tendait à être supérieur au civil pour redresser le pays.

Une légende noire

À l'instar de Robespierre, le Directoire connaît encore une légende noire perspicace. Non sans raison, vu la fragilité que j'ai détaillé tantôt, plus les difficultés économiques et financières. En effet, à ce jour, le Directoire reste le dernier régime politique français ayant déclaré la banqueroute, suite à la mise à mort de l'assignat, monnaie-papier lancée en 1791 qui ne cessait de perdre de sa valeur depuis Thermidor. En outre, la poursuite de la libéralisation de l'économie voulue par les thermidoriens poussait à de l'hyper-inflation ou de la déflation galopante, ne profitant qu'aux parvenus, le plus souvent spécialisés dans les fournitures militaires vu les besoins énormes de l'armée en période de coalition contre elle. On peut aussi évoquer la corruption, étant donné que les notables mettaient une forte pression sur les directeurs qui en échange acceptaient des pots-de-vin (notamment Barras). Enfin, sur la fin du Directoire, il y avait un problème de rentrées fiscales, lié au brigandage et à un nouveau soulèvement de la Vendée, mais de moindre importance qu'en 1793.

Néanmoins, avec le perfectionnement de données statistiques, le Directoire permit des bases économiques qu'exploita Bonaparte avec le retour progressif des impôts indirects, une industrialisation croissante du pays (1ère exposition industrielle de France en 1798), assainissant les finances publiques depuis la banqueroute aux deux tiers de 1797. De même que le droit avançait vers ce qui devint en 1804 le Code Civil, indiquant ainsi que ce code de lois n'a pas été fait uniquement sous Bonaparte, contrairement à la légende colportée par les historiens bien-pensants encore vivace de nos jours. Mieux encore, la situation militaire, tendue au début de l'année 1799, s'est rétablie par la suite avec les victoires d'André Masséna en Suisse et de Guillaume Brune en République batave (Pays-Bas), éliminant tout risque d'invasion. Et ce, en raison de la montée en puissance des néo-jacobins. Je vous avais écrit que la gauche avait été réprimée après la Conjuration des Égaux. Mais elle redevint influente suite aux défaites de début 1799 au point de destituer deux directeurs et de faire en sorte que le général Jean-Baptiste Bernadotte, futur roi de Suède dont la lignée règne toujours sur ce pays, devint ministre de la Guerre. Le Coup d'État du 18 brumaire est en vérité semblable à celui du 9 thermidor, mais plus réussi puisque la dictature de Bonaparte qui s'ensuivit (Consulat + Empire) élimina la gauche républicaine pendant plusieurs décennies, facilitant ainsi le retour des Bourbons en 1814 et 1815.

Commenter cet article