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Le PS pris entre plusieurs feux

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Le Figaro

Photo: Le Figaro

L'annonce de la candidature d'Emmanuel Macron, sous réserve d'avoir les 500 parrainages pour être officiellement candidat, complique un peu plus la tâche d'un Parti socialiste déjà embêté par la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Signe que l'implosion de ce parti est proche, appelant à une recomposition de la gauche après 2017.

La série d'annonces de candidature en-dehors du Parti socialiste (PS) se poursuit. Après les annonces de Bastien Faudot (Mouvement républicain et citoyen), de Jean-Luc Mélenchon (France insoumise), ou de Yannick Jadot (Europe écologie-les Verts), voici l'annonce, ce mercredi 16 novembre, de la candidature d'Emmanuel Macron (En marche), ancien ministre de l'Économie. Une de plus en attendant celle du PS qui se fera en janvier, à l'issue de primaires dont certains ont clamé leur participation (Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Arnaud Montebourg, Gérard Filoche), d'autres laissent du suspense sur ce sujet (François Hollande, Manuel Valls).

Macron, candidat des médias

Depuis ce mercredi matin, les médias relayent massivement l'annonce de candidature de Macron. Il faut dire que l'homme de 38 ans attire les projecteurs envers lui. En vérité, il est chouchouté par les mass media et l'ancien ministre en joue. Ça lui permet de se présenter comme candidat anti-système par rapport à son âge et à des idées qui s'inscrivent dans une ligne (sociale-)libérale, et semble jouir de bonnes intentions de vote pour la présidentielle, ce qui lui permet de vouloir séduire à droite, à gauche, voire à l'extrême-droite; des jeunes aux vieux.

Mais plusieurs problèmes se profilent: sa posture anti-système ne peut pas masquer son profil et sa nature qui sont ancrés dans le système politique et économique de la France - énarque; inspecteur des finances; banquier chez Rotschild -, avec un mépris de classe qu'il ne cache guère (ouvrières de Gad; réplique du costard; patron qui souffrirait plus qu'un salarié; etc.). Son âge, couplé à ses idées, inscrites dans une pensée politique très ancienne, le font comparer à un Alain Juppé version "jeune", voire un Jean Lecanuet du XXIe siècle, pour certains esprits critiques (et lucides). Son positionnement centriste l'oblige à devoir ratisser large, à être partout. Et à vouloir se montrer partout, on finit par être nulle part. Et ça se sanctionne très vite. Enfin, porté aux nues comme Macron l'est par les mass media, les éditorialistes mainstream, ce n'est pas une bonne nouvelle pour lui car ces observateurs dominants se sont lourdement trompés ces derniers mois, avec le référendum britannique et le Brexit qu'ils n'ont pas senti, et encore pire lors de l'élection présidentielle états-unienne avec la victoire de Donald Trump aux dépens d'Hillary Clinton, que ces médiacrates soutenaient à fond.

Mélenchon, l'insoumis

Sur la gauche du PS, c'est surtout Jean-Luc Mélenchon qui tient la corde. L'ancien socialiste, qui a quitté le parti en 2008 pour fonder le Parti de gauche (PG) et former une coalition avec le Parti communiste français (PCF), appelée Front de gauche (FG). Ce rassemblement d'une partie de la gauche radicale se montra dynamique, avec une apogée lors de la présidentielle de 2012, où Mélenchon fit 11,1% des voix. Mais depuis, les bisbilles entre les deux principales composantes de la coalition, que sont le PG et le PCF, ont délité cette dynamique et le point de non-retour semble être atteint avec l'annonce surprise de Mélenchon pour l'élection de 2017, en février dernier. Et dernièrement, les cadres du PCF ont rejeté l'idée de soutenir Mélenchon et la France insoumise, optant pour une candidature communiste à proprement parler, sauf si évolution par rapport à la primaire du PS.

Du coup, "Méluche", comme le surnomment certains de ses proches, joue pleinement la carte de l'insoumis aux accords des "cartels de partis", quitte à prendre une posture vue comme gaullienne. Ce qui fait bien grincer des dents dans la gauche radicale. Son passé socialiste pourrait bien ne pas jouer en sa faveur, surtout par rapport au respect qu'il éprouve envers François Mitterrand, malgré le virage social-libéral que l'ancien président avait mis en place depuis 1983, et Mélenchon militait au PS à cette époque-là.

Un PS en attente

Et pendant ce temps-là, le PS attend de voir qui compte officiellement participer à la primaire qu'il organise de fin décembre 2016 à fin janvier 2017. Pour l'instant, il y a quatre candidats de l'aile gauche cités tantôt, plus l'écologiste François de Rugy. Mais cette attente est surtout liée au pouvoir exécutif. En effet, qui de François Hollande, président de la République, ou de Manuel Valls, Premier ministre, va aller dans l'arène? Présenté comme le "candidat naturel" du PS, Hollande rend sa candidature de plus en plus impensable. Le livre de confidences Un président ne devrait pas dire ça, des journalistes du Monde Gérard Darvet et Fabrice Lhomme, l'a décrédibilisé auprès des militants et sympathisants socialistes. Et le Premier ministre envisage de plus en plus de se poser en "recours", jouant sur l'autorité qu'il semble afficher à son poste. Une lame à double-tranchant.

Recomposition à gauche

En tout cas, l'heure de la recomposition à gauche semble se rapprocher. Et certains militants socialistes craignent que le PS se fasse dépasser sur sa gauche par Mélenchon, ce qui serait une première depuis 1978, tout en étant étranglé sur sa droite par Macron. Mais ça signifie combien les idées sont en panne dans le parti, avec ce virage social-libéral accéléré par le pouvoir, ces dernières années. En même temps, nombre de think tank proches du PS, comme Terra nova, avaient indiqué que le parti ne devait plus insister sur l'électorat ouvrier, considéré comme perdu (abstention, vote Front national), alors que cet électorat est celui qui forgea l'unité des socialistes au début du XXe siècle.

Un choix entre deux pistes est à faire pour le PS: soit continuer dans la voie sociale-libérale, amorcée depuis 33 ans, dans une ligne purement keynésienne, où l'État interviendrait dans l'économie pour pérenniser le mode de production capitaliste, comme le pensait John Maynard Keynes en son temps (sauf peut-être les dernières années de sa vie, et encore!), et rectifier marginalement les externalités négatives du capitalisme, à l'échelle nationale ou internationale (limiter le néocolonialisme, la mondialisation). Ou soit revenir à ses racines socialistes, telles que Jean Jaurès ou Jules Guesde pouvait les défendre, avec une défense de l'autogestion, une mise en marche d'une destruction du capitalisme, de l'État, telle que le pensaient Karl Marx ou Mikhaïl Bakounine, puis reprendre en considération l'antiracisme politique qui se déclare en lutte contre un "racisme institutionnel", et ce dans une optique internationaliste qui semble être rangée dans la poubelle de l'histoire.

Bref, il va y avoir du sport après 2017.

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