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Mélenchon appuye sur l'accélérateur pour 2017

Publié le par JoSeseSeko

Photo: BERTRAND GUAY / AFP

Photo: BERTRAND GUAY / AFP

Sur le plateau de TF1, Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature pour l'élection présidentielle de 2017, ce qui va accélérer certaines clarifications au sein de la gauche radicale par rapport au Parti socialiste, au pouvoir.

L'envie le démangeait sans doute depuis longtemps, mais l'officialisation a de quoi stupéfier malgré tout plus d'un. Jean-Luc Mélenchon, eurodéputé et fondateur du Parti de gauche (PG), une des principales composantes du Front de gauche (FG) - avec le Parti communiste (PC) ou Ensemble! - a annoncé mercredi 10 février, dans le JT de TF1 de Gilles Bouleau, sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. Elle se veut au nom d'une "France insoumise et fière de l'être", dans un contexte de tensions socio-économiques et judiciaires - emprisonnement de syndicalistes, débat sur la déchéance de nationalité, etc. -.

Un appel aux citoyens

Le personnage Mélenchon n'est pas étranger puisqu'il s'était déjà présenté pour l'élection présidentielle de 2012 pour le FG, rassemblant 11,1% des voix au premier tour, qui marque l'apogée de la coalition de gauche radicale en place depuis 2009, au moment des élections européennes. Mais cette fois, il entend mener sa candidature "hors cadre de partis", tout en étant "ouvert à tout le monde". Ce qui prime à ses yeux, ce sont "les citoyens d'abord". Pour cela, il s'appuie sur la plateforme web jlm2017.fr (cf lien n°1), dont il affirme en avoir trouvé l'inspiration grâce au sénateur états-unien Bernie Sanders, le candidat "socialiste" de la primaire du Parti démocrate, qui donne actuellement du fil à retordre à Hillary Clinton et présenté par certains journaux français - Marianne par exemple - comme un Mélenchon version oncle Sam sur son positionnement politique.

Avec ce site, Mélenchon indique que les citoyens qui souhaitent sa candidature, lui fassent des propositions sur les questions économiques, sociales, juridiques et diplomatiques. D'autant plus que l'eurodéputé entend défendre une ligne qui se dit prête à faire une rupture avec les traités actuels de l'Union européenne (UE), quitte à sortir de la zone euro et de l'UE. De même que sur la question du climat, Mélenchon, partisan d'une sortie (progressive peut-être) du nucléaire, répète depuis plusieurs années l'avantage qu'aurait l'économie française à se tourner vers la mer, en raison du fait que la France a le deuxième espace maritime mondial et que l'énergie maritime n'est pas utilisée à plein. Ce qui serait, chez lui une substitution des énergies fossiles, notamment pour la production d'électricité, doublée d'une réduction de la dépendance énergétique de l'hexagone - l'uranium nécessaire pour beaucoup de centrales nucléaires est importé -. En tout cas, il entend combattre "la résignation, la soumission, la haine de l'autre, le rabougrissement de l'idéal français", tout en admettant qu'il y a un nouveau modèle à inventer - écosocialisme peut-être -, qui aurait pour principe de trouver un équilibre stable et durable entre l'humanité et son environnement, sachant que des économistes tels le Britannique Thomas Malthus ou l'Allemand Karl Marx, pourtant opposés l'un à l'autre, posaient déjà ces questions au XIXe siècle.

Couper l'herbe sous le pied

L'annonce de Mélenchon a le mérite de rendre de moins en moins pertinente l'idée d'une primaire élargie à gauche, pourtant évoquée ces dernières semaines. L'ancien membre du PS, très critique envers ce parti et le gouvernement composé majoritairement de "socialistes", balayait depuis un moment d'un revers de main cette proposition. Mais sa candidature ne s'est-elle pas accélérée suite à celle de Bastien Faudrot, porte-parole et élu local du Mouvement républicain et citoyen (MRC)? C'est ce que certains militants MRC peuvent penser.

Toujours est-il que la surprise est totale au sein du FG. En particulier chez les communistes. Pierre Laurent, secrétaire national du PC et sénateur, en demeure étonné. Tout comme le porte-parole du parti, Olivier Dartigolles, qui précise sa pensée à ce sujet: "Cette annonce n'a été ni discutée, ni décidée dans le cadre du Front de gauche". Allant même plus loin: "On ne s'explique pas pourquoi il n'est pas possible de discuter avec Jean-Luc Mélenchon". Il faut dire que le PC était, tout comme Ensemble!, sensible à l'idée de primaire à gauche (cf liens n°2 et 3). Mais cette histoire est un chapitre de plus dans la déliquescence du FG depuis la présidentielle de 2012 menée par... Mélenchon. Cette campagne, vue comme très bonne par plusieurs observateurs, n'a pas été bien digérée et a, au contraire, alimenté les crispations. Surtout à partir des élections municipales de 2014, où le PC mena des alliances locales avec un PS en voie de droitisation, ce qui a profondément écœuré Mélenchon, ses amis du PG, ainsi qu'Ensemble!, qui défendent l'autonomie par rapport aux socialistes. Les dernières élections régionales de décembre 2015 marquant un nouveau coup dur pour le FG, laminé, comme le reste de la gauche, et peinant à trouver un équilibre à cause de la Grèce et de la volte-face de Syriza durant l'été 2015, qui a laissé de lourdes traces.

Pour finir, il faudra tout de même que "Méluche", comme le surnomment affectueusement ses amis et camarades politiques, devra s'assurer des 500 parrainages nécessaires pour aller au bout de sa démarche auprès des électeurs. Est-ce que les élus communistes les lui donneront? Normalement, oui, mais vu les tensions véhiculées ces dernières années, ce n'est pas une évidence absolue.

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