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Une victoire à la Pyrrhus pour Trump

Publié le par JoSeseSeko

Photo: REUTERS/Mike Segar

Photo: REUTERS/Mike Segar

L'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche est une sacrée leçon, à l'échelle internationale, sur la capacité d'erreur des sondages. Mais aussi la sous-estimation de l'abstention des minorités et de la participation des blancs dans le vote. En tout cas, avec une majorité républicaine au Congrès, le futur président aura une grande marge de manœuvre.

Pour beaucoup de personnes à travers le monde (excepté peut-être en Russie), c'est un tremblement de terre qui a frappé les esprits, dans la nuit du 8 au 9 novembre. Le candidat républicain Donald Trump est parvenu à être élu président des États-Unis, face à sa rivale démocrate, Hillary Clinton, en comptabilisant au moins 289 grands électeurs sur 540. En particulier des "swing states" comme la Floride, l'Ohio ou la Pennsylvanie, qui avaient voté pour Barack Obama en 2012.

Une défaite journalistique?

En tout cas, à l'instar du référendum britannique ayant débouché sur un Brexit que peu de journalistes, d'éditorialistes, de sondeurs, avaient pris en considération dans leurs analyse, la victoire de Trump paraissait inenvisageable pour la grande majorité des journalistes, éditorialistes ou sondeurs, que le magnat de l'immobilier accusait de rouler pour Clinton, insistant volontiers sur les frasques sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ou encore négrophobes de Trump plutôt que les ennuis de Clinton, notamment quand le FBI relança son enquête sur les mails privés de la candidate démocrate quand elle était secrétaire d'État de 2009 à 2013, pouvant contenir des dossiers relevant du "Secret défense", non cryptés, et potentiellement exposés à du hacking.

Un exemple de cette défaite journalistique est la soirée électorale. Étant à Paris pour couvrir la "Nuit américaine" au Carreau du Temple, à Paris, je suivis le live de CNN qui balançait différents sondages avant l'annonce des premiers résultats. Et l'un de ces sondages indiquait que la majorité des électeurs interrogés (62%) avaient déjà fixé leur choix de candidat "avant septembre" et que 7% d'entre eux ont fait leur choix sur les "derniers jours". "La majorité des gens ont fixé leur choix à un moment ou Clinton était largement devant Trump. Elle devrait donc gagner" déclara un jeune français à la suite de ce sondage. C'est dire si la confiance était là, avant de se déliter au fil des heures, montrant que beaucoup n'ont pas vu les choses venir.

Le sursaut blanc

Cette élection correspond à l'une des dernières où les blancs, et plus précisément les WASP (White Anglo-Saxon Protestant), sont encore majoritaires au sein de la population états-unienne et où ils ont davantage l'habitude de voter que les minorités. Et ça, Trump ne s'est pas trompé en lorgnant sur l'électorat blanc. Notamment sur le prolétariat blanc et la classe moyenne blanche car ces deux classes sociales s'estiment lésées par les années Obama et par la mondialisation, et que le futur ancien président aurait trop favorisé les minorités. Et ce, malgré une relance économique remarquée outre-Atlantique. D'où la nécessité pour Trump de se positionner contre le traité de libre-échange avec l'Union européenne, qui n'a désormais plus de raison d'être, ce qui n'est pas une mauvaise nouvelle au fond.

A contrario, beaucoup de gens, notamment dans les médias, estimaient que le vote des Latinos allait être historiquement élevé, par rapport aux propos xénophobes de Trump, son envie de faire construire un mur le long de la frontière avec le Mexique et que ce dernier finance ce mur. Mais tout porte à croire que les Latinos, comme les Afro-américains, se sont largement abstenus pour cette élection, considérant que leur voix ne serait pas prise en compte. À partir de maintenant, ils devront raser les murs. Une balle perdue de la part d'un flic blanc n'est pas rare ces dernières années, chez l'Oncle Sam.

Un bipartisme à ébranler

En tout cas, un point final a été trouvé sur cette campagne présidentielle d'une certaine médiocrité de la part des candidats des deux partis dominants de la classe politique américaine, donnant l'impression de tomber de Charybde en Scylla. Mais une chose, différente de l'abstention, semble montrer le désintérêt croissant pour ce bipartisme lié à l'argent, "ce cancer de la vie politique américaine" selon Henri Landes, maître de conférences à Sciences Po Paris; c'est le vote pour les "Tiers partis".

En effet, Trump et Clinton ont rassemblé 95,2% des voix (47,5% vs 47,6%), alors qu'Obama et Mitt Romney comptabilisaient 98,3% du vote populaire en 2012 (51,1% vs 47,2%). Ce qui signifie clairement que le vote pour les "Tiers partis", notamment pour le Parti libertarien et le Parti vert, a presque triplé en quatre ans! Signe que plusieurs millions de citoyens états-uniens penchent pour une alternative au système politique dont Trump fait partie, bien qu'il jure de ne pas en être membre et de vouloir le changer.

Une marge de manœuvre

Dans le même temps que la présidentielle, il y avait un renouvellement du Congrès. La majorité républicaine reste en place, même si elle garde une courte tête au Sénat. Ce qui permettra à Trump d'appliquer son programme, basé sur un fort protectionnisme, une lutte contre l'immigration tous azimuts, une cure d'austérité de l'État fédéral, une remise en cause de l'Obamacare sur l'accès à la santé publique, une politique extérieure de détente à l'égard de la Russie et plus de fermeté à l'égard des pays musulmans, etc.

Mais en aura-t-il les moyens? Et maintenant, la question qui peut se poser est la suivante: est-ce que des états-uniens vont oser émigrer vers le Canada, vers des pays européens? Cela dépendra essentiellement de la capacité de Trump à rassembler tous les citoyens. En vérité, de sa capacité à aliéner les esprits, notamment du côté des minorités qui ont été une cible de choix pour lui. Ce qui permettra de vérifier la morale des dominants: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

Bref, comme je disais à mon père: "Les états-uniens ont bien (ré)élu George W. Bush. Ils peuvent alors élire Trump."

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