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Une coalition rouge-rose-verte est-elle possible en France?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Francois Mori/AP/SIPA Jean Michel Nossant/SIPA Tristan Reynaud/SIPA Tristan Reynaud/SIPA

Photo: Francois Mori/AP/SIPA Jean Michel Nossant/SIPA Tristan Reynaud/SIPA Tristan Reynaud/SIPA

Avec la victoire de Benoît Hamon à la primaire du Parti socialiste, l'idée d'un rassemblement pour une candidature unique à gauche fait des émules au sein des mouvements ayant justement leur candidat attitré. Néanmoins, qui de Hamon, de Yannick Jadot ou de Jean-Luc Mélenchon osera se retirer de la course à la présidence de la République? Là est la question.

Une semaine après sa victoire lors de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, Benoît Hamon tient à la capitaliser sur sa gauche. Sachant qu'il ne peut guère compter sur la majorité des députés socialistes, qui s'était rangée derrière Manuel Valls et serait prête à donner du poids pour Emmanuel Macron, le député de la 11e circonscription des Yvelines cherche à appuyer la dynamique qui est la sienne sur la base électorale du PS, avec un fléchissement à gauche similaire à ce que connait le Parti travailliste depuis que Jeremy Corbyn en a été (ré)élu leader par les militants. Et pour cela, il "tend la main" à Yannick Jadot (Europe-écologie les Verts) et Jean-Luc Mélenchon (France insoumise, ex-Front de gauche), pour former une candidature unique à gauche pour l'élection présidentielle, en espérant que ça se fera sur son nom, mais surtout pour éviter une élimination de la gauche au premier tour, le 23 avril prochain, car ce serait la division qui ferait perdre la gauche française, parait-il.

Une coalition rouge-rose-verte

L'idée d'une coalition entre des personnes se réclamant du socialisme, de l'écologie politique, du communisme, n'est pas si nouvelle que ça. Elle s'était appliquée en 1997, sous le nom de "gauche plurielle", formant un gouvernement de cohabitation avec le socialiste Lionel Jospin comme Premier ministre alors que le président de la République d'alors, Jacques Chirac, était de la droite. Mais cette histoire s'est mal terminée en 2002, avec le traumatisme du 21 avril pour le PS vu que Jospin a été battu au premier tour. Ce qui a fait agiter par la suite l'argument vaseux du "vote utile" de la part d'un PS qui se droitisait au fur et à mesure du temps qui passe, poussant certains comme Mélenchon à le quitter, soit dit en passant. Mais la gauche français n'est pas la seule à se poser la question. En Allemagne aussi, la gauche réfléchit (enfin) à cette hypothèse, notamment le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) et les Verts à l'égard de Die Linke, ce qu'elle aurait pu faire en 2013 si le SPD ne s'était pas jeté à bras ouverts vers un gouvernement de coalition avec l'Union démocrate-chrétienne d'Allemagne d'Angela Merkel.

En revenant dans le cas hexagonal, la victoire de Hamon offre la possibilité d'une coalition rouge-rose-verte car les trois candidats convergent sur de nombreuses propositions, telles l'abrogation de la loi travail, l'harmonisation fiscale au niveau européen, la protection des lanceurs d'alerte, le rétablissement de la police de proximité, la reconnaissance de la Palestine comme État souverain, le refus des traités de libre-échange avec le Canada (CETA) et les États-Unis (TAFTA), etc.

Photo: AFP

Des nuances de gauche

Mais si cette convergence est réelle, tous n'accordent pas leur violon. Des nuances notables continuent d'exister. Par exemple, le revenu universel est défendu par Hamon, tout comme par Jadot, mais Mélenchon s'y oppose. Le candidat de la France insoumise et le candidat écologiste s'accordent sur une sortie du nucléaire alors qu'Hamon veut maintenir, à une part moindre certes, cette énergie comme moyen de production d'électricité, en raison de l'expertiser de la France dans ce domaine. Quant à une VIe République, que les trois candidats semblent défendre dans leur programme respectif, il y a des nuances. Hamon veut introduire une dose de proportionnelle, ainsi qu'un "49-3 citoyen", où 1% des électeurs répartis sur au moins la moitié des départements pourraient bloquer un projet de loi. Chez Jadot, c'est un régime parlementaire souhaité, avec un rajeunissement de l'Assemblée nationale (20% minimum de députés de moins de 30 ans) élue à la proportionnelle, avec un nombre réduit (400 députés, contre 577 actuellement). Pour Mélenchon, cette VIe République doit s'établir par la composition d'une Assemblée constituante qui serait partiellement tirée au sort qui établirait une nouvelle Constitution, puis l'élection à l'Assemblée nationale serait à la proportionnelle. En tout cas, chacun des trois candidats défend le bicamérisme, même s'il souhaite remplacer le Sénat, et n'a pas l'intention de promouvoir une assemblée unique. Enfin, sur l'Union européenne, Mélenchon compte disposer d'un plan B, pouvant signifier une sortie de l'euro et de l'UE, alors que Hamon et Jadot ne semblent pas à l'aise à l'idée de quitter l'UE. Pour eux, c'est plus l'envie de "réformer de l'intérieur" qui gouverne leur état d'esprit.

Une question d'ego

À ces nuances s'ajoute la question de l'incarnation de cette coalition. Ce qui signifie que l'ego doit être mesuré vu l'enjeu de cette élection. Et là, les défauts des candidats sont mis en avant au sujet de cette capacité à se rassembler autour de l'un d'entre eux. L'un des reproches faits à Hamon est que son côté frondeur au PS serait surjoué, notamment du fait qu'il était ministre au moment de l'élaboration du Crédit d'impôt compétitivité emploi et du pacte de responsabilité, début 2014, ainsi que d'éviter au PS de perdre son hégémonie à gauche. Du côté de Jadot, son défaut serait d'être dans un parti qui s'est déchiré ces dernières années, en raison de la participation d'EELV au gouvernement jusqu'en 2014. Quant à Mélenchon, ce serait sa personnalité clivante qui irrite certains, y compris parmi ses alliés du Front de gauche, comme le Parti communiste qui le soutient de manière éloignée. Et ce problème d'ego a tendance à être mortifère pour la gauche française.

La bataille culturelle

Toujours est-il qu'avec la victoire de Benoît Hamon, les esprits semblent tout de même converger. Une pétition en ligne a recueilli plus de 56.000 signatures en une semaine et l'idée d'une recomposition à gauche est loin d'être utopique. "On s'est remis à parler la même langue. Ça permet au moins le dialogue" souligne Clémentine Autain, leader d'Ensemble!, soutien de Mélenchon, auprès du journal Politis. "La bonne nouvelle, c'est qu'on a gagné la bataille culturelle" ajoute l'économiste Liêm Hoang-Ngoc, ancien membre du PS, considérant que plusieurs thèses défendues par Hamon (VIe République, refus des traités, sortie de l'austérité, abrogation de la loi travail, non-cumul des mandats, etc.) sont également portées par Mélenchon. Et l'intéressé salue cette expansion de ces idées, dans la mesure où elles prennent de l'importance dans le champ médiatique et se substituent à celles du libéralisme, de la sécurité, des polémiques sur la religion (islam), lancées par la droite et l'extrême-droite ces dernières années, notamment depuis les vagues d'attentats de 2015 dans l'hexagone.

Et au final, ça permet d'éclaircir un horizon qui semblait bien sombre en début d'année 2017.

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Lenachev 09/02/2017 07:51

Sauve qui peut! La victoire des utopistes, des tenants d'idéologie discréditées depuis des lustres...