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Le jusqu'au-boutisme de Fillon

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Devant plusieurs milliers de manifestants au Trocadéro, François Fillon ne compte pas se retirer de la course à l'Élysée, avec des militants qui ont la dent dure envers la justice, les médias, et les politiciens ayant lâché le candidat ces derniers jours.

Ils n'étaient pas 200.000, comme l'affirmait Bruno Retailleau à la tribune du parvis des droits de l'homme, place du Trocadéro, à Paris (16e arrondissement), mais ils étaient bien 35.000-40.000 à afficher leur soutien à François Fillon, englué dans l'affaire d'emplois fictifs concernant sa femme Pénélope depuis la fin du mois de janvier et la publication d'articles du Canard Enchaîné sur ce sujet. Et en tant que catholique, Fillon traine cette affaire tel un chemin de croix, d'autant plus qu'il s'est présenté comme un candidat "honnête, droit" durant la primaire de la droite qu'il a remporté en novembre 2016 et qu'en cas de mise en examen, il se retirerait car il serait atteint au niveau de son honneur. L'envie du pouvoir semble avoir pris le dessus!

Omission

Dans son discours réalisé sous une pluie galloise - ce qui ne le dépayse pas -, l'ancien Premier ministre charge contre le quinquennat de François Hollande, en particulier au niveau de l'exposition au "totalitarisme islamiste", évoquant les attentats de janvier et novembre 2015, plus l'attaque sur Nice en juillet 2016. Mais aussi Toulouse. Or, dans ce dernier exemple, les attaques sur Toulouse, du fait de Mohamed Merah, datent de mars 2012, du temps où Fillon était Premier ministre. Une omission bien fâcheuse. Et il devrait se rappeler que l'exposition de la France au terrorisme est liée à un changement de la politique extérieure française, devenue atlantiste avec l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce dont Fillon se garde bien de le rappeler.

Fillon 2017 = Sarkozy 2007?

Le candidat à l'élection présidentielle de 2017 agit comme Sarkozy 2007 sur certains points de langage. En particulier pour dénaturer des références de la gauche afin de faire croire qu'elles seraient nationales, en jouant sur des contradictions. Par exemple, il associe "la France des cathédrales" à "la France des sans-culottes". Un oxymore qui marche auprès des milieux distingués du cossu 16e arrondissement et d'ailleurs, mais qui est une blague car on appelait sans-culottes durant la Révolution française les pauvres qui ne pouvaient pas s'acheter la culotte de soie (blanche) des aristocrates et des bourgeois. De même que Fillon fait référence à Gavroche, le personnage révolté des Misérables de Victor Hugo ou encore Albert Camus, écrivain dont la sensibilité anarchiste n'est pas inconnue dans l'espace public. Sarkozy avait usé de cette stratégie en 2007 avec la récupération de l'image de Jean Jaurès, mais aussi celle de Léon Blum et du Front Populaire, pour mieux aliéner les esprits des électeurs ouvriers. Espérons que cette fois-ci, la leçon a été apprise et que ça se méfiera du verbiage de Fillon sur ce point.

Un "Coup d'État"

Aux yeux des militants venus sur place, leur soutien à Fillon est sans faille, considérant qu'il est victime d'une injustice, voire d'un "Coup d'État" - vous lisez bien, chers lecteurs - et ils ont la dent très dure envers la justice, qu'ils accusent d'être aux ordres du pouvoir en place et de favoriser d'une part, Emmanuel Macron, et d'autre part, Marine Le Pen. Mais ce sont les médias qui sont la cible de choix des militants. Beaucoup en veulent à la presse d'avoir organisé "un lynchage médiatique" - euh, Fillon n'est pas mort tout de même! -, de par leur connivence avec l'État, étant donné qu'ils bénéficient des aides à la presse. En tout cas, certains n'hésitent pas à proférer des menaces.

Quant aux anciens soutiens de Fillon qui se sont retirés depuis mercredi dernier et l'annonce de la convocation de l'ancien Premier ministre, ils sont vilipendés par les militants, certains considérant qu'ils seraient de gauche (cf lien). Une bonne blague! Pour d'autres, il s'agit de traitres au parti et au vote de la primaire. Mais ça n'empêche pas les désistements de continuer, comme celui de Gérald Darmanin, maire de Tourcoing.

En tout cas, on n'est pas près de s'ennuyer avec Fillon!

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