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Quand Trump agit par coup de sang

Publié le par JoSeseSeko

Le bombardement d'une base aérienne syrienne par les États-Unis, dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 avril, donnerait à penser qu'un tournant tend à s'opérer dans cette guerre de Syrie qui n'en finit pas depuis le printemps 2011. Mais ce tournant pourrait provoquer une escalade, notamment avec la Russie, alors que beaucoup d'observateurs imaginaient volontiers un rapprochement entre Washington et Moscou.

On sait que Donald Trump est un homme pressé d'en découdre dans son mandat présidentiel, mais on n'imaginait pas la manière. Il est clair que le président états-unien a surpris son monde en autorisant des frappes de Tomahawk sur une base aérienne de l'armée syrienne, dans la nuit de jeudi à vendredi. La raison pour laquelle ce coup de sang de la part du locataire de la Maison-Blanche a eu lieu est liée à l'attaque de la ville de Khan Cheikhoun, avec des armes chimiques, et dont le gouvernement de Bachar el-Assad est accusé d'en avoir fait l'utilisation, alors qu'il était censé ne plus en avoir (cf lien n°1). En tout cas, Trump avait menacé d'utiliser la force et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il avait prévenu, même s'il y a quelques jours auparavant, il aurait été tenté de laisser el-Assad au pouvoir, le temps qu'il y ait une transition démocratique et politique.

Assoir son autorité

Maintenant, cette explication laisse entendre que Trump est irrationnel, voire dingue. En vérité, cette volonté d'attaquer est un moyen pour Trump d'assoir son autorité en politique intérieure en agitant la menace extérieure. C'est un procédé usuel que tout chef d'État a du utiliser dans sa vie et Trump n'y échappe pas, espérant pouvoir y trouver un bénéfice politique de court terme puis à faire perdurer (cf lien n°2). Pourquoi se tourner vers la Syrie pour s'affirmer en tant que président des USA? Plusieurs raisons:

  1. Cette opération fait oublier des problèmes intérieurs tels les marches des femmes ou encore les manifestations contre les décrets bannissant des ressortissants issus de pays musulmans ayant mauvaise presse pour la Maison-Blanche - Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen -, qui illustrent une impopularité importante pour l'actuel président états-unien.
  2. Par ces frappes, Trump marque une différence significative avec Barack Obama, qui avait renoncé à intervenir en Syrie en 2013, alors que cette histoire d'utilisation d'armes chimiques posait déjà problème. Du coup, l'ancien président passerait pour un trembleur, notamment au sein de l'industrie de l'armement, tandis que Trump se montrerait plus à l'écoute des militaires et des "faucons" néo-conservateurs, qui veulent voir une armée états-unienne au combat et ainsi relancer le prestige d'un pays fortement critiqué dans le monde.
  3. C'est une démonstration de force à l'égard de certains rivaux asiatiques, en particulier la Chine, l'adversaire numéro 1 de Trump. Et dans ce cas, ce serait plus puéril, dans le sens où ce serait jouer à "celui qui pisse le plus loin" dans la provocation. Et le magnat de l'immobilier se montre particulièrement attentif envers Pékin, agitant la menace d'intervention en Corée du Nord, pour calmer Kim Jong-Un et ses velléités nucléaires.
  4. Enfin, c'est un moyen de montrer au reste du monde que Trump n'est pas un pantin de la Russie de Vladimir Poutine. Ce qui lui permet d'ailleurs de pacifier ses relations avec les services de renseignement. Ces derniers, notamment la CIA, étaient passablement irrités de voir un rapprochement manifeste entre la Maison-Blanche et le Kremlin, alors qu'ils gardent une méfiance à l'égard de Moscou depuis la guerre froide.

Un tournant?

La question qui se pose désormais est celle de l'après. En effet, est-ce que Trump va continuer, intensifier l'intervention US en Syrie avec des troupes au sol? Et surtout, comment vont réagir les alliés du régime de el-Assad? Sur ce dernier point, on peut avoir un élément de réponse avec la critique émise par la Russie à l'Organisation des nations unies (ONU), considérant que les frappes états-unienne sont une "action unilatérale" qui viole la souveraineté de la Syrie, à l'instar de l'Irak lors du déclenchement de cette guerre en 2003. Vu comme ça, il se pourrait bien que les relations entre Washington et Moscou refroidissent. Mais rien n'est évident car selon certains experts, el-Assad devient un allié encombrant pour Poutine et ça ne lui déplairait pas de s'en débarrasser. En tout cas, si tournant il y a, c'est au niveau de l'Union européenne. Cette dernière, notamment en France et en Allemagne, regardait avec un œil circonspect et inquiet l'arrivée de Trump au pouvoir et le comportement de la nuit du 6 au 7 avril semble donner une image plus favorable de Trump dans les hautes sphères gouvernementales de part et d'autre du Rhin.

Mais est-ce que ça change quelque chose sur le terrain des combats? Pas tellement. Depuis plus de six ans, la Syrie est en proie à une guerre civile qui peut potentiellement provoquer une escalade internationale dans la violence. Et l'ONU se montre impuissante à trouver une solution pacifique, en raison du jeu diplomatique de la Russie et des États-Unis. À croire que ce serait eux qui tiendrait le destin du peuple syrien entre leurs mains, alors que l'origine de cette guerre est liée à une volonté de changement politique du régime, aux mains de la famille el-Assad depuis les années 1970. Mais les enjeux économiques (gazoducs, oléoducs) se sont rajoutés au contexte de la politique intérieure, attirant plusieurs pays régionaux (Jordanie, Liban, Arabie Saoudite, Qatar, Iran, Turquie), puis globaux (Chine, Russie, États-Unis, Royaume-Uni, France), rendant inaudible l'opposition démocratique et facilitant le ver des organisations terroristes se posant comme rebelles au régime syrien. Triste époque!

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