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Syrie-Congo: même combat?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: GEORGE OURFALIAN/AFP

Photo: GEORGE OURFALIAN/AFP

Les images et récits des combats dans la ville d'Alep, bientôt reprise par l'armée loyaliste du régime de Bachar el-Assad, indiquent combien la population civile est une proie pour les militaires et l'impuissance de l'Organisation des nations unies à faire respecter le droit international. Mais ce n'est guère nouveau de la part de cette institution née sur les cendres de la Seconde guerre mondiale.

"Impuissance". Voilà le mot qui est le plus employé au sujet des affrontements dans la ville d'Alep, deuxième ville la plus peuplée de Syrie, sur le point d'être reprise par l'armée syrienne, ce mardi 13 décembre, après près d'un mois de combats face aux troupes rebelles. Une impuissance politique face aux exactions envers les civils, vivant dans une atmosphère apocalyptique face aux tirs envoyés par les camps qui s'opposent dans chaque quartier de la ville. D'ailleurs, les citoyens d'Alep, ne pouvant être en mesure de quitter la ville, estiment que la faucheuse ne va pas tarder à frapper à leur porte (cf lien n°1); témoignant l'impuissance de l'Organisation des nations unies (ONU) à envoyer des convois humanitaires (nourriture, vêtements, draps) dans la seconde ville de Syrie et des politiciens en général. Pour preuve, trois députés français - Cécile Duflot (EELV), Patrick Menucci (PS), Hervé Mariton (LR) - qui voulaient atteindre Alep avec le maire de la commune, ont été stoppés à la frontière turque, lundi 12 décembre.

Lutte de factions

Cette tragédie d'Alep (cf lien n°2) met en lumière la lutte de factions qui paralyse l'ONU, vu le caractère géopolitique et économique du conflit syrien, qui dure depuis cinq ans. La reprise imminente d'Alep serait un renforcement pour le président syrien Bachar el-Assad, appuyé par l'Iran et la Russie. Cette dernière, avec son président Vladimir Poutine, est revenue au centre du jeu diplomatique au fil de l'enlisement du conflit syrien, se permettant d'envoyer des avions bombardant largement des zones contrôlées par des forces rebelles et par l'État islamique (EI), même si ça reste fortement débattu sur ce dernier point. Toujours est-il que l'intervention de Moscou a sauvé le régime de Damas, lui redonnant un second souffle, afin de peser dans les négociations pour stopper la guerre (cf lien n°3), alors que les États-Unis tergiversaient à propos d'une intervention militaire, le traumatisme de la guerre en Irak de 2003 restant vivace car ayant fait naître l'EI de cet enfer.

Et comme le Kremlin a su se rendre incontournable, il peut envisager avec sérénité des positions qui évoluent de manière favorable dans des pays avec lesquels il était en froid, tels les États-Unis ou la France. L'élection de Donald Trump outre-Atlantique et la position de favori François Fillon pour la présidentielle hexagonale donnent des perspectives positives pour Poutine et ses alliés, pouvant attendre de manière plus sereine la suite des événements.

Une inertie générale de l'ONU?

Le comportement inerte de l'ONU à l'égard de la situation syrienne, et de sanctions à appliquer envers les belligérants, suscite de l'indignation pour des citoyens sensibles au respect des populations civiles, mais ce n'est pas la première fois que cette instance internationale se montre défaillante, au moment même où le Sud-coréen Ban Ki-moon va terminer son mandat de Secrétaire général des Nations unies le 31 décembre et que le Portugais António Guterres prendra sa place, le 1er janvier prochain. Par exemple, la situation de la minorité musulmane en Birmanie, les Rohingyas, est qualifiée de "nettoyage ethnique" par un représentant de l'ONU au Bangladesh. Mais Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, ancienne opposante politique devenue ministre des Affaires étrangères, remet en cause ces critiques de la communauté internationale et considère que cette dernière nourrit les "feux du ressentiment", à ce sujet. En tout cas, pas de sanctions prévues. La situation est même pire en République Démocratique du Congo (RDC), où les exactions sont continues envers les civils dans l'est du pays, notamment l'utilisation du viol comme arme de guerre par les différents groupes armés, alors que l'ONU y déploie sa plus grande mission de maintien de la paix (Monusco), avec plus de 20.000 hommes mobilisés, presque tous des militaires, et ce depuis 1999. En plus, des soldats de cette mission sont également accusés de violer des femmes congolaises. Le tout avec le président Joseph Kabila qui se maintient au pouvoir en violant la Constitution car son mandat est sensé s'achever le 19 décembre prochain, mais la prochaine élection présidentielle aurait lieu en... avril 2018.

Bref, pas de quoi être surpris par l'inertie du "machin", comme ironisait à ce sujet Charles De Gaulle. Mais ça tient à ses fondations. Née à la fin de la Seconde guerre mondiale, l'ONU donne un pouvoir (droit de veto) à cinq pays membres, considérés comme les vainqueurs de 39-45 (États-Unis, Russie s'appelant URSS à l'époque, Grande-Bretagne, Chine, France). Cette institution marque aussitôt la guerre froide entre états-uniens et soviétiques, avec des conséquences dramatiques au moment de la vague de décolonisation des années 1950-1960. L'indépendance du Congo-Zaïre de 1960 est symbolique car le Premier ministre, Patrice Lumumba, appela l'ONU à l'aide pour consolider l'unité de l'ex-colonie belge, face à la sécession de Moïse Tshombé, gouverneur du Katanga et vendu aux intérêts belges. L'instance ne répondant pas, Lumumba fit appel à Moscou, ce qui inquiéta Washington, cherchant des personnalités locales à soudoyer pour éliminer Lumumba. Ce qui se fit via le rôle d'un certain Joseph-Désiré Mobutu, qui gouvernera le pays de 1965 à 1997.

Des causes économiques

La question à se poser désormais est: comment en est-on arrivé là? Tant en Syrie qu'en RDC, c'est au niveau de l'économie que des explications se trouvent. Du côté de Damas, c'est la construction d'un gazoduc qui a soulevé des tensions comme source du conflit. Le Qatar envisageait un gazoduc traversant l'Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie, à destination de la Turquie, permettant alors à l'Europe de réduire sa dépendance au gaz russe et au Qatar de ne pas exporter à travers le détroit d'Ormuz, sous contrôle iranien. Or, el-Assad, allié à la Russie, proposait un gazoduc à travers l'Iran et l'Irak, sans passer par la Turquie (cf vidéo ci-dessous).

Même chose en RDC, avec des minerais présents notamment à l'est, près des frontières avec le Rwanda et l'Ouganda (pétrole, or, cobalt, bauxite, coltan, etc.). C'est ce qui fait que le Congo-Zaïre est la grande victime du génocide rwandais de 1994 car des réfugiés tutsis et des génocidaires hutus se sont cachés dans la forêt, appuyant la rébellion contre Mobutu, menée par Laurent-Désiré Kabila, et quand ce dernier ne voulait pas s'inféoder aux volontés des rwandais et des ougandais, ceux-ci en profitaient pour piller à cœur joie le pays. Donc, quand on raconte que le Rwanda est exportateur de coltan, un matériau capital dans la fabrication des smartphones et des PC, c'est d'abord lié au pillage du sous-sol congo-zaïrois. Et les multinationales occidentales se frottent les mains car le coût d'extraction devient faible pour un produit final vendu extrêmement cher sur les marchés avancés. En bref, "un Congo faible et mal dirigé arrange tout le monde" (cf lien n°4).

Voilà comment ça se passe dans le monde, si on prend le temps de lever la tête et de réfléchir, un tant soit peu.

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recuperar dados 21/12/2016 10:07

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