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Victoire étriquée de Macron

Publié le par JoSeseSeko

Photo: PATRICK KOVARIK / AFP

Photo: PATRICK KOVARIK / AFP

La victoire d'Emmanuel Macron, avec 66,1% des suffrages exprimés, parait être forte, mais masque mal une profonde détestation du nouveau monarque républicain, que les mass media ont porté au pouvoir et dont il n'est pas dit qu'il aura une majorité à l'issue des législatives.

La fièvre électorale de ces derniers jours peut désormais tomber. Emmanuel Macron est sorti vainqueur du second tour de l'élection présidentielle, avec 66,1% des voix face à Marine Le Pen, candidate du Front national, avec 33,9% des voix. Ce qui fait de Macron, 39 ans, le plus jeune président élu de l'histoire de la Ve République, explosant le précédent record de précocité détenu par Valéry Giscard d'Estaing (48 ans). Du coup, le camp du vainqueur fanfaronne, laissant entendre que les électeurs auraient adhéré au programme du nouveau président, alors qu'en vérité, c'était surtout un "barrage contre le FN". D'ailleurs, cette idée de faire barrage n'a pas convaincu plusieurs millions d'électeurs qui ont soit préféré s'abstenir (plus de 12 millions, soit 25,44% d'abstention, une première depuis 1969!), soit préféré voter blanc ou nul (plus de 4 millions, soit 8,56% des inscrits) (cf lien n°1).

Victoire des mass media

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'élection de Macron, plus la présence de Le Pen au second tour, est une victoire pour les mass media. Ces derniers, avec leurs éditorialistes, ont fait monter en épingle Le Pen, en faisant un épouvantail sur les cinq dernières années régulièrement exposé au niveau médiatique car le FN est un bon client, source d'audience. Rajoutez à cela Macron, le chouchou des mass media bouffant à tous les râteliers, et vous obtenez les deux mamelles d'une France volontairement droitisée, par un processus d'aliénation on ne peut plus classique.

Mais cette victoire est une victoire à la Pyrrhus. Le cumul de l'abstention et des votes blancs/nuls donne 34% des électeurs qui n'ont pas voulu ni de Le Pen, ni de Macron au second tour, en dépit des injonctions culpabilisantes des éditorialistes, faisant passer l'abstentionniste pour l'âne avouant sa petite erreur et "à ces mots, on cria haro sur le baudet" dans Les Animaux malades de la Peste de Jean de La Fontaine. Sans compter la sulfateuse sortie suite à la tribune de François Ruffin, directeur du journal Fakir, publiée dans Le Monde (cf lien n°2). Et en réalité, le candidat d'En Marche obtient 43,63% des électeurs inscrits sur les listes électorales. Si les mass media étaient bien sérieux, ils devraient parler d'un camouflet, tellement le futur président clive aux yeux des Français, avec une ligne (sociale-)libérale datée du 18e siècle, avec une défense d'un "euro fort" lors du simulacre de débat d'entre-deux-tours qui résonne avec la politique du "franc fort" des années 1980 et 1990, avec les piètres résultats économiques que ça a donné pour la France, comparativement à l'Allemagne, posée comme référence absolue par les dominants, ces dernières années.

Majorité ou cohabitation?

Dans un mois vont avoir lieu les élections législatives. D'habitude, notamment depuis que le mandat présidentiel est passé à cinq ans (contre sept auparavant), les législatives confirment le vainqueur de la présidentielle. Mais étant donné que le vainqueur de la présidentielle n'est pas issu d'un des partis de gouvernement (Parti socialiste, les Républicains) de la Ve république, le schéma est inédit. Il serait facile de dire pour les éditorialistes que Macron bénéficiera d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Du moins, ils le souhaitent volontiers et veulent faire passer le message.

Sera-t-il entendu par les électeurs? Pas sûr car déjà, la droite, autour de LR et des centristes de l'Union des démocrates et indépendants, entend bien gagner les législatives et ainsi, imposer une cohabitation à Macron. Ce qui est parfaitement envisageable comme scénario. Et ce, d'autant plus si le FN obtient, de son côté, une cinquantaine de sièges, tout comme la France insoumise, si cette dernière, avec Jean-Luc Mélenchon, arrive à s'accorder avec le Parti communiste, Europe écologie-les Verts et ce qui reste du PS, de manière à ce que la gauche française puisse rebondir tout en faisant son examen de conscience.

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