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Un rebond nécessaire à gauche

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP/FRANCEINFO

Photo: AFP/FRANCEINFO

La gauche française connaît sa deuxième élimination de la présidentielle en 15 ans, en dépit du score de Jean-Luc Mélenchon, qui pousse à une recomposition historique. Encore faut-il qu'il y ait un examen de conscience pour rebondir et être pleinement efficace pour les élections législatives qui doivent bloquer la personne qui succèdera à François Hollande à l'Élysée.

Depuis le 23 avril au soir, la gauche française semble être encore groggy. Le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n'emballe pas du tout les électeurs. Certains, la mort dans l'âme, voteront pour le candidat d'En Marche pour "faire barrage au Front national". D'autres sont tentés par l'abstention ou le vote blanc, tellement c'est au-dessus de leurs forces. D'autant plus qu'ils ont en bonne partie voté pour Mélenchon, obligé de jouer le faiseur de roi. Mais tel l'âne de la fable Les animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine: "À ces mots, on cria haro sur le baudet". Très bon moyen d'augmenter le nombre d'abstentionnistes potentiels. Puis Macron lui-même est mené dans la bataille médiatique et symbolique par Le Pen, avec pour sinistre exemple la visite de l'usine Whirpool à Amiens, mercredi 26 avril. Le candidat centriste, sorti en tête au premier tour, se fait court-circuiter par la candidate d'extrême-droite au lieu d'avoir pleinement l'initiative, puis avec l'histoire de la soirée à La Rotonde, ça laisse entendre qu'il aurait course gagnée. À l'instar d'Aimé Jacquet envers Robert Pirès en 1998, on voudrait lui dire ceci: "Muscle ton jeu Emmanuel! Si tu ne muscles pas ton jeu, fais attention! Je t'assure, tu vas voir. Tu vas avoir de graves déconvenues".

Une recomposition

Revenons sur l'essentiel. Le premier tour de l'élection présidentielle a fourni comme enseignement une recomposition historique pour la gauche française. Pour la première fois depuis 1978, le Parti socialiste (PS) n'est plus hégémonie dans cette partie de l'échiquier politique. C'est la traduction concrète d'un phénomène de pasokisation du PS qui, à l'instar de son homologue grec, le Pasok, a mené une politique sociale-libérale, contraire au mandat que lui avait accordé l'électorat, permettant l'essor de Syriza, avant que ce parti ne capitule durant l'été 2015. Et l'ironie du sort veut que ce soit Mélenchon, ancien membre du PS, qui renverse ce rapport de force en sa faveur et à celle du mouvement qui l'a soutenu, à savoir la France insoumise, et ce avec 19,58% des voix. Du jamais vu du côté de la gauche radicale depuis l'élection présidentielle de 1969, qui était somme toute également inédite à l'époque. C'est un signal fort d'une volonté de changement que des millions d'électeurs ont tenu à exprimer.

Mais l'heure est à la préparation des élections législatives de juin prochain. Jusqu'à présent, il était prévu que dans certaines circonscriptions, il y ait à la fois un candidat insoumis, un candidat écologiste, un candidat communiste et un candidat socialiste. De quoi se tirer une balle dans le pied! Et comme certains militants/sympathisants FI et PS se renvoient la responsabilité de l'échec de la gauche à ne pas avoir su s'unir, ça promet de voir une nouvelle catastrophe en juin. Or, l'idée d'une coalition rouge-rose-verte - sans oublier les trotskystes de Lutte ouvrière et du Nouveau parti anticapitaliste -, n'est pas si impossible que ça car il existe un socle commun de propositions (VIe République, abrogation de la loi travail, importance donnée aux énergies renouvelables, police de proximité, harmonisation fiscale dans l'Union européenne, droit de vote des étrangers aux élections locales, etc.), même s'il existe des nuances entre eux, il ne faut pas non plus le nier. Mais l'heure est trop grave pour chipoter. En outre, comme certains membres de la FI ou du Parti communiste le notent, il y a possibilité de se battre au second tour dans 451 circonscriptions, en fonction du score de Mélenchon au premier tour et du pourcentage d'électeurs inscrits (seuil de 12,5%), avec donc d'éventuelles triangulaires. Sur 577 sièges, ça permettrait un bloc bien puissant dans la future Assemblée nationale pour rendre l'équation impossible pour le successeur ou la successeuse de Hollande au palais de l'Élysée. Encore faut-il gagner.

Examen de conscience

Le quinquennat qui s'achève n'aura nullement épargné la gauche française. Y compris sous l'angle du racisme. C'est sous ce mandat que les violences policières ont pris de l'importance, que les contrôles au faciès se sont intensifiés, révélant un racisme institutionnel qui échappait aux radars de la réflexion critique, car la gauche s'est cantonnée à l'antiracisme "moral" et à considérer que c'est un sujet sociétal, comme l'indique le journaliste Kévin Boucaud-Victoire, dans son livre La guerre des gauches, paru le 7 avril dernier. Ceci dit, l'auteur ne va pas loin, semblant ignorer le concept de fraternalisme qui traverse la gauche dans sa globalité, et qui lui permet de s'entendre avec la droite, soit dit en passant. Des exemples? La défense de l'exposition ExhibitB du Sud-africain Brett Bailey en novembre-décembre 2014 par plusieurs partis de gauche radicale, dont le Parti de gauche fondé par Mélenchon. La convergence avec la droite pour vouloir dénoncer le burkini et le camp d'été décolonial durant l'été 2016 sont dans le passif. L'impossibilité à pouvoir s'entendre, se réconcilier avec des mouvements issus de l'antiracisme "politique", qui insufflent une dynamique intersectionnelle, de manière à ce que les luttes féministes, les luttes antiracistes et la lutte des classes suivent un même pas au lieu de se marcher dessus. Et comme ça, ça évitera d'accuser ces antiracistes "politiques" de "faire le jeu du FN", comme ils ont été affublés ces dernières années.

Bref, une relecture d'Aimé Césaire, le pourfendeur du fraternalisme, ne serait pas de trop pour que la gauche fasse son examen de conscience et qu'elle soit également convaincante auprès d'un prolétariat non-blanc, vivant dans les banlieues, qui semble d'être davantage abstenu au premier tour de l'élection présidentielle.

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