Le Mainstream pollue l'enseignement de l'économie

Publié le par JoSeseSeko

Le Mainstream pollue l'enseignement de l'économie

Avec le remaniement, qui a porté Benoit Hamon, figure (de plue en plus erronée avec le temps) de l'aile gauche du Parti socialiste, à un grand ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, certains enseignants-chercheurs en profitent pour vouloir se faire entendre, pour qu'il y ait un enseignement à revoir.

Il s'agit en ce moment d'enseignants en économie, science ô combien critiquée depuis le début de la crise, qui montre les failles d'une pensée économique néo-libérale, qui se trompe même dans ses calculs, mais qui reste présente dans les cercles de pouvoir et encore davantage dans l'enseignement universitaire. La preuve en est, l'Association française d'économie politique (AFEP), dans un article paru dans Le Monde, indique qu'entre 2000 et 2011, les nouveaux professeurs d'économie étaient pour une écrasante majorité (84,2%) dans une approche mathématique, statistique, quantitativiste. Bref, des suppôts du "mainstream" économique, qui ne jure que par la rationalité parfaite, la libre concurrence et qui fait mine d'ignorer la lutte des classes. Rares étaient ceux qui avaient une approche de la pensée économique qui comprenait des aspects sociaux (10,5%) ou qui étaient historiens de la pensée économique (5,3%), considérés ainsi comme des hétérodoxes, comme le montre le graphique suivant:

Du coup, la proportion de profs hétérodoxes a fondu comme neige au soleil, passant de 18% de promus entre 2000 et 2005, à 5% depuis 2006, transformant les économistes hétérodoxes en une espèce en voie de disparition. Du coup, on assiste au triomphe de la pensée "mainstream", telle que pouvait le rêver un Milton Friedman et ses "Chicago boys", depuis la prise de pouvoir dogmatique de la pensée néo-libérale dans les années 1970. Ça signe une mise à mort de la pensée économique, "un appauvrissement de la pensée, une réduction à une seule vision de l'économie, très théorique, qui n'a, notamment, pas été capable de prévoir ni d'expliquer la crise actuelle !", estime Nicolas Postel, de l'AFEP.

Pourtant, la résistance s'organise. Des collectifs tels les Économistes attérrés, ou encore Pour un enseignement pluraliste en économie, ce dernier étant composé d'étudiants ou d'anciens étudiants en économie, qui tiennent à défendre une méthode alternative d'enseignement de l'économie, avec une volonté de renforcer la place de cours tels l'Histoire de la pensée économique face aux mathématiques par exemple.

Pour finir, je tiens à apporter mon expérience personnelle. Avec un stage de fin d'études, je suis entrain de finir 5 ans d'études en économie à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Étant dans une université où il y a une belle présence d'économistes hétérodoxes, il y a plusieurs choses qui me viennent à l'esprit pour les partager avec vous, chers lecteurs.

  1. La place des mathématiques, des statistiques, de la macroéconomie, de la microéconomie, en licence notamment, est juste digne d'un bourrage de crâne, pour mieux aliéner les esprits.
  2. Des cours d'Histoire de la pensée économique, où il y aurait possibilité de connaitre des alternatives, crédibilisées avec la crise actuelle, sont marginalisés, encore plus par les étudiants eux-mêmes.
  3. La question de cours d'épistomologie, d'interconnexion avec le droit, la sociologie, l'histoire est absente (ou peu valorisée) dans les programmes de licence ou de master. Tout comme des branches de la science économique comme l'économie du développement ou l'économie de l'environnement, assez récentes, mais gênantes pour l'orthodoxie car elles ont des caractéristiques moins court-termistes.
  4. L'ultra-domination du "mainstream" laisse penser à un horizon professionnel bouché si on adopte un comportement de mouton gâleux.
  5. On a eu bien du mal à mettre en relation les modèles dominants avec les faits économiques, d'où un problème de pertinence, de richesse de pensée.

J'espère que la réflexion aboutira à un renforcement de l'hétérodoxie économique, sinon c'est toute la pensée économique qui sera envoyée à la guillotine.

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U. N Minédipiù 04/04/2015 11:43

Un an après la parution de votre article, où en sommes nous ?

L'ex-Ministre des Université avait annoncé il y a quelques mois sa quasi-acceptation de la création d'une seconde section d'économie du CNU (organisme à la fois élu et nommé jouant un rôle fondamental dans le recrutement des enseignants du supérieur (section qui certes n'était pas la panacée mais aurait permis néanmoins d'ouvrir les recrutements aux hétérodoxes.
Sous la pression du dernier "Pseudo Prix Nobel" et de certains de ses amis du mainstream et en, accord avec Mme la Ministre de l'Education, Mme Fioraso a abandonné cette proposition !
Quant au concours d'Agrégation du supérieur existant en Droit, Economie, Gestion... presque plus de voix s'élèvent pour réclamer l'abandon de cette pratique féodale et infantilisante...

L'horizon reste sombre pour les hétérodoxes !!!
Le combat reste rude....

U. N. Minédipiù
http://le-journal-de-minedipiu.blogspot.fr/