Le spectre de l'islamo-gauchisme en France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Une sortie médiatique de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, sur la question de l'islamo-gauchisme dans le monde de la recherche suscite des débats houleux, notamment à gauche, à l'heure où le projet de loi séparatisme est passé à l'Assemblée nationale, avec une gauche ne sachant pas trop s'y opposer, en fin de compte.

Un spectre hante la France: le spectre de l'islamo-gauchisme. Cette boutade détournant l'incipit du Manifeste du parti communiste de Karl Marx et de Friedrich Engels permet de donner une idée de la panique intellectuelle et du vide en matière de réflexion politique, dans un contexte de crise sanitaire transformée en crise économique depuis un an, illustrant la nature mortifère du capitalisme à abattre. Et c'est la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, qui a allumé la mèche en déclarant sur CNews, chaine de droite extrême (ou d'extrême-droite, c'est selon) que l'islamo-gauchisme "gangrène" la société, et notamment l'université, précisant par la suite, devant l'Assemblée nationale, qu'il y ait un bilan à tirer sur les recherches "qui sont produites dans notre pays" (cf lien n°1). De quoi faire voir tout rouge la Conférence des présidents d'université, ainsi que le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui tous deux renvoient dans les cordes leur ministre de tutelle dans des communiqués faisant office de réponse cinglante, considérant que le gouvernement fait dans la confusion avec cette "pseudo-notion", issue de l'extrême-droite, et qu'il y a une instrumentalisation politique de la science sur la question de la race et du racisme (cf liens n°2, n°3). En tout cas, la ministre n'a pas pour priorité la dégradation des conditions matérielles d'existence des étudiants sur l'année écoulée.

Impensé fraternaliste

Mais quelque part, les réactions autour de cette sortie ministérielle, notamment à gauche, montrent combien il y a un impensé fraternaliste profond dans cette partie de l'échiquier politique, qui la rapproche du paternalisme de la droite. Et ce n'est pas quelque chose de nouveau. Aimé Césaire le dénonça au moment de quitter le Parti communiste français en 1956, tant le PCF stalinien de l'époque épousait une ligne bourgeoise sur la supériorité de l'Occident et son corollaire, le dédain envers les civilisations non-occidentales et que le communiste blanc, occidental, "un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès". Et ça reste ancré à gauche, notamment quand il s'agit de parler de l'islam, notamment sous l'angle du voile, ou de ne pas s'opposer à la chasse aux sorcières dans la recherche concernant les pensées post-coloniales, décoloniales, et leurs auteurs, en bonne partie non-blancs, qui sont largement déconsidérés par leurs homologues plus conventionnels (pensées à l'historien Gérard Noiriel ou au sociologue Stéphane Beaud, cf lien n°4), ces derniers vivant dans le déni du racisme institutionnel, pourtant fondamentalement imbriqué dans le capitalisme depuis l'esclavage négrier (fin XVe-fin XIXe siècle, cf lien n°5). Sans oublier certains journalistes comme du côté du journal Marianne, qui sont du genre à rester en surface ou à s'étrangler si jamais ça parle d'islamophobie, mais ce n'est pas nouveau.

Autre manifestation de cet impensé fraternaliste, c'est l'examen du projet de loi séparatisme à l'Assemblée nationale, voté en première lecture le 16 février. Et notamment une série d'articles visant, in fine, à un contrôle des associations, quelles qu'elles soient, et non pas uniquement les associations cultuelles (cf lien n°6). Il est effarant de voir du côté du Parti socialiste, un seul député voter contre et tous les 28 autres s'abstenir, que du côté du Parti communiste, seulement sept députés sur 16 ont voté contre quand huit autres se sont abstenus et qu'un député a voté carrément pour. En tout cas, envers les abstentionnistes, qui ne dit pas mot consent et quelque part, la France insoumise sauve quelque peu l'honneur vu que tous les 17 députés ont voté contre. Dans le cas du PC, les abstentionnistes ont été notamment l'ancienne secrétaire générale du parti (Marie-George Buffet), le président du groupe communiste au Palais Bourbon (André Chassaigne) et l'actuel secrétaire général du parti (Fabien Roussel). C'est pas demain la veille que le PC sortira de sa marginalisation et saura de nouveau convaincre un prolétariat pour le moins multicolore, multiforme, en agissant de la sorte.

Ça promet d'être saignant pour 2022!

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