Glorieux 1er juin

Publié le par JoSeseSeko

Glorieux 1er juin

En ce 1er juin 2014 (13 prairial an CCXXII si on respecte le calendrier républicain), il est fort bon de revenir sur une bataille navale pas forcément connue de nos jours, qui eut lieu dans l'Atlantique, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes d'Ouessant.

Durant les guerres de la Révolution française, puis du 1er Empire, on évoque beaucoup les batailles terrestres, puisqu'elles ont été souvent victorieuses. Les batailles navales sont évitées car il est vrai que la marine française a subi des échecs cuisants, comme Aboukir en 1798 ou Trafalgar en 1805. Néanmoins, cela n'a pas toujours été le cas.

En effet, on peut considérer, sous certains points, que la première bataille navale de la France révolutionnaire contre la Royal navy britannique, le Combat du 13 prairial an II (1er juin 1794) est une victoire française. La seule durant la Révolution française, d'ailleurs. Néanmoins, au point de vue strictement militaire, il est admis que cette bataille soit une victoire anglaise et puis il faut rappeler des éléments de contexte au sujet de la marine française.

Tout comme l'armée de terre, les officiers de la marine étaient exclusivement des nobles au moment de 1789. Les soubresauts partant de Paris, puis se propageant ensuite, ont forcé les nobles à émigrer, ne pouvant tolérer les changements qui s'opérèrent. Du coup, la marine s'est retrouvée quasiment sans officier talentueux et surtout expérimenté, même si la conception des navires français était de meilleure qualité que celle des navires british (ce qu'on n'a jamais dit assez à ce sujet), notamment au moment de la guerre d'indépendance états-unienne. Ce désavantage en matière d'expérience et de compétence maritime du côté français fut aggravé en 1792-1793, lorsque certains amiraux monarchistes ont livré leur flotte à l'ennemi britannique ou qu'ils ont été envoyés à la guillotine. Exemple tragique: les amiraux Chausse-Gros et Trogoff livrèrent leur flotte et la ville de Toulon aux coalisés (notamment anglais) en août 1793, et à la fin du siège de Toulon, en décembre 1793 (où le capitaine Napoleone Buonaparte, en francisant, ça donne Napoléon Bonaparte, s'est illustré), une majeure partie de la flotte française fut détruite par les britanniques du commodore Sidney Smith; le solde servant désormais la Royal navy.

Le contexte du combat du 13 prairial est plus particulier. Comme la France républicaine est en guerre contre ses voisins, elle s'est tournée vers les États-Unis pour échanger. La jeune république avait besoin de vivres, notamment à l'ouest, pour apaiser les esprits suite à la guerre de Vendée, cette guerre civile menaçant la République en 1793. Les états-uniens ont accepté de rendre service, en mémoire du soutien français durant leur indépendance. Du coup, un convoi de plusieurs centaines de navires, commandé par l'amiral Van Stabel, quitta la Virginie en mai 1794, pour rejoindre Brest. Or l'amiral britannique Richard Howe attendait ce convoi pour le détruire. Alors, le contre-amiral Louis Villaret de Joyeuse dut organiser avec une flotte de 25 navires de ligne une diversion, de telle manière à ce que Howe n'attaque pas le convoi. Ce qui se passa en effet. Le combat dura toute la journée du 1er juin 1794, Howe arrivant à séparer la ligne d'attaque française en capturant sept navires, dont le Vengeur du peuple, qui commença à couler à la fin de la bataille et la presse française relaya énormément le patriotisme des marins du Vengeur, criant "Vive la Patrie, vive la République" et chantant la Marseillaise. Donc, tout porte à croire que ce fut une victoire britannique puisque les pertes furent moins élevées du côté british que du côté français. Mais d'une part, Villaret de Joyeuse avait davantage de navires aptes à continuer le combat que Howe, et il fut reproché au contre-amiral de ne pas avoir pu complètement saisir l'avantage, mais il se défendit par rapport au manque de discipline des capitaines de vaisseau, ces derniers n'ayant pas suivi les ordres au pied de la lettre; et d'autre part, le convoi menacé put arriver sans encombre à Brest. En tout cas, les presses britannique et française revendiquèrent la victoire et comme je l'ai dit avant, on peut estimer que ce fut une victoire française car par la suite, l'inexpérience des conscrits, l'envoi de certains officiers à la guillotine ont renforcé la domination de la Royal navy durant la période révolutionnaire et impériale, la France ne mettant plus les moyens de lutter contre. Or, celui qui contrôle la mer, contrôle le commerce, et asphyxie son ennemi terrestre.

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