Borloo veut électrifier l'Afrique? Mais qu'il dégage!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: LP/Olivier Corsan

Photo: LP/Olivier Corsan

À la tête d'une fondation pour l'énergie en Afrique, Jean-Louis Borloo tient à présenter son projet pour fournir l'Afrique en électricité, auprès des décideurs politiques.

Même s'il n'est plus dans la vie politique française, il en gravite autour pour influencer le pouvoir en place. Jean-Louis Borloo, ancien ministre de l'Environnement durant la présidence de Nicolas Sarkozy, dépeint comme poivrot par Les Guignols de l'info, a présenté mardi 3 mars, à Paris, sa fondation pour l'énergie en Afrique. Il veut que l'Afrique soit fournie en électricité dans sa globalité dans les 10 prochaines années, avec 50 milliards d'euros à lancer dès 2015, 200 autres nécessaires arrivant dans la période.

Présentation d'intérêts français

Sa présentation a eu lieu pas loin du palais de l'Elysée, ce qui a permis au président François Hollande de passer voir un "adversaire" politique (je mets entre guillemets car comme l'écrit Le Parisien dans son édition du mercredi 4 mars, il y avait un "œcuménisme politique" du côté des invités de cette conférence, allant des conservateurs aux écologistes, en passant par les socialistes), et de saluer sa démarche fort utile, vu qu'en fin d'année, le Sommet international sur le climat aura lieu à Paris.

Mais c'est bien plus utile pour les intérêts français et occidentaux. En effet, Borloo le répète à l'envie dans les médias, comme dans Le Monde Afrique, une extension en ligne du quotidien sur le continent (voir lien ci-dessous): "l'électrification de l'Afrique, c'est 3% de croissance pour l'Europe." Pour un continent proche de la récession, c'est un argument qui peut faire mouche au sein des décideurs politiques et économiques. Et comme l'Afrique est en partie francophone, ce "plan Marshall" pour l'électricité en Afrique serait un nouveau débouché extra pour les firmes françaises dans l'électricité, à savoir EDF et Areva. Cette dernière en aurait bien besoin, vu son bilan catastrophique en 2014.

Néo-colonialisme (à peine) masqué

À ceux qui l'accusent de promouvoir une entreprise néo-coloniale, car conscient (comme l'ensemble des institutions "internationales") du potentiel de croissance du continent berceau de l'Humanité, Jean-Louis Borloo s'en défend, évoquant un contrôle organisé par des institutions africaines, dirigées par des africains. Néanmoins, il a glissé un aveu comme quoi des dirigeants africains l'auraient invité, pour ne pas dire incité, à faire cette démarche. C'est signe de la soumission de certains auprès des pays développés et qu'ils sont bel et bien les boulets de l'Afrique!

Projets africains en cours

Puis, surtout, ce qu'il faut dire (et je suis là pour ça!), c'est que l'Afrique n'a pas attendu Borloo (encore heureux!), pour mener des projets d'investissements dans l'électricité. Et même, des projets entre pays africains se développent. Un exemple? Celui du Congo-Zaïre et de l'Afrique du Sud. Les gouvernements respectifs ont signé un accord en 2013, ratifié l'année dernière chacun de leur côté, au sujet de la construction du barrage Inga 3, sur le fleuve Congo. Coût estimé à 100 milliards de dollars (90,4 milliards d'euros) selon l'agence Bloomberg, qui en a fait un article en août 2014, et le projet doit durer jusqu'en 2025-2030.

S'il est mené à bien, 60% de la population congo-zaïroise (contre 10% aujourd'hui) pourrait être fournie en électricité grâce au barrage hydroélectrique Inga 3, lequel pouvant de l'électricité en Zambie et dans une partie de l'Afrique du Sud. Ce qui confirmerait des avis d'économistes du développement parlant du potentiel de l'hydroélectricité dans l'ex-Zaïre, qui suffirait à fournir le continent tout entier, voire l'Europe du Sud, par ce seul pays. Ça semble bien exagéré mais cela montre combien l'enjeu de l'électricité est capital pour les pays occidentaux, mais aussi pour les pays africains, à condition que leurs dirigeants ne se laissent pas berner par leurs homologues européens et nord-américains. Et ça, c'est loin d'être une évidence, tant l'Afrique, notamment francophone, représente un vestige de puissance française!

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R
Je viens de voir un reportage sur la Fondation Borloo sur France 2...
Même si l'intention parait louable, quand arrêterons nous de prendre les Africains pour de grands enfants?
Ou plutôt comprendrons nous un jour que nos relents paternalistes sont totalement dépassés.
Un vrai partenariat sur un pied d'égalité verra-t-il le jour ? rien n'est moins sur.

Marre des bons blancs qui vont dans les villages en 4x4 porter la bonne parole.
Et rigolo de voir ceux-ci revenir dans un village 5 ans après et s'étonner que l'électricité solaire qu'ils ont installés initialement pour l'école se retrouve dans la maison du chef de village ! bref c'est l'humanitaire tel qu'on le pratique depuis 30 ans et qui ne marche pas.
Qui ne marche pas et qui de plus est humiliant pour le continent, dans sa démarche.

En fait cela commence dans nos écoles... Mes enfants n'apprennent de l'Afrique que les Famines, les guerres et la pauvreté !
J'ai moi même habité et travaillé aux 4 coins de l'Afrique pendant 10 ans et franchement j'avoue que j'ai bien plus reçu qu'apporté, même si j'ai effectivement construit des puits, des écoles, des dispensaires,...

Les Africains ne nous ont pas attendus pour s'organiser, et de façon bien plus structurée et rationnelle que nous ne le laissons paraître dans nos manuels scolaires et nos reportages télés condescendants sur ce continent. Et même que nous.

Donc soyons honnêtes : soit nous sommes intéressés économiquement et disons le clairement en initiant des partenariats dans ce sens, soit nous avons une démarche désintéressée alors descendons de notre tour d'ivoire et restons humbles.

Dans les 2 cas arrêtons de nous prendre pour le centre du monde, détenteur d'une vérité que nous vendons comme universelle.

Voilà, c'était mon coup de gueule, et je reste malgré tout très optimiste sur l'avenir de ce continent car les choses bougent, sans nous, et nous ne le voyons pas.
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O
Donc sur la base d'une suspicion que ce plan bénéficierait à l'industrie française, il faut le rejeter? Quand on voit comme moi la réalité des produits utilisés pour les projets d’électrification en Afrique, il est clair que la part de marché de la France est de plus en plus faible face aux produits en provenance d'Inde, de Chine ou même d'Afrique du Sud. Il y a encore une position de la France dans l’électrification en grande partie due au fait que dans la plupart des pays francophones les spécifications techniques sont calquées sur celles d'EDF et donc favorisent les fournisseurs d'EDF qui sont pour la plupart des fabricants français.
Quand, comme je le fais par exemple pour faire accepter des supports bois d'origine Afrique du Sud, lorsqu'on essaie de faire ouvrir les cahiers des charges, on se heurte à des résistances et des inerties invraisemblables de la part de ceux qui pourtant devraient favoriser le commerce interafricain, mais dont la résistance au changement est formidable pour des motifs dont je me demande s'ils sont toujours avouables.
Quant à l’électrification de la RDC et l'extension d'INGA, on aimerait bien partager votre foi en la capacité du Congo et de l'Afrique du Sud de la réaliser dans des délais corrects, malheureusement quand on voit l’état ou est arrivé ESKOM en Afrique du Sud et l’état de ses finances, on peut difficilement être optimiste.
Vous semblez faire votre miel de la posture anti-Française qui doit vous attirer des suiveurs bien calés dans leurs certitudes confortables; il est moins confortable mais plus utile de faire face à la réalité et d'essayer d’améliorer les choses comme le fait M. Borloo...
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Y
Les pays vautours comme la France autorisent leurs patrons à bafouer leur propre légalité.
Un patron français est autorisé à NE PAS respecter les LOIS SOCIALES françaises en DIVISANT PAR 20 les normes LEGALES en France !
Vous avez tout à fait raison de vouloir DEGAGER BORLOO !
Il faut faire AFRICATION de TOUTE L'ECONOMIE africaine, EN FINIR avec la DEMOCRATIE esclavagiste et la remplacer par l'HUMANOCRATIE des délégués révocables
Il faut un CIRAF panafricain appuyé sur 40 millions de CDR et donc 40 millions de délégués de base désignés par des groupes de 25 !
http://revolisationactu.blogspot.fr/2015/04/bolloredegage-fabridegage-socfin.html
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R
Je ne vois pas en quoi le fait qu'une aide européenne va à l'encontre du développement africain. Vu les besoins toute aide doit être la bienvenue. Au même titre que ce fameux plan "Marschal" ne remplaçait pas les capacités des européens de se relever mais à permis d'aller plus vite. Les Etats Unis y avaient intérêts nous aussi. Je pense que dans le plan Borloo c'est pareil les deux peuvent y trouver un intérêt.
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