À la tête d'une fondation pour l'énergie en Afrique, Jean-Louis Borloo tient à présenter son projet pour fournir l'Afrique en électricité, auprès des décideurs politiques.
Même s'il n'est plus dans la vie politique française, il en gravite autour pour influencer le pouvoir en place. Jean-Louis Borloo, ancien ministre de l'Environnement durant la présidence de Nicolas Sarkozy, dépeint comme poivrot par Les Guignols de l'info, a présenté mardi 3 mars, à Paris, sa fondation pour l'énergie en Afrique. Il veut que l'Afrique soit fournie en électricité dans sa globalité dans les 10 prochaines années, avec 50 milliards d'euros à lancer dès 2015, 200 autres nécessaires arrivant dans la période.
Présentation d'intérêts français
Sa présentation a eu lieu pas loin du palais de l'Elysée, ce qui a permis au président François Hollande de passer voir un "adversaire" politique (je mets entre guillemets car comme l'écrit Le Parisien dans son édition du mercredi 4 mars, il y avait un "œcuménisme politique" du côté des invités de cette conférence, allant des conservateurs aux écologistes, en passant par les socialistes), et de saluer sa démarche fort utile, vu qu'en fin d'année, le Sommet international sur le climat aura lieu à Paris.
Mais c'est bien plus utile pour les intérêts français et occidentaux. En effet, Borloo le répète à l'envie dans les médias, comme dans Le Monde Afrique, une extension en ligne du quotidien sur le continent (voir lien ci-dessous): "l'électrification de l'Afrique, c'est 3% de croissance pour l'Europe." Pour un continent proche de la récession, c'est un argument qui peut faire mouche au sein des décideurs politiques et économiques. Et comme l'Afrique est en partie francophone, ce "plan Marshall" pour l'électricité en Afrique serait un nouveau débouché extra pour les firmes françaises dans l'électricité, à savoir EDF et Areva. Cette dernière en aurait bien besoin, vu son bilan catastrophique en 2014.
Néo-colonialisme (à peine) masqué
À ceux qui l'accusent de promouvoir une entreprise néo-coloniale, car conscient (comme l'ensemble des institutions "internationales") du potentiel de croissance du continent berceau de l'Humanité, Jean-Louis Borloo s'en défend, évoquant un contrôle organisé par des institutions africaines, dirigées par des africains. Néanmoins, il a glissé un aveu comme quoi des dirigeants africains l'auraient invité, pour ne pas dire incité, à faire cette démarche. C'est signe de la soumission de certains auprès des pays développés et qu'ils sont bel et bien les boulets de l'Afrique!
Projets africains en cours
Puis, surtout, ce qu'il faut dire (et je suis là pour ça!), c'est que l'Afrique n'a pas attendu Borloo (encore heureux!), pour mener des projets d'investissements dans l'électricité. Et même, des projets entre pays africains se développent. Un exemple? Celui du Congo-Zaïre et de l'Afrique du Sud. Les gouvernements respectifs ont signé un accord en 2013, ratifié l'année dernière chacun de leur côté, au sujet de la construction du barrage Inga 3, sur le fleuve Congo. Coût estimé à 100 milliards de dollars (90,4 milliards d'euros) selon l'agence Bloomberg, qui en a fait un article en août 2014, et le projet doit durer jusqu'en 2025-2030.
S'il est mené à bien, 60% de la population congo-zaïroise (contre 10% aujourd'hui) pourrait être fournie en électricité grâce au barrage hydroélectrique Inga 3, lequel pouvant de l'électricité en Zambie et dans une partie de l'Afrique du Sud. Ce qui confirmerait des avis d'économistes du développement parlant du potentiel de l'hydroélectricité dans l'ex-Zaïre, qui suffirait à fournir le continent tout entier, voire l'Europe du Sud, par ce seul pays. Ça semble bien exagéré mais cela montre combien l'enjeu de l'électricité est capital pour les pays occidentaux, mais aussi pour les pays africains, à condition que leurs dirigeants ne se laissent pas berner par leurs homologues européens et nord-américains. Et ça, c'est loin d'être une évidence, tant l'Afrique, notamment francophone, représente un vestige de puissance française!
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