Scène tragi-comique en Grèce

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters

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La démission d'Alexis Tsípras crée un nouveau coup de théâtre dans la pièce jouée entre la Grèce et le reste de l'Union européenne. De nouvelles élections législatives son prévues le 20 septembre prochain, et Syriza reste en mesure de l'emporter, mais à la Pyrrhus.

"Le mandat que j’ai reçu le 25 janvier a atteint ses limites". C'est par ces mots, dans une allocution retransmise sur la télévision publique grecque que le Premier ministre Alexis Tsípras, en place depuis la victoire de son parti, Syriza, le 25 janvier dernier, a annoncé, jeudi 20 août, sa démission. Il remet ainsi son poste en jeu, avec de nouvelles élections législatives qui semblent loin d'être jouées, en dépit de l'immense popularité de Tsípras et de son parti chez les électeurs grecs.

Une majorité fragilisée

Les dites limites atteintes par Tsípras et son gouvernement sont multiples, mais peuvent se résumer sur deux axes. Le premier, c'est le sentiment de capitulation face aux "partenaires européens". Même s'il a lutté durant plusieurs mois, l'exécutif grec paie cher son isolement au sein de l'Union européenne, qui n'a jamais si mal porté son nom, tendant la main face à ses juges, devant accepter une politique d'austérité afin de pouvoir bénéficier d'un troisième plan d'aides continentales, avec une Allemagne qui ne lâche pas le morceau. La technocratie européenne a été ravie de faire rentrer dans le rang cet électron et peut ainsi affirmer que voter pour la gauche radicale, c'est se mettre en danger - message destiné aux portugais, aux espagnols et aux irlandais, autres connaisseurs des effets de politiques d'austérité fortement conseillées par l'UE, et c'est un euphémisme! -.

Le dernier exemple de mesure d'austérité est la mise en vente de 14 aéroports grecs au bénéfice d'un consortium... allemand, votée par le Parlement mercredi 19 août. Et c'est là qu'arrive le second axe. L'aile gauche de Syriza, appelée plateforme de gauche, ne veut plus avaler de couleuvres et a voté contre cette privatisation. Par cette action, la majorité parlementaire est fragilisée et le gouvernement se retrouve avec une marge de manœuvre étroite, sinon inexistante. En tout cas, avec cette décision de l'ex-Premier ministre, il se pourrait bien que la coalition de gauche radicale pourrait voler en éclats, comme le pensent certains analystes de la situation grecque:

 

Coup de poker cynique

Si cette scission de la part de l'aile gauche de Syriza se concrétise, est-ce cela gênerait Tsípras? Peut-être pas. Au contraire, il pourrait être rassurant aux yeux des partenaires européens, qui le verraient au pire comme un social-démocrate qui a compris la leçon, au mieux, comme un social-libéral qui connait son rôle et qui doit rester au pouvoir. Et ils n'auraient pas tort de penser ainsi car Tsípras jouit d'une grande popularité qui découle naturellement vers son parti. Et ces élections révèlent déjà un enjeu. Syriza, même amputé de son aile gauche, aura-t-il la majorité absolue qui lui a manqué en janvier dernier, à deux sièges près? Les sondages semblent indiquer que c'est fort possible et certains anticipent ce résultat.

C'est un coup de poker cynique (pas au sens antique et philosophique du terme) que tente Tsípras. Et il est tout à faire capable de le réussir. Il n'en est pas à son coup d'essai! Le référendum qu'il a fait organiser pour le 5 juillet était de la même veine. Beaucoup d'éditorialistes bien-pensants - entendez par là "mainstream", chers lecteurs - avaient pensé qu'il faisait un suicide politique et que le "Oui" allait l'emporter. Et comme vous le savez, ce fut un triomphe du "Non". Mais, dans cette crise européenne (et non grecque), le "Oui" a reçu une victoire posthume par les reniements successifs du gouvernement grec. À croire que l'histoire se répète, et bégaie même (cf "Non" au référendum sur le TCE en France en 2005)!

Dindon de la farce

Bref, le sentiment de trahison se fait sentir au sein de Syriza, comme l'affirme l'ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis, tout comme du côté des soutiens de Syriza en Europe. Dindon de la farce ou cocu, c'est l'image que peuvent retenir des militants de gauche radicale et d'extrême-gauche sur leur comportement par rapport à l'action de Tsípras durant l'été 2015.

Puis les événements de ces deux derniers mois, avec la révélation d'un plan B orchestré par Varoufakis en cas grave, montre à quel point le couple euro-austérité est solide et que la gauche radicale devra tuer l'euro si elle veut sauver sa peau. Mais la question même d'en débattre au sein de ces organisations telles Syriza, Podemos en Espagne, le Front de gauche en France, Die Linke en Allemagne, etc, semble loin d'être acquise, même si certains éléments de ces coalitions locales commencent à y réfléchir, en s'appuyant sur les travaux de certains économistes (Jacques Sapir, Frédéric Lordon pour en citer les plus connus au niveau francophone). C'est intellectuellement salutaire!

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