Entre austérité et espoir de vente à l'OM

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Yannick Parienti

Photo: Yannick Parienti

Même si l'hypothèse d'une vente est démentie par Margarita Louis-Dreyfus, l'Olympique de Marseille pourrait bien changer et la direction du club en montre différents signes, en plein marasme sportif.

L'incapacité est criante! L'élimination de l'Olympique de Marseille (OM) en 1/16e de finale de Ligue Europa, jeudi 25 février, malgré un match nul sur la pelouse de l'Athletic Bilbao, paraîtrait logique pour les anti-OM primitifs. mais elle n'est due qu'à l'inefficacité chronique d'une équipe entraînée par l'espagnol Míchel à gagner au stade Vélodrome, voire à perdre régulièrement sur son terrain, comme l'atteste la défaite contre Bilbao le jeudi 18 février (0-1).

Un échec de l'austérité

Malgré la pression mise par le président du club, Vincent Labrune, c'est un échec personnel supplémentaire de ce dernier. Étant chargé de suivre une politique d'austérité - à la grecque! -, imposée par la propriétaire de l'OM, Margarita Louis-Dreyfus (MLD), il démontre combien ce genre de politique économique conduit à la déchéance, hautement prévisible d'ailleurs - à moins d'être un économiste libéral aliéné et sectaire -. Et ce, sur différents axes:

  1. Une déchéance sportive, tout d'abord: depuis que Vincent Labrune est président de l'OM (depuis 2011), le club marseillais ne s'est qualifié qu'une seule fois en Ligue des champions (saison 2013-2014). Mieux encore, en 2014-2015, l'OM n'a pas participé à une compétition européenne, une première depuis 2004-2005! Enfin, hormis Marcelo Bielsa (et à moindre mesure Didier Deschamps, vu que ce dernier a ramené les derniers trophées de l'OM ces cinq dernières années), les entraîneurs de l'OM sous la présidence Labrune n'ont été guère inspirés dans leur projet de jeu, ainsi que dans le lancement de jeunes issus du centre de formation, ne permettant pas à cette partie du club d'élever son niveau et d'insuffler de la motivation aux minots, qui préféreront voir ailleurs.
  2. Une déchéance économique: à la fois cause et conséquence de la déchéance sportive, le budget de l'OM n'a cessé d'être réduit sous Labrune, toutou docile de MLD. Comment ça se traduit? Un déficit chronique qu'alimente l'austérité, alors que les économistes orthodoxes estiment (de manière étroite d'esprit) que l'austérité rétablit l'équilibre, que seules les ventes de quelques bons joueurs peuvent compenser (montant transferts, salaires, cotisations sociales, etc.). Une logique perverse de "vendre avant d'acheter", poussant à ne recruter que très tardivement, dans la précipitation, incitant à faire du bricolage en permanence. Aucun bon sens car c'est l'austérité qui prime!
  3. Une déchéance de ferveur: Certes, durant les trois premières années de la présidence Labrune, le stade Vélodrome a connu des travaux, ce qui fit réduire mécaniquement le nombre de supporters capables de venir. Mais les résultats ont accéléré le désertion du stade de la part des supporters olympiens, que seule la saison 2014-2015, avec un OM entraîné par l'argentin Bielsa avait largement enrayé, étant donné l'intérêt sportif qu'offrait cet OM-là à son public. Une parenthèse enchantée mais éphémère, vu son départ surprise en août 2015. Depuis, l'OM ne sait plus gagner à domicile en Ligue 1 (2 victoires sur 14 matchs à domicile!), n'incitant pas les supporters à venir au stade, prouvant que Míchel fait pire que "El loco" puis que le passage de ce dernier au club servait d'arbre qui cachait la forêt. Mais là où en d'autres temps, les supporters se seraient mis en pétard, ils sont aujourd'hui anesthésiés.

Un repreneur fiable? Le socio!

Mais pourquoi l'OM en est arrivé là? C'est bien simple! MLD ne veut plus mettre un centime dans le club. Cette capitaliste rentière croyait qu'ainsi, le club irait mieux économiquement, afin que ça lui rapporte financièrement, puis ayant observé le comportement dépensier de son défunt mari, Robert Louis-Dreyfus, elle ne tenait à faire la même gabegie. Mais en vérité, ça lui en coûte davantage car son esprit de bourgeoise n'a pas incorporé l'aphorisme de l'économiste post-keynésien Nicholas Kaldor: "Les capitalistes gagnent ce qu'ils dépensent, les travailleurs dépensent ce qu'ils gagnent!" Depuis longtemps, la veuve Louis-Dreyfus cherche à vendre l'OM au plus offrant et sa politique d'austérité, exécutée par Labrune, fait tout pour aller dans ce sens. La réussite notable pour attirer un éventuel repreneur est la reprise en main des recettes de billetterie des virages du Vélodrome dans les comptes du club car depuis les années 90, sous la présidence de Bernard Tapie, c'était géré par les groupes de supporters tels les Yankee Nord 87, les South Winners, le Commando ultra 84, les MTP, les Dodger's, les Fanatics, etc.

Du coup, des rumeurs de rachat circulent dans la presse. Le quotidien sportif l'Équipe étant le journal qui en élargit la portée de ce genre d'information. Mais cela irrite MLD, qui s'est fendue d'un communiqué sur le site du club (cf lien n°1), expliquant qu'elle n'est "pas à la recherche d'un acheteur pour l'OM" et que ce qui s'écrit dans la presse n'est que pure "spéculation". Pourtant, comment interpréter autrement le retour de la gestion de la billetterie des virages sinon que pour inciter quelqu'un à racheter l'OM? Et avec quelle philosophie? Car si c'est pour agir comme MLD ou comme le Qatar sur le Paris Saint-Germain, titré mais en quête d'identité avec ses supporters (tout un paradoxe!), cela conforterait dans l'embourgeoisement aliénant du football, ainsi que l'anesthésie des supporters, éventuellement transformés en supporters-consommateurs (ou footix). En vérité, si l'OM veut retrouver de l'allant ou du moins une certaine stabilité sportive et économique, tout en gardant une identité culturelle forte, le repreneur le plus à-même de le faire doit être le supporter de l'OM! Ce n'est pas la première fois que ce blog mentionne l'idée de socios pour l'OM, mais la conjoncture actuelle est telle que cette initiative est la seule qui soit la plus cohérente pour les intérêts de l'OM, des supporters phocéens, ainsi que pour le football français, dans son ensemble. Encore faut-il que les supporters, essentiellement prolétaires ou des classes moyennes, prennent conscience de leurs forces individuelles et collectives, d'autant plus qu'en défendant le modèle des socios, développé en Espagne notamment, c'est une volonté de démocratisation de la gouvernance dans une entreprise qui s'y afficherait, responsabilisant chacun car c'est tout le monde dans le même bateau. En tout cas, une association de socios phocéens (cf lien n°2) y croit dur comme fer, tout en étant modérée sur ses revendications (une participation des socios entre 20 et 40% du capital du club), devenant de plus en plus convaincante auprès de supporters au départ réticents, avec le temps. Donc, à défaut d'une vente totale de l'OM, la veuve Louis-Dreyfus pourrait-elle accepter un rachat partiel par des socios, rendant le club moins dépendant de ses caprices? Les prochaines semaines esquisseront de nouveaux éléments de réponse.

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