Retour de la garde nationale, mais à quelle sauce?

Publié le par JoSeseSeko

Retour de la garde nationale, mais à quelle sauce?
Retour de la garde nationale, mais à quelle sauce?

En annonçant la constitution d'une garde nationale, François Hollande veut en faire un moyen de dissuasion sur le sol national, afin de faire souffler les policiers, les gendarmes et les militaires mobilisés depuis l'instauration de l'État d'urgence. Néanmoins, ce terme a une histoire bien complexe, et très ensanglantée de différentes manières.

L'idée d'une garde nationale avait fait son nid après les attaques du 13 novembre 2015, à Paris. Les événements du côté de Nice, au soir du 14 juillet, puis de la prise d'otages dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, mardi 26 juillet, ont accéléré le processus. Cette fois, le président François Hollande officialise, ce jeudi 28 juillet, la constitution d'une garde nationale, qui se baserait, dans un premier temps, sur les réservistes de la gendarmerie, de l'armée, déjà existants, selon l'Élysée (cf lien n°1). Un moyen de faire souffler des policiers et gendarmes constamment mobilisés depuis l'instauration de l'État d'urgence.

D'une milice bourgeoise...

La garde nationale n'est pas quelque chose d'anodin de la part du Président de la République. Sa reconstitution dans le cadre d'attaques terroristes oblige à faire un retour sur l'histoire de cette institution (cf lien n°2). La garde nationale naquit au début de la Révolution française. Plus précisément après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. La classe bourgeoise, en rixe avec la noblesse et le clergé, poussa la plèbe parisienne (bientôt appelé les sans-culottes) à attaquer la prison, les armes à la main. Mais elle craignit aussitôt que cette plèbe allait également s'en servir envers les possédants, en plus du pouvoir absolu. D'où la création d'une milice "supplétive", appelé garde nationale, pour masquer le fait qu'elle n'était composée que de "gens de bien", capables de se financer un fusil, des munitions et des vêtements. Elle fut d'abord dirigée par le marquis de La Fayette, héros de la guerre d'Indépendance états-unienne, un noble à l'écoute de la pensée libérale, et qui jouissait d'une grande popularité à l'époque. Notamment au sein du club des Jacobins, qui était encore très modéré en 1789.

Mais un Maximilien Robespierre alertait déjà sur la nature antisociale de la garde nationale, déclarant à la tribune: "Vous voulez constituer la nation en deux classes; dont l'une ne sera armée que pour contenir l'autre". Une phrase prémonitoire car le 17 juillet 1791, la garde nationale, aux ordres de La Fayette, mitrailla le peuple parisien venu manifester au Champ-de-Mars pour réclamer la déchéance de Louis XVI et l'instauration de la République. Les évolutions politiques de la Révolution firent que, par moments, cette force armée pouvait soutenir des révolutionnaires. Que ce soit pour le 10 août 1792, où elle fut sensible à l'idée de renverser le roi, ou lors des journées de mai-juin 1793, où son commandant, François Hanriot, avec 80.000 hommes et des canons, mit la pression sur la Convention pour que les Montagnards prennent la place des Girondins à la tête du pouvoir exécutif, à travers le Comité de salut public. Néanmoins, elle reprit une nature conservatrice au moment du 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), où Robespierre, Louis-Antoine de Saint-Just, et d'autres leaders Jacobins furent victimes d'un coup d'État et envoyés le lendemain à la guillotine.

Par la suite, elle symbolisa l'instrument armé de la bourgeoisie, utilisable si ses intérêts devinrent menacés, comme lors des "Trois glorieuses" de 1830, mettant fin à la Restauration et au règne de Charles X (frère de Louis XVI). D'ailleurs, le vieux La Fayette, qui avait déserté la France révolutionnaire, retrouva son poste de chef de la garde nationale et imposa Louis-Philippe d'Orléans comme roi, instaurant ainsi la "Monarchie de Juillet". De même qu'en 1848, après la première résurrection de la République, la garde nationale fut mobilisée pour réduire à néant le prolétariat parisien au moment des journées de juin 1848, avec le "canon de Cavaignac", contre les "émeutiers".

... au bras armé de la Commune

Néanmoins, la garde nationale prit un virage populaire en 1870, avec la guerre franco-prussienne, et les défaites du second Empire, menant à sa fin du côté de Sedan, le 2 septembre 1870. Elle fut à Paris une garde nationale populaire car les autorités impériales avaient misé sur le patriotisme et autorisaient les prolétaires parisiens qui voulaient se battre, à s'enrôler dans cette milice. Ce fit gonfler les chiffres. En effet, en 1870-1871, environ 200.000 gardes nationaux étaient comptabilisés, dont 150.000 issus des classes populaires. Autrement dit, les pauvres sont armés ! Et ils s'étaient même fédérés, devenant ainsi les futurs Fédérés de la Commune.

Un effroi pour nombre de possédants, qui craignent un changement des structures économiques et sociales avec cette force au service du peuple, plus les armes à disposition. D'où une tentative ratée de coup de force le 18 mars 1871, qui aboutit à l'éclosion de la Commune de Paris, dont la garde nationale en devint le bras armé. Forcément, les conservateurs voulurent se venger de Paris, considérée comme en proie à la subversion socialiste (la 1ère Internationale existait depuis 1864) et qu'il fallait la réduire dans le sang, avec la tristement célèbre Semaine Sanglante (21-28 mai 1871), où 25 à 30.000 Communards furent massacrés par les Versaillais. Et après cela, ces derniers, traumatisés par le simple fait de l'existence de la Commune, décidèrent de supprimer toute garde nationale, le 25 août 1871, pour ne plus vouloir revoir une garde nationale "rouge" tellement menaçante pour le maintien de l'ordre social (capitalisme bourgeois).

Donc, ressusciter cette institution, comme le fait le président, en dit long sur ses intentions, et celles de ceux qui soutiennent cette idée, notamment à droite et à l'extrême-droite. Officiellement, c'est pour la défense nationale, face à un danger terroriste. Mais cet argument serait-il pas plutôt un écran de fumée pour masquer la résurrection d'un instrument de défense sociale, comme il l'a été à ses origines? Il faudra rester vigilant et l'histoire est là pour le rappeler.

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