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D'un référendum à un autre, une UE aux abois

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Maxppp

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Alors que le référendum au Royaume-Uni s'est soldé sur la sortie de l'Union européenne, le 23 juin dernier, il y a un an, la Grèce refusait par référendum un nouveau plan d'austérité, laissant envisager une sortie de l'euro. Mais dans les deux cas, les dirigeants européens ont du mal à comprendre et bégaient face à des démonstrations de citoyens en colère contre la construction européenne actuelle.

"L'histoire se répète toujours deux fois : la première comme une tragédie, la seconde comme une farce". Cette formule de Karl Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte trouve un écho avec les référendums en Grèce et au Royaume-Uni, étalés sur presque un an, et les réactions provoquées chez les dirigeants européens (conservateurs, libéraux, sociaux-libéraux). Néanmoins, à leurs yeux, le référendum grec de 2015 était vu comme une farce (de mauvais goût), tandis que le référendum britannique est pour eux comme une tragédie.

Acharnement vs conciliation

Un coup dans le rétroviseur s'impose. Avant le référendum du 5 juillet 2015, la Grèce, qui avait porté au pouvoir le parti de gauche radicale Syriza, dont le leader Alexis Tsípras forma un gouvernement avec les Grecs indépendants, des souverainistes de droite, était incitée par l'Union européenne (UE) d'accepter un troisième mémorandum. Et le Premier ministre utilisa le référendum pour faire valider ce plan auprès des citoyens grecs. Résultat, plus de 60% des voix dirent "Oxi" (non en grec) à de nouvelles mesures d'austérité en provenance des "partenaires européens". Un affront pour Bruxelles, bien décidé à faire rentrer dans le rang Athènes et le mitrailler "pour l'exemple" et une semaine plus tard, le 13 juillet, le gouvernement grec dut accepter le troisième mémorandum qui était rejeté par les citoyens. Un acte symbolique de la tragi-comédie européenne, tournant à un désastre aux yeux de l'aile gauche de Syriza, qui s'en alla pour former le parti Unité populaire. Mais c'est un désastre pour la gauche radicale européenne, qui avait placé beaucoup d'espoirs pour la Grèce afin de pouvoir "réformer l'UE de l'intérieur" et qui doit se rendre compte, pour certains de ses membres, que le couple euro-austérité est très solide.

Par contre, pour le Royaume-Uni, l'attitude de l'UE fut des plus conciliantes. En effet, Bruxelles accepta de multiples concessions exigées par Londres, notamment sur l'immigration et les droits sociaux des travailleurs issus des pays de l'UE, lancée en plein référendum sur son avenir dans l'espace communautaire. David Cameron, Premier ministre conservateur, pensait réussir le coup du "I want my money back", comme l'eut fait Margaret Thatcher dans les années 1980. Pourtant, à la question "should I stay or should I go?", les britanniques ont répondu majoritairement "I go". Un Brexit redouté par la classe dominante européenne et la finance qui s'est surtout exprimé en Angleterre et au Pays de Galles, appelant à des fractures quasi-irréversibles avec l'Écosse et l'Irlande du Nord, europhiles. De même que ça provoque des secousses dans les grands partis, y compris le Parti travailliste, où l'aile droite, blairiste, prend le Brexit pour prétexte afin de déloger Jeremy Corbyn, issu de l'aile gauche, de son poste de leader du Labour.

Néanmoins, comme l'a déclaré l'économiste et philosophe Frédéric Lordon lors d'une conférence sur l'Europe du côté de Nuit Debout, ce Brexit est "la sortie par le néolibéralisme, xénophobe. C'est la sortie par la droite [...] la sortie de la plus moche des façons".

Rien vu venir

Mais dans ces deux cas opposés - référendum par un gouvernement de gauche chez Hellène, référendum par un gouvernement de droite chez Albion -, il est notable de voir que malgré tout, les "partenaires européens" n'ont rien vu venir du côté des résultats obtenus. Ça leur semblait invraisemblable que les citoyens ne votent pas comme ils l'espéraient. Et au fur à mesure du scrutin, ils devinrent très inquiets, faisaient des concessions ou montrèrent les crocs, prédisant les plus grandes catastrophes en cas de vote contraire à leur souhait. Ce qui put renforcer la volonté à vouloir voter "Oxi" en Grèce ou "Leave" au Royaume-Uni. Dans ce dernier cas, après connaissance des résultats, des Britanniques pro-européens se sont agités pour vouloir un nouveau référendum. À croire qu'ils veulent d'un match retour alors qu'il semble être un match à élimination directe.

Mais d'autres n'ont pas vu venir la situation. Ce sont les "mass media". En particulier, du côté des éditorialistes. Conservateurs ou sociaux-libéraux, ces derniers, vu comme des "chiens de garde" défenseurs de "l'ordre établi" par des critiques acerbes - surtout dans la gauche radicale -, n'ont cessé d'indiquer que ces votes sont un contre-sens dans la construction européenne, qui aurait bien plus de mérites qu'il ne faudrait le croire, selon eux. Mais leur principal argument, relayant la plupart des politiciens, est que "l'Europe, c'est la paix". Certes, mais pour paraphraser et détourner Carl von Clausewitz: "la concurrence économique, c'est la continuation de la guerre par d'autres moyens". Les polémiques sur l'immigration, les travailleurs détachés, le dumping social et fiscal, trouvent racine dans la compétition que se livrent tous les pays membres de l'UE pour avoir des parts de marché. Et ont tendance à détricoter tous les mécanismes de protection sociale, issus de l'après-guerre, car considérés par la classe dominante, relayée par la "grande presse", comme "obsolète, coûteuse".

Toujours est-il que le schmilblick est loin d'être réglé.

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