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Le PS peut-il revenir à ses fondamentaux socialistes?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: TRISTAN REYNAUD / SIPA

Photo: TRISTAN REYNAUD / SIPA

Après une année électorale catastrophique, le Parti socialiste se retrouve en danger pour sa survie en tant que force politique, où une bataille interne pour prendre le leadership promet d'être sanglante, et dont l'issue indiquera soit sa poursuite vers l'abîme, soit son retour aux fondamentaux du socialisme, mais en l'adaptant à d'autres luttes.

La rentrée politique au Parti socialiste donne l'image d'une gueule de bois. En séminaire à Paris, ce weekend du 26 août, les cadres du PS se retrouvent pour préparer une phase de reconstruction "idéologique, stratégique, politique, organisationnelle" (cf lien n°1). Il faudra en passer par là pour un parti qui avait tout gagné en 2012 avec l'élection de François Hollande à la présidentielle, confirmée aux législatives qui ont suivi, et qui s'est fait laminer cinq ans plus tard, avec Benoit Hamon, pourtant vainqueur de la primaire en janvier dernier, qui fait 6,36% au premier tour de la présidentielle et qui n'a plus que 29 députés à l'Assemblée nationale, la plus mal élue de l'histoire de la Ve République d'ailleurs, contre 289 cinq ans plus tôt. Ce qui provoque un trou de 18 millions d'euros par an dans le financement du PS, selon Jean-François Debat, trésorier du parti, dans une interview au journal Le Parisien, évoquant l'idée de vendre ou d'hypothéquer le siège du parti, rue de Solférino (Paris 7e arrondissement), comme ce fut le cas dans les années 1990 (cf lien n°2).

Hollande, le maudit

Pour que le PS soit dans une telle situation, que dans le reste de l'Europe on appelle pasokisation, en écho à l'état de chute du Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), il faut se pencher sur le quinquennat de François Hollande. Il a marqué une droitisation manifeste du PS qui a été sanctionnée dans toutes les élections qui ont eu lieu depuis 2012, à travers le coming-out social-libéral en janvier 2014l'établissement de la loi renseignement en mai 2015, alors qu'elle est similaire aux "lois scélérates" de la IIIe République à la fin du 19e siècle, l'instauration de l'État d'urgence en novembre 2015 et qui perdure encore, ou encore la loi travail, passée en force en 2016, en raison de plusieurs manifestations prouvant une opposition de ceux qui avaient voté pour Hollande sur ce sujet, et qui risque d'être aggravée avec Emmanuel Macron, son successeur à l'Élysée, via des ordonnances en septembre prochain. Du coup, on comprend qu'un Gérard Filoche, membre de l'aile gauche du PS, considère que ce mandat de Hollande est "maudit" pour le PS et pour la gauche française en général, car il a épousé la social-démocratie avec le social-libéralisme. Or, le social-libéralisme n'aime pas partager. Il préfère tuer.

Faire son trou

Face à ce reniement sanctionné comme il se doit par les électeurs, qui se sont tournés notamment vers la France Insoumise (FI) de Jean-Luc Mélenchon, le PS se retrouve entre deux feux. Celui de FI, justement, mais aussi celui de la République en marche (REM), le mouvement du président Macron. En effet, nombre de cadres du PS, tels Bertrand Delanoë, Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb, Christophe Caresche, Marisol Touraine ou Stéphane Le Foll ont préféré soutenir Macron plutôt que Hamon et certains, comme Christophe Castaner, ont quitté le PS pour rejoindre REM. Bref, le parti de Solférino est pris entre deux feux.

Ce qui peut le sauver, c'est que le clivage droite-gauche ne s'est pas enterré avec l'élection de Macron. Avec le non-débat sur les ordonnances permettant une nouvelle loi travail, ainsi que la réduction des cotisations sociales afin de compenser la hausse de la contribution sociale généralisée, rendant le financement de la Sécurité sociale de plus en plus étatique et de moins en moins social en fait, cela a réveillé une opposition de gauche dont le PS entend prendre sa part aujourd'hui. Puis, malgré tout, le PS a encore des élus dans de grandes villes, dans les conseils départementaux et régionaux. Il garde quand même une assise locale qui peut l'aider à faire le dos rond pour mieux rebondir (cf lien n°3). Néanmoins, pour qu'il puisse faire son trou entre REM et FI, le PS n'aurait pas d'autre choix que de revenir à ses fondamentaux, reconnaissables à la figure de Jean Jaurès, dont l'héritage est en mille morceaux, ou à la formule "à chacun selon ses moyens" selon Filoche. Ce dernier candidate d'ailleurs pour prendre la tête du PS, prenant pour exemple Jeremy Corbyn, membre de l'aile gauche du Parti travailliste, devenu le leader depuis septembre 2015 et mettant fin à la droitisation du parti initiée par Tony Blair au milieu des années 1990, ayant au final fait reculer le Labour jusqu'à 230 élus en mai 2015. D'ailleurs, signe que les électeurs adhèrent à ce retour aux sources, les élections anticipées de juin 2017 ont vu les travaillistes passer de 230 à 261 députés, Corbyn se payant le luxe de faire mieux que Gordon Brown en 2010, d'avoir la plus forte progression en voix du parti depuis l'après-guerre et d'avoir une aile droite qui lui reconnait des qualités de leader, mettant une forte pression sur les Conservateurs de Theresa May, une Première ministre bien fragile.

Articulation des luttes

Mais si le PS veut convaincre de nouveau des électeurs qui sont rancuniers à son égard, il aura intérêt à intégrer de nouvelles formes de luttes dans ses fondamentaux, qui sont concentrés sur la lutte des classes. Et tout particulièrement la question du racisme institutionnel. En effet, nombreux ont été les électeurs non-blancs, pour beaucoup prolétaires, qui ont voté Hollande en 2012 et qui ont continué à subir le racisme institutionnel made in France, plus subtil et plus hypocrite que dans les pays anglo-saxons, avec les violences policières (Adama Traoré, Théo Luhaka, Liu Shaoyao), les polémiques visant les non-blancs (burkini, camp d'été décolonial), etc. En conséquence, ils ont massivement boudé les urnes en 2017.

Pour qu'il puisse être vu comme crédible, y compris dans le prolétariat (blanc et non-blanc), le PS doit cesser d'être un parti thermidorien, où le social est délaissé par des cadres qui sont socialement liés à la bourgeoisie. Mais il doit également prendre en compte la question décoloniale, en détruisant le fraternalisme qui l'empoisonne dans son attitude face aux minorités pigmentaires, le rangeant de facto aux côtés de la droite aux yeux des antiracistes politiques. Et qu'il laisse agir les non-blancs en tant qu'alliés potentiels à respecter, car comme disait Aimé Césaire, le pourfendeur du fraternalisme: "L'heure de nous-mêmes a sonné!"

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