70 ans d'existence et de conflit pour Israël

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Micah Ri

Photo: Micah Ri

Alors que l'État d'Israël fête ses 70 ans, ce lundi, une manifestation palestinienne est réprimée dans le sang par l'armée israélienne. De quoi démontrer combien ce pays n'arrive pas à sortir du cycle de violence qui lui fait prendre un visage nationaliste de plus en plus affiché, alors que la paix semble être la meilleure garantie de sa pérennité, de sa crédibilité internationale.

Un anniversaire sous haute tension. C'est ce qui résume bien l'actualité au sujet d'Israël, en ce lundi 14 mai, qui célèbre le 70e anniversaire de la fondation de l'État hébreu par David Ben Gourion, suite à une guerre face à différents pays arabes opposés à l'idée d'un état juif, sachant que ce pays était, au départ, majoritairement composé de juifs ayant survécu à la Shoah durant la seconde guerre mondiale. D'ailleurs, en ce moment, des manifestants palestiniens se font tirer dessus par l'armée israélienne, comme c'est hélas le cas ces dernières semaines de manière disproportionnée, comme l'affirme un comité des Nations unies à ce sujet (cf liens n°1 et 2). Cette fondation marque un aboutissement pour le sionisme, idéologie politique théorisée par Theodor Herzl à la fin du 19e siècle et si on se réfère au dictionnaire Larousse, ce terme est défini comme suit: "Mouvement dont l'objet fut la constitution, en Palestine, d'un État juif".

Antisémitisme et racisme

Du coup, au regard de cette définition du sionisme, l'antisionisme correspondrait au refus de l'existence de l'État d'Israël et souvent, les détracteurs de l'antisionisme considèrent que c'est de l'antisémitisme déguisé, en raison de la politique mené par le pouvoir israélien envers les Palestiniens et que cet antisionisme, notamment du côté des musulmans ou de forces politiques d'extrême-gauche, fournirait une alliance objective avec des mouvements comme le Hamas ou le Hezbollah, ou un pays comme l'Iran, qui ont souvent affiché un rejet du droit à l'existence d'Israël. Sans compter l'extrême-droite dans les pays occidentaux, où l'antisémitisme fait office de valeur cardinale car dans leur esprit étriqué, le juif serait forcément un riche, un profiteur, etc. Or, dans l'histoire, avant la seconde guerre mondiale, les antisionistes étaient surtout des juifs, en grande majorité réunis en Pologne au sein du Bund, un mouvement socialiste. Mais la Shoah frappant notamment en Pologne, très peu de militants du Bund d'alors survécurent et l'antisionisme chez les juifs perdit une caisse de résonance importante.

Du coup, un certain chantage s'organise sur la question de la critique du pouvoir israélien, à travers son Premier ministre Benyamin Netanyahou, et de sa politique, car critiquer ce qui s'y fait, ce serait être anti-Israël. J'en veux pour preuve un billet que j'ai écrit en août 2015, où je me montrais critique au sujet du pouvoir israélien, avec des citations de personnalités politiques incluses dedans. Mais une ancienne camarade de lycée, qui vit en Israël depuis quelques années, n'a pas supporté le ton de l'article, en dépit des sources étayées, dont elle considère que c'est de la "désinformation". Notamment au sujet du racisme en Israël, auprès des exilés afro-descendants. Or, des articles et des vidéos soulignent une négrophobie manifeste en Israël, avec une humiliation visuelle d'exilés en provenance du Soudan ou de l’Érythrée par exemple (cf liens n°3 et 4). En outre, la politique anti-immigration du gouvernement ne peut réussir car Israël étant un pays capitaliste - en dépit de tentatives socialistes avec les kibboutzim -, il ne peut qu'attirer des populations qui aspirent à vivre dignement, ce qui est l'effet boomerang du néocolonialisme, de l'impérialisme. Sans compter des agressions ou insultes à l'égard de personnes qui émettent des critiques à l'égard de la politique israélienne actuelle, comme le politologue Pascal Boniface ou l'actrice Natalie Portman (cf liens n°5 et 6). Ce qui montre à quel point l'extrême-droitisation des esprits, très développée dans les pays développés, n'épargne pas Israël (cf lien n°7).

Montée des tensions

Cet anniversaire doit marquer également l'officialisation de la nouvelle ambassade des États-Unis, passant de Tel-Aviv à Jérusalem. En décembre dernier, Donald Trump, président états-unien, reconnaissait Jérusalem comme capitale d'Israël, alors que le reste du monde, conformément au droit international, considère Tel-Aviv comme capitale de l'État hébreu. Ce qui a alimenté bien des tensions. Mais Washington en a récemment rajouté une couche avec l'arrêt de l'accord sur le nucléaire iranien par Trump. Pour le plus grand plaisir du pouvoir israélien qui voit la république islamique d'Iran comme une menace pour sa sécurité, sa survie. Ce qui a provoqué une montée des tensions, avec des tirs lancés vers Israël par l'Iran et une réponse de Tsahal envers les forces iraniennes présentes en Syrie pour soutenir le régime de Bachar al-Assad, dans une guerre qui s'enlise dans sa huitième année d'existence et qui s'internationalise avec les influences des États-Unis d'un côté, de la Russie de l'autre.

La paix comme garantie

Dans ce contexte-là, que faut-il faire? Être pro-israélien ou être pro-palestinien? Pour ma part, autant être clair. Si je juge qu'un État israélien doit continuer d'exister, ce dernier devra faciliter la fondation d'un État palestinien, relançant pour de bon un processus de paix stoppé depuis les années 1990, où les accords d'Oslo semblaient être une avancée, et que l'assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin marqua un coup d'arrêt brutal. Vous l'aurez compris, cher(e)s lecteurs/lectrices, je suis partisan d'une solution à deux États. Et c'est la seule issue qui soit positive, en vérité pour Israël, car ça fournira des arguments en moins pour les antisémites, pour les États qui utilisent la lutte des palestiniens pour s'en prendre à Israël et ça rendra Israël plus crédible sur la scène internationale, où sa réputation est pour le moins mauvaise dans plusieurs pays. Et tout particulièrement en Afrique du Sud, où Israël gardait des relations diplomatiques, militaires et commerciales avec le régime d'apartheid dans les années 1980. Et l'ANC de Nelson Mandela, au pouvoir depuis 1994, ne l'a pas oublié. Pas étonnant du coup que Mandela clamait ceci: "Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens".

Dans le cas contraire, Israël, ou plutôt son gouvernement, agirait tel un serpent qui se mord la queue continuellement, préférant vivre sous la menace extérieure et devenant parano à l'idée d'une démographie qui soit à terme défavorable pour les Israéliens juifs, car tous les Israéliens ne sont pas juifs et que la minorité arabe pourrait se renforcer démographiquement, et donc politiquement. Et cette idée d'un Israélien arabe à la tête de l'État met l'extrême-droite israélienne sur les nerfs, forçant le pouvoir à mener une politique colonialiste, impérialiste, expansionniste, renforçant un parallèle avec l'apartheid sud-africain. Ce qui, ma foi, donne raison à cette phrase de la chanson J'aurais pu croire du groupe IAM: "Le David enfant est devenu Goliath".

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article