Un accord sur les migrations ou comment noyer le poisson

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/miry_bonnie

Photo: Flickr/miry_bonnie

Au bout de la nuit, un accord a été trouvé entre les pays membres de l'Union européenne sur la création de "plateformes de débarquements", afin de contrôler les frontières extérieures et des "centres contrôlés" dans le vieux continent, sur la base du volontariat des pays membres de l'espace communautaire.

C'était le sommet tant attendu et tant craint, vu les tensions sur l'immigration sont manifestes au sein de l'Union européenne (UE). Mais au bout de la nuit du 28 au 29 juin, les 28 membres de l'UE, en attendant le départ définitif du Royaume-Uni de l'espace communautaire prévu pour le printemps 2019, ont pu trouver un compromis sur la politique migratoire. Un compromis désiré par l'Italie, dont le nouveau gouvernement présidé par Giuseppe Conte estimait que Rome était "seule" face à la vague migratoire et a fait pression pour obtenir un accord dans ce sommet européen à Bruxelles. En tout cas, l'autosatisfaction est de rigueur pour les dirigeants européens. "C'est la coopération européenne qui l'a emporté" se félicite le président de la République, Emmanuel Macron.

Verrouiller les frontières

Sur quoi repose cet accord? Sur ce qui a pu être écrit dans la presse (cf liens n°1 et n°2), c'est que cet accord se base sur deux éléments. La création de "plateformes de débarquements" et celle de "centres contrôlés". Ces deux dispositifs n'ont pas la même logique spatiale. Les plateformes seront installées dans les pays extra-européens, avec une politique de coopération avec les pays concernés, ainsi que les organismes des Nations unies que sont le Haut commissariat pour les réfugiés et l'Organisation internationale des migrations; tandis que les centres seront positionnés au sein des pays membres de l'UE pour gérer le flux d'exilé(e)s qui arrivent. En vérité, tant les plateformes que les centres répondent à un même objectif: celui de verrouiller les frontières de l'UE pour les exilé(e)s et de faciliter les renvois d'exilé(e)s jugé(e)s irrégulier(e)s, dans un but politicien vu la montée de l'extrême-droite sur le vieux continent, chouinant la complainte du grand remplacement des blanc(he)s par des non-blanc(he)s, surtout si ces dernier(e)s ne seraient pas des chrétien(ne)s.

Ce verrou au niveau des frontières extérieures suppose que les pays tiers soient complètement d'accord. Il faudra sacrément les convaincre financièrement pour que la chose soit rendue possible. Ce qui signifie qu'un possible chantage pourrait être organisé par les pays extra-européens, en prenant l'exemple de la Turquie, qui suit une voie de "démocrature" avec Recep Tayyip Erdogan comme président, et dont l'UE ne peut rien dire car Ankara menacerait aussitôt de ne plus servir de tampon auprès des millions de réfugié(e)s syrien(ne)s présents dans ce pays ces dernières années. Ou bien, de laisser dans la nature des milliers de réfugié(e)s, comme en Algérie (cf lien n°3). Au niveau des centres, ce serait basé sur une politique de volontariat. Mais qui dit que la Pologne, la Hongrie, la Slovénie ou la Slovaquie accepteraient d'établir ces centres sur leur territoire? C'est dire si l'accord est loin d'avoir tout réglé et que des questions, comme la réforme de la convention de Dublin sur la répartition des demandes d'asile dans l'UE restent en suspens.

L'impensé impérialiste

Mais ce qui donne surtout à penser que cet accord n'est pas tellement solide, c'est qu'il se base sur du court-terme et sur de la forme. S'il faut regarder sur le fond et le long-terme, la question migratoire reviendra irrémédiablement. Si la droite et l'extrême-droite s'insurgent contre ce qu'ils appellent les migrants, il faudrait indiquer que ces dernier(e)s ne partent pas de gaieté de cœur. Puis ce ne sont pas uniquement des syrien(ne)s, des afghan(e)s ou des érythréen(ne)s qui viennent taper à la porte du vieux continent. Il s'agit également de pays comme la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger, etc., où en dépit d'une forte croissance économique et d'un panier de ressources naturelles, nombre de personnes quittent leur terre natale pour espérer un meilleur avenir en Europe. Pourquoi ce phénomène? Parce que les structures économiques et sociales ne sont pas aux mains des populations. Les pays occidentaux et émergents (Chine) mènent une politique néocoloniale, impérialiste, tiennent entre leurs mains l'appareil productif des pays africains à travers leurs hommes d'affaires comme le français Vincent Bolloré par exemple, aidés en cela par des gouvernants corrompus, serviteurs zélés des pays extra-africains depuis les indépendances "fictives" des années 1960 et 1970. En conséquence de cette mainmise par des puissances extérieures, les pays africains ne commercent pas entre eux, n'ont aucune politique communautaire, protectionniste, et illustrent à la perfection les dégâts du capitalisme sur les populations et sur l'environnement. D'où l'encyclique Laudato Si' du pape François en 2015, appelant les capitalistes à ne pas trop exploiter l'Afrique, principale clientèle de l'Église catholique, sous peine de voir la pensée écosocialiste, socialiste, communiste, fertiliser.

Cet impérialisme - stade suprême du capitalisme titrait Lénine en son temps - peut aller jusqu'à la question monétaire, avec l'exemple du Franc CFA qui n'est pas un garant de la souveraineté des pays d'Afrique francophone qui l'utilisent, mais de celle de... la France. Ce que les souverainistes hexagonaux n'observent jamais, par myopie intellectuelle ou par défense de la puissance française qui serait menacée, et donc, ils ne suivent pas les détracteurs du Franc CFA qui s'expriment en Afrique francophone. Toujours est-il que si la droite et l'extrême-droite souhaiteraient stopper l'immigration, il faudrait stopper le néocolonialisme. Mais comme ce serait également en finir avec le capitalisme - il serait temps! -, c'est source de contradiction, et donc d'hypocrisie pour cette partie de l'échiquier politique. Mais bon, ça cherchera encore et encore à blanchir les responsabilités de l'Occident sur les problèmes en-dehors de sa zone. N'est-ce pas Manu Macron? ^^

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article