10 ans après Lehman Brothers, le capitalisme s'accroche à son train (néo)libéral

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Micheal Clayton

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Le 10e anniversaire de la faillite de la banque Lehman Brothers, provoquant la plus grave crise du capitalisme depuis 1929 montre combien la logique libérale, cherchant à privatiser à tous crins, se maintient malgré après avoir (presque) provoqué une décennie perdue dans l'ensemble des pays du monde, y compris les plus développés. Signe que l'aliénation sert la classe dominante, même si des économistes hétérodoxes sont progressivement montés au créneau pour en finir avec le capitalisme libéral, ou le capitalisme tout court.

"Putain 10 ans!" C'est ce qui me vient à l'esprit quand je pense à la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers, le 15 septembre 2008. À cette époque, j'étais alors un lycéen de terminale qui allait passer son bac ES (économie et social) et comme mes camarades de classe, je voyais sous mes yeux ébahis la plus grave crise du capitalisme depuis 1929. Après, c'était compliqué d'en débattre dans les cours de SES, tant le programme était chargé, mais avec des lectures comme celle du mensuel Alternatives économiques, ça pouvait être évoqué un tant soit peu en cours. Une décennie plus tard, que peut-on dire de cet événement et des traces qu'il a laissé dans l'économie, tant dans la pratique que dans la pensée?

Décennie perdue?

Dans un premier temps, on peut dire que la pratique économique a connu deux phases. D'abord, un appel au secours de la part de la finance auprès des États par du renflouement, de la recapitalisation des banques, voire une nationalisation temporaire et partielle, pour éviter un effet domino sur l'ensemble de la sphère financière mondiale, limiter la récession effective fin 2008 et tout le long de l'année 2009 et de jouer avec les banques centrales, le "prêteur en dernier ressort". Si cela permit de circonscrire dans le temps et dans l'espace l'onde de choc, ce fut, dans un deuxième temps au prix d'un transfert d'endettement, i.e, une dette privée transformée en dette publique. Pour une raison fort simple: plusieurs banques étaient devenues trop grosses, présentant un risque "systémique" et les laisser aurait été un suicide social, correspondant ainsi au proverbe anglo-saxon "too big to fail". Ce qui fait que ces dernières prennent en otage les États et les citoyens car si elles tombent, la chute sera collective quasi aussitôt.

Du coup, ce transfert d'endettement permit aux tenants de la pensée mainstream, pourtant responsables de cette crises qu'ils n'ont pas vu venir, d'affirmer que la politique d'austérité est la voie du salut dans le cas des pays développés touchés par la crise. Ce qui aggrave le risque de récession, découlant par davantage de chômage, davantage d'inégalités et une dette publique qui crève le plafond, en raison à la fois de l'austérité promue dans les hautes sphères puis du manque de recettes fiscales vue la mise en berne de l'activité économique. Signe qui ne trompe pas, dans plusieurs pays de l'Union européenne (UE), il a fallu attendre 2015 ou 2016 le produit intérieur brut de 2007 soit de nouveau atteint ou dépassé (cf graphique) et que cela se ressente en matière de niveau de vie (cf lien).

 
Remise en cause partielle

Au niveau de la pensée, l'absence de remise en cause semble primer. Et pour cause! Les économistes mainstream, tenant de cette pensée libérale qui se veut moderne mais qui est datée depuis le 18e siècle, continuent de truster les places dans les médias, dont la paresse en matière d'organisation de débats en économie est juste navrante (cf le film Les nouveaux chiens de garde), puis dans l'enseignement supérieur, où c'est un abus de position dominante qui s'opère sous nos yeux. Ce qui m'oblige à faire remarquer que ces personnes, qui prêchent la concurrence "libre et non faussée" ne l'appliquent pas elles-mêmes dans le cadre de la recherche universitaire, intellectuelle. En gros, c'est "faites ce que je dis, pas ce que je fais!" Et vu les politiques d'austérité envers les États ces dernières années, notamment dans l'UE, plus des réformes qui sont avantageuses pour la bourgeoisie (suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune, énième réduction ou exonération de cotisations sociales employeur), il y a de quoi se dire que cette classe sociale assoit sa domination. Sans compter que celle-ci détient en partie la dette publique, illustrant de facto la phrase suivante: "la dette, c'est de la redistribution à l'envers!"

Pourtant, cette crise a fait relever la tête des économistes dits hétérodoxes. Certains d'entre eux, notamment en France, ont fondé un collectif qui s'appelle les Économistes atterrés, pour qui la crise de 2008 a montré combien le capitalisme dans sa version financière empoisonne l'économie, déstructure les liens sociaux et appellent à une re-régulation de la finance, avec des contraintes plus fortes sur les fonds propres, voire des nationalisations. Sans compter des études relatant l'inefficacité des politiques d'austérité; D'où une résurgence des pensées de John Maynard Keynes et de Karl Marx principalement, filant ainsi des spasmes aux économistes mainstream tant ces deux économistes, et d'autres comme Irving Fisher, Michal Kalecki ou Hyman Minsky par exemple, apportent des lectures critiques sur les raisons des crises et de leur caractère structurel dans le capitalisme, comme le souligne une étude de la banque Natixis sur l'analyse de Marx en rapport avec la dynamique du capitalisme.

Cependant, cette pensée hétérodoxe a du mal à se faire entendre complètement sans être dénigrée. L'économiste Thomas Porcher en sait quelque chose à travers les réseaux sociaux, où il ne manque pas de répliquer face à ses détracteurs. Ensuite, cette pensée hétérodoxe n'est pas univoque. Certains économistes qui s'inscrivent dans la continuité de la pensée de Keynes, veulent mettre fin au capitalisme financier, voulant redonner du poids à la puissance publique dans l'économie, et ainsi opérer une nouvelle phase dans l'histoire du capitalisme, comme la phase d'économie mixte après la crise de 1929 ou après la 2de guerre mondiale (1945), puis la phase néolibérale que nous connaissons depuis les chocs pétroliers des années 1970. D'autres, influencés par la pensée de Marx, aspirent à vouloir mettre fin au capitalisme, tout court, au nom de la lutte des classes et de la mondialisation du capitalisme, qui ne peuvent qu'accroitre les tensions structurelles de ce mode de production selon eux, et ainsi pousser à une prise de pouvoir économique de la part des prolétaires, pour aboutir vers le socialisme, le communisme ou l'anarchisme, c'est selon. Il n'en reste pas moins que l'obsession de la croissance est générale, y compris dans les courants de pensée hétérodoxe. Or, la crise de 2008 a fait que le réchauffement climatique a été moins ressenti et que la conciliation entre respect de l'environnement et croissance économique relève de l'impossibilité actuellement.

Une chose est sûre. Le capitalisme se sait en danger et ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle!

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